12.07.2007

videosurveillance...

COMMENTAIRES

il y a 150 ans, Tocqueville voyait le danger que les citoyens voulant preserver leurs biens et leur confort abandonnent les libertés au nom de la sécurité, oubliant que c'est la liberté qui leur procure l'aisance qu'ils veulent defendre.

150 ans plus tard, nous y sommes. La mise en place d'une société de surveillance pour se protéger peut aller à l'encontre même des objectifs auxquelle elle est censée contribuée. C'est un des grands dangers du 21eme siècle
Le terrorisme est l'epouvantail qui fait perdre la clairvoyance aux citoyens et aux gouvernants qui les servent (ou s'en serve pour les gouverner).

restons vigilant et ne laissons pas une technologie pas du tout anodine se deployer sans réflechir.

La Cnil dénonce la mise en place d'une « société de surveillance »
A l'occasion de la publication de son rapport 2006, la Commission a souhaité sensibiliser l'opinion public sur l'informatisation omniprésente, de la vidéosurveillance aux nanotechnologies. Face à de tels enjeux, elle réclame davantage de moyens.

« Il y a 25 millions de caméras au Royaume-Uni, 1 million en France. Je suis très impressionné par l'efficacité de la police britannique grâce à ce réseau de caméras. » La déclaration est signée du président de la République, Nicolas Sarkozy, dans un long entretien accordé le 8 juillet au Journal du dimanche.

Le chef de l'Etat souhaite donc s'inspirer du modèle britannique en matière de vidéosurveillance. « J'ai demandé à Michèle Alliot-Marie, ministre de l'Intérieur, de réfléchir à un vaste plan d'installation de caméras dans nos réseaux de transports en commun », indique-t-il. Et d'ajouter que, selon lui, il n'existe « aucune contradiction entre le respect des libertés individuelles et l'installation de caméras pour protéger la sécurité de chacun dans les transports en commun » .

« Des autorités qui risquent d'être submergées »

C'est un avis que ne partage pas forcément la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil). A l'occasion de la publication de son rapport d'activité 2006, l'autorité indépendante a souhaité mettre en garde l'opinion publique sur l'avènement, selon elle, d'une « société de surveillance », qui menaçerait les libertés individuelles : caméras, traçage informatique, nanotechnologies... « La protection des libertés personnelles, qui est aussi celle des données personnelles, doit être repensée. A défaut, nos autorités risquent d'être contournées, submergées, par cette vague technologique », considère l'organisme.

Concernant la vidéosurveillance, « la loi est à la fois précise et floue, explique Alex Türk, président de la Cnil. Tout ce qui concerne la sphère privée entre dans le cadre de nos missions et ce qui touche l'espace public se gère au niveau préfectoral par la mise en place d'une commission. Mais pour tout enregistrement de données privées ou publiques, cela relève de la Cnil. »

Selon la Commission, le phénomène va croissant. En 2005, elle avait enregistré 300 demandes d'autorisation de mise en place de système de vidéosurveillance. Un chiffre qui est passé à 880 en 2006.

Dernière en Europe

Interrogé sur la position de la Commission, son président explique qu'elle n'en n'a pas a priori. « Nous attendons que l'on nous soumette un projet précis. Mais il faut bien comprendre qu'un développement de la vidéosurveillance n'aurait pas de légitimité à long terme sans un renforcement des moyens donnés à l'organisme de contrôle, c'est-à-dire la Cnil », avertit Alex Türk.

Et c'est là le coeur du problème. Car dans ce domaine, comme dans d'autres - la biométrie, la géolocalisation ou le fichage des citoyens - les demandes explosent, mais pas les moyens alloués à la Commission, rattachée au budget de la Justice. Sur les 27 organismes de contrôles européens, elle arrive bonne dernière, derrière ceux de pays comme la Roumanie ou la Pologne.

« Quand nos collègues allemands sont 400 et nos voisins britanniques 250, en France la Cnil ne dispose que de 95 collaborateurs. A l'occasion de la mise en oeuvre du budget 2008, nous allons demander un doublement de nos moyens sur les cinq ans à venir, indique Alex Türk. Pendant la campagne électorale, le candidat Nicolas Sarkozy s'était prononcé en faveur d'une augmentation de notre budget. Nous avons donc bon espoir. »

A la veille de son trentième anniversaire (en 2008), la Cnil ne dispose en effet que d'un budget limité (9 millions d'euros en 2006) et « a aujourd'hui moins de marge de manoeuvre financière qu'une autre autorité indépendante, la Halde », la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité, confie Alex Türk. Née en 2004, cette dernière dispose déjà d'un budget de 10 millions. « Je rêve d'avoir les mêmes moyens. » En attendant, bien que confrontée à une informatisation généralisée, la Cnil fait avec les moyens du bord.

 

envoye par un camarade 

24.06.2007

Videosurveillance 2

f534caf4c4612e510bb20476a089e806.jpgLE MONDE | 03.11.06 | 14h56 • Mis à jour le 03.11.06 | 14h57
LONDRES CORRESPONDANT







Les écrivains anglais George Orwell et Aldous Huxley, pourfendeurs des dangers que la technologie fait courir aux libertés, ont-ils été prophètes en leur pays ? On pourrait le croire, à lire le rapport publié, jeudi 2 novembre, par la commission britannique pour l'information. Selon cet organisme, mis en place par le gouvernement, mais indépendant, la Grande-Bretagne est en train de devenir une "société sous surveillance".


Les auteurs sont des universitaires regroupés au sein du Réseau des études sur la surveillance. Leurs conclusions, présentées à l'occasion d'une conférence sur la protection des données et de la vie privée, mettent en évidence la multiplicité des formes que revêt ce contrôle des Britanniques, nourri d'une incessante collecte d'informations sur leurs déplacements et leurs comportements : caméras de surveillance, analyse des habitudes d'achat et de consommation, enregistrement des mouvements des personnes, des appels effectués et reçus sur leurs téléphones portables, ou de leur usage d'Internet.


FILMÉ JUSQU'À TROIS CENTS FOIS PAR JOUR


Un chiffre résume cette évolution, et confirme que les Britanniques restent le peuple le plus épié au monde : le royaume abrite 4, 2 millions de caméras de surveillance, soit une pour 14 personnes. Les CCTV (Close Circuit Televisions) sont partout : dans la rue, sur les autoroutes, dans les trains, les bus, les couloirs du métro, les centres commerciaux ou les stades. Un Londonien peut être filmé jusqu'à trois cents fois par jour.

Le rapport s'inquiète aussi des ingérences permanentes de la technologie dans la vie privée, à travers la "dataveillance". "Chaque fois que nous utilisons un téléphone portable, observe le président de la commission, Richard Thomas, ou une carte de crédit, achetons en ligne, surfons sur Internet, conduisons nos voitures, nous laissons une empreinte électronique." Ainsi, un Britannique sur deux possède une carte de fidélité et fournit donc involontairement des informations à plus de deux cents compagnies spécialisées dans le marketing électronique.

Les auteurs du rapport reconnaissent que la surveillance peut se révéler utile dans la lutte contre le terrorisme et le crime organisé, mais ils déplorent qu'elle soit devenue excessive, et le plus souvent automatisée, donc trop discrète, voire invisible, ce qui peut favoriser "un climat de suspicion et miner la confiance".

La commission a demandé à des experts d'imaginer ce que sera cette surveillance dans dix ans, en présentant plusieurs scénarios d'autant plus alarmants qu'ils semblent vraisemblables.

En 2016, prévoient-ils, des appareils photo minuscules, à reconnaissance faciale, seront incorporés dans les réverbères à hauteur d'homme, et permettront, à l'aide d'un logiciel spécialisé, d'établir l'image de leur cible en trois dimensions. Des drones voleront dans le ciel londonien pour surveiller d'éventuels manifestants. Ces appareils télécommandés auront été testés lors des JO de 2012.

Ce rapport tente de faire prendre conscience aux Britanniques de l'étendue des contrôles auxquels ils sont soumis et d'ouvrir un débat sur le difficile équilibre entre sécurité et liberté, sur "ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas dans une démocratie". Le gouvernement a réagi en soulignant qu'il était soucieux de rechercher cet équilibre. L'Association des officiers de police remarque, pour sa part, que de stricts garde-fous légaux protègent l'homme de la rue contre les éventuels abus de la surveillance policière.

Jean-Pierre Langellier

La vidéosurveillance

ad20c9103dbd378334205cbf6444cc0e.pngune étincelle et on est prêt pour la dictature.

Big Brother menace-t-il la Grande-Bretagne ?
http://www.lexpansion.com/art/4344.150338.0.html
"La société de la surveillance est devenue réalité sans que nous n'y prenions garde" : tel est le constat effectué par un rapport britannique publié jeudi, qui dresse un portrait quasi orwellien du pays.

« La société de la surveillance est devenue réalité sans que nous n’y prenions garde » : tel est le constat effectué par un rapport britannique, rédigé par les universitaires du Surveillance Studies network et remis jeudi à Richard Thomas, directeur de la Commission pour l’information, l’équivalent de la CNIL à Londres. Ce document décrit un pays quasi orwellien, où des « caméras vidéos nous observent en permanence, dans les immeubles et les rues commerçantes, sur la route et dans les quartiers résidentiels ». De fait, la Grande Bretagne est le pays qui compte le plus de caméras vidéos : 4,2 millions exactement, soit une pour quatorze habitants. Mais ces dernières ne seraient que la partie émergée de l’iceberg, selon les auteurs du rapport qui observent que les comportements de la population sont de plus en plus observés, analysés, enregistrés. Ils citent notamment la collecte des données à des fins commerciales, via les cartes de crédit, cartes de fidélité et téléphones mobiles. Ils soulignent aussi que les services de renseignement « ont accès à la façon dont nous nous servons du téléphone, du courrier électronique et d’Internet et peuvent effectuer une recherche à partir de mots et de phrases clés ». Et rappellent que « nous sommes constamment invités à nous identifier, que ce soit pour recevoir des allocations sociales, des soins de santé, etc. ».

L'un des problèmes principaux, selon les auteurs, réside notamment dans le « détournement de l’utilisation », c’est à dire quand « les données personnelles collectées et utilisées dans un but unique sont réutilisées ailleurs ». Et de citer le cas des cartes de transport Oyster à Londres : les données commerciales des transports en commun sont selon eux « de plus en plus utilisées par les services de police dans le cadre de leurs enquêtes ». Le rapport précise que la majeure partie des techniques de surveillance sont automatisées et hors de la vue des personnes qui les subissent. Il prévoit que cette observation étroite de la population, qui fait déjà de la Grande-Bretagne le pays le plus surveillé de la planète, va aller croissante dans les dix années à venir, et dénonce l'avènement d'un « climat de suspicion » au sein de la société. Cette dernière finit par développer selon eux un véritable « tri » entre ses membres, qui depuis les attentats du 11 septembre a par exemple « entraîné un profilage grossier de certains groupes, surtout des musulmans, qui a débouché sur des désagréments, des difficultés et parfois des tortures ». Conséquence, la société « met l'accent sur l'exclusion des éléments indésirables » et la discrimination s'accentue.



"La société de la surveillance est devenue réalité sans que nous n'y prenions garde" : tel est le constat effectué par un rapport britannique publié jeudi, qui dresse un portrait quasi orwellien du pays.

« La société de la surveillance est devenue réalité sans que nous n’y prenions garde » : tel est le constat effectué par un rapport britannique, rédigé par les universitaires du Surveillance Studies network et remis jeudi à Richard Thomas, directeur de la Commission pour l’information, l’équivalent de la CNIL à Londres. Ce document décrit un pays quasi orwellien, où des « caméras vidéos nous observent en permanence, dans les immeubles et les rues commerçantes, sur la route et dans les quartiers résidentiels ». De fait, la Grande Bretagne est le pays qui compte le plus de caméras vidéos : 4,2 millions exactement, soit une pour quatorze habitants. Mais ces dernières ne seraient que la partie émergée de l’iceberg, selon les auteurs du rapport qui observent que les comportements de la population sont de plus en plus observés, analysés, enregistrés. Ils citent notamment la collecte des données à des fins commerciales, via les cartes de crédit, cartes de fidélité et téléphones mobiles. Ils soulignent aussi que les services de renseignement « ont accès à la façon dont nous nous servons du téléphone, du courrier électronique et d’Internet et peuvent effectuer une recherche à partir de mots et de phrases clés ». Et rappellent que « nous sommes constamment invités à nous identifier, que ce soit pour recevoir des allocations sociales, des soins de santé, etc. ».

L'un des problèmes principaux, selon les auteurs, réside notamment dans le « détournement de l’utilisation », c’est à dire quand « les données personnelles collectées et utilisées dans un but unique sont réutilisées ailleurs ». Et de citer le cas des cartes de transport Oyster à Londres : les données commerciales des transports en commun sont selon eux « de plus en plus utilisées par les services de police dans le cadre de leurs enquêtes ». Le rapport précise que la majeure partie des techniques de surveillance sont automatisées et hors de la vue des personnes qui les subissent. Il prévoit que cette observation étroite de la population, qui fait déjà de la Grande-Bretagne le pays le plus surveillé de la planète, va aller croissante dans les dix années à venir, et dénonce l'avènement d'un « climat de suspicion » au sein de la société. Cette dernière finit par développer selon eux un véritable « tri » entre ses membres, qui depuis les attentats du 11 septembre a par exemple « entraîné un profilage grossier de certains groupes, surtout des musulmans, qui a débouché sur des désagréments, des difficultés et parfois des tortures ». Conséquence, la société « met l'accent sur l'exclusion des éléments indésirables » et la discrimination s'accentue.

Séparation de la justice et de la politique

Dans son réquisitoire contre le supposé laxisme du tribunal des enfants de Bobigny, Nicolas Sarkozy dérape. Après l'attaque verbale du 8 juin ­ il avait estimé qu'il n'était «pas admissible» que ce tribunal n'ait pas «prononcé une seule décision d'emprisonnement» durant les émeutes de novembre ­, il passe à l'écrit dans un courrier adressé à Jean-Pierre Rosenczveig, président de cette juridiction. «C'est la première fois qu'un ministre de l'Intérieur apostrophe un président de tribunal», commente un juge. «Ces attaques basées sur des informations erronées constituent une atteinte violente et jamais égalée ­ même du temps de Pasqua ­ au principe de la séparation des pouvoirs», poursuit-il.

Qu'ils soient de droite ou de gauche, d'un syndicat ou d'un autre, les magistrats partagent cette analyse. Les deux principaux syndicats et les douze juges des enfants du tribunal de Bobigny ont saisi le Conseil supérieur de la magistrature. «Si le ministre de l'Intérieur est l'auteur de cette lettre, il s'agit de toute évidence d'une violation flagrante du principe constitutionnel de la séparation des pouvoirs», écrit le Syndicat de la magistrature (SM, gauche). «Si c'est le candidat déclaré à l'élection présidentielle, la démarche n'en est pas moins inquiétante de la part de quelqu'un qui aspire à être le gardien des institutions», poursuit le syndicat, qui a également saisi le garde des Sceaux.

Erreurs édifiantes.

Le SM relève, point par point, les erreurs du ministre. Nicolas Sarkozy a émaillé sa lettre d'exemples édifiants. «Comment expliquer à cette femme handicapée de 56 ans, brûlée vive à Sevran parce qu'elle ne pouvait s'extraire de son bus incendié par trois mineurs de 16 ans, que ceux-ci ont été laissés en liberté par votre tribunal à l'issue de leur interpellation par la police ?», interroge le ministre. «C'est faux. Ils sont placés en détention provisoire depuis plusieurs mois», souligne le syndicat.

«Comment expliquer au pompiste d'Aubervilliers, encore traumatisé par le braquage avec arme de sa station par un voyou interpellé à l'issue d'une course-poursuite, qu'il risque de le recroiser à tout moment parce que le président du tribunal pour mineurs de Bobigny a refusé l'incarcération ?», interroge encore Nicolas Sarkozy. Impossible, explique le syndicat, cette affaire criminelle est en cours d'instruction et la détention relève donc du seul juge des libertés. Le ministre cite encore ce «mineur de 17 ans, déjà mis en cause 55 fois dont 12 fois pour vol avec violence, et laissé en liberté par votre tribunal après avoir roué de coups un chauffeur de bus qui refusait simplement de s'arrêter entre deux arrêts». Il est sous les verrous, souligne le SM. Quant à ses deux coauteurs, ils n'ont «pas encore été identifiés par la police». Et le syndicat d'en déduire : «Le ministre de l'Intérieur que vous êtes est bien mal informé.»

Chez certains maires, la critique du juge devient un classique, relève Jean-Pierre Rosenczveig. «C'est un phénomène politique nouveau. Jusqu'à une date récente, on se respectait, quelle que soit l'étiquette.» Mais, cette fois, le président du tribunal pour enfants de Bobigny trouve que le ministre de l'Intérieur s'est surpassé. «Quitte à s'adresser à un magistrat, autant choisir le bon», remarque-t-il.

«Le feu couve».


Pourquoi une telle escalade ? «Sarkozy tente de camoufler les limites de la politique menée ces dernières années», estime Jean-Pierre Rosenczveig. Il tient à se couvrir, dans le cas d'un remake des émeutes de novembre, juste avant les présidentielles. «Il sait que le feu couve. Et si ça explose dans les mois qui viennent, ce n'est pas la gauche qu'on va rendre responsable», poursuit le magistrat. Donc, ce sera la faute des magistrats, sur l'air de «la police arrête les voyous et les juges les relâchent», analyse aussi Dominique Barella, président de l'Union syndicale des magistrats (USM, modéré). «C'est la technique classique du bouc émissaire», ajoute-t-il.

Alors que leur ministre se montre très discret sur le sujet, les magistrats renvoient Nicolas Sarkozy vers ses propres troupes. «Les 3/5e des affaires traitées par les parquets ne peuvent faire l'objet de poursuites judiciaires, faute d'élucidation par les services de police et de gendarmerie», écrit Côme Jacqmin, secrétaire général du SM. Il regrette qu'au nom d'«intérêts électoralistes» Nicolas Sarkozy risque de «ruiner la confiance des citoyens à l'égard des institutions de la République

Pour une nouvelle politique contre l'insécurité

Depuis 2002, nous n'arrivons plus à comptabiliser les textes sécuritaires et liberticides présentés par Nicolas Sarkozy et le syndicat des commissaires de police. Le gouvernement joue un jeu dangereux, celui du pompier-pyromane. En instaurant un climat d'insécurité, la droite crée de nouveaux délits stigmatisant des « classes dangereuses » (jeunes, gens du voyages, prostitués, exclus de la société...), augmente les effectifs d'une police tournée uniquement vers la répression (alors que la France compte le plus grands nombre de policiers par habitants d'Europe), augmente les places en prisons... Face aux questions de sécurité, il existe comme dans les autres domaines, des réponses de droite et des réponses de gauche. Entre une politique du tout sécuritaire incarnée par une droite décomplexée et une politique du laisser faire, la gauche et les socialistes doivent apporter des réponses pour lutter contre l'insécurité.

A l'aune d'échéances électorales majeures pour l'avenir du pays, les citoyens sont en attentes d'alternatives au projet ultra-sécuritaire que la droite propose. Nous ne devons donc pas avoir de réticences à aborder ce thème, sans angélisme mais avec nos valeurs de justice sociale, d'égalité et de liberté. Car depuis quatre ans, les inégalités face à l'insécurité se sont aggravées : les habitants des quartiers populaires et les jeunes sont deux fois plus victimes d'agressions que le reste de la population ; une délinquance endurcie, une hyper violence ponctuelle mais bien réelle se sont installées dans les territoires devenus des ghettos.

LA POLITIQUE DU TOUT SECURITAIRE DE LA DROITE.

L'idéologie de la droite : « la tolérance zéro » La politique de « tolérance zéro » de la droite et de Nicolas Sarkozy n'a rien de nouveau, elle est directement importée des Etats-Unis. Explications... La notion de tolérance zéro est née dans les clubs de réflexion et de lobbying réactionnaires de la côte Est des Etats-Unis. Elle reprend en fait la doctrine des vitres brisées, portée par des universitaires américains conservateurs, selon laquelle il convient de réprimer avec la même intransigeance et sévérité l'ensemble des délits quelle que soit leur gravité. En vertu du principe que tout délinquant se livrant à un acte répréhensible, même mineur ne peut que progresser sur le chemin de la récidive, il est nécessaire de le réprimer d'emblée sévèrement. Remplacer la vitre brisée et sanctionner le casseur. La tolérance zéro s'applique d'abord aux plus pauvres de la société new-yorkaise. La police lutte pied à pied contre tout les petits désordres quotidiens et réprime toutes les infractions mineures commises sur la voie publique pour restaurer le sentiment d'ordre. Les bavures se multiplient mais la criminalité baisse effectivement. Alors que certains spécialistes s'interrogent sur le rôle réel de cette politique sur la baisse de la délinquance (en même temps le taux de chômage chute considérablement), le modèle de tolérance zéro débarque en France au début des années 2000, au moment où le débat sur la sécurité étouffe tout le débat public.

De l'idéologie à la pratique : citation du Ministre de l'Intérieur : « la première infraction doit être sanctionnée avec sévérité afin de décourager le prédélinquant de s'engager sur un chemin que ne peut le conduire que vers des infractions de plus en plus graves. » C'est au nom de cette idéologie que la loi sur la sécurité intérieure de mars 2003 a criminalisé de nombreux comportements jugés dangereux par la droite, du jeune dans un hall d'immeuble au racolage passif en passant par certaines formes de mendicité dites agressives.

Et à moins d'un an des élections présidentielle et législatives, la droite continue sa politique du toujours plus sécuritaire. Un cran est encore franchi. Tout comme dans le film « Minority Report », le nouveau projet de loi Sarkozy sur la prévention de la délinquance a pour but de sanctionner les personnes avant même que celles-ci passent à l'acte (le scandaleux rapport Bénisti recommande un dépistage des troubles comportementaux dès 36 mois). Le but de ce texte est de stigmatiser la misère, de considérer toutes personnes en difficultés sociales, matérielles ou éducatives comme délinquantes potentielles.

Voici les principales mesures du projet de loi :

• Les maires seront chargés du contrôle social : le maire dans les communes de plus de 10000 habitants met en place un « conseil pour les droits et les devoirs des familles » pouvant mettre sous tutelle les allocations familiales. Le maire peut proposer un contrat de responsabilité parentale à la famille et si les troubles à l'ordre public sont signalés, il peut obliger la famille à suivre un stage de responsabilité familiale. Le maire devient ainsi le nouveau délégataire de la puissance publique pour ce qui concerne la prévention et l'application de certaines mesures de contrôle des familles et de répressions.

• Création de quatre fichiers : fichier municipal du conseil pour les droits et les devoirs des familles, fichier municipal du versement des prestations familiales, un fichier incluant le résultat du dépistage précoce des enfants présentant des troubles du comportement et des signes de souffrance physique, un fichier dépendant du ministère de la santé concernant les personnes hospitalisées d'office.

• Création d'une milice : c'est un air de vichy que nous joue le ministre de l'intérieur, est mise en place un lien police/citoyen sur la base du volontariat : le service volontaire citoyen de la police nationale. Ses missions seront les suivantes : la médiation sociale, la sensibilisation au respect de la loi (à l'exclusion de toute prérogative de puissance publique). Conditions d'admission : français d'au moins 17 ans, engagement de 5 ans. Enfin, il est créé une réserve civile.

• De nouveau pouvoir pour la police : en matière de stups, extension des perquisitions dans les lieux à usage professionnel, dépistage, possibilité d'infiltration, de provocations aux délits, d'acquisition de stupéfiants...

• Enfermer les mineurs : une grande partie de la législation applicable aux adultes se déclinera pour les mineurs, l'ordonnance de 1945 est ainsi vidée de sa substance (...)

Mais quel est le résultat de cette politique sécuritaire, quel est le vrai bilan du Ministre de l'Intérieur, président de l'UMP et candidat à l'élection présidentielle ?

• Les violences contre les personnes : elles ont augmenté de près de 20% depuis 2002, de 9% en 2005 et de 8% au cours des quatre premiers mois de l'année 2006

• Les violences scolaires : alors même que les violences avec armes à l'école sont en hausse de 73%, les violences scolaires avaient augmentées de 13% entre 2003 et 2004. Il se produit plus de 9 agressions de personnels de l'éducation nationale par jour.

• L'explosions des violences urbaines : mise en place de l'Etat d'urgence pendant le mois de 2005 (une première depuis la guerre d'Algérie...)

• L'aggravation des inégalité face à l'insécurité : en supprimant la police de proximité, la politique conduite depuis 2002 a instauré un véritable partage territorial : un policier pour 140 habitants dans certaine grande ville, contre un pour 600 dans certaines banlieues...

Et par un jeu de passe-passe, ces chiffres donnés par l'Observatoire National de la Délinquance sont en deçà de la réalité. La politique pénale de la droite, loin de répondre aux inquiétudes légitimes des citoyens en matière de sécurité, s'est montrée profondément injuste et inefficace. Face à ce constat, le mouvement des Jeunes Socialistes doit porter un projet de société du vivre ensemble.

POUR UNE POLITIQUE DE SECURITE DE GAUCHE

Car la première des insécurités est l'insécurité sociale, car comprendre n'est pas excuser mais permettre d'agir justement, car il faut combattre les pulsions et relayer les aspirations, loin d'être « naïfs » et angéliques sur les questions de sécurité, la lutte contre l'insécurité appelle une démarche globale s'attaquant à ses causes profondes : précarité, échec scolaire, absence de mixité sociale, ghettoïsation urbaine, discriminations... Sans une politique volontariste pour réduire les inégalités sociales, la lutte contre l'insécurité ne sera qu'une réponse démagogique et populiste face aux attentes légitimes des citoyens. Notre politique en matière de sécurité doit être axée sur ce triptyque : prévention, répression, réparation/réinsertion. Prévention : toutes les actions des services publics (police, éducation nationale, éducateurs sociaux...) doivent avoir pour finalité de prévenir la délinquance. Répression : éviter le sentiment d'impunité en punissant les délinquants justement : il faut une réponse pénale à toute infraction adaptée à la personne et à la gravité de l'infraction commise. Réparation/Réinsertion : les alternatives à la prison doivent être développées afin de réparer à la victime le préjudice subi (à chaque fois que c'est possible) ; suivi continu (pendant et après la peine) de la personne afin d'éviter toute récidive (formation, apprentissage...)

• La Police de proximité : la police doit redevenir le lien privilégié entre les citoyens et l'Etat. En attisant la culture du résultat et en faisant des actions coups de poing (caméra à l'appui), Sarkozy n'a fait qu'augmenter le nombre de bavures et le sentiment de défiance de certains citoyens envers les forces de l'ordre. La police de proximité mise en place par le gouvernement Jospin commençait à porter ses fruits par ses missions de prévention, par sa meilleure connaissance du terrain et des problèmes du quartier, ce qui lui permettait aussi de sanctionner plus justement. Loin des descentes médiatiques toutes sirènes hurlantes, la police de proximité permet de punir plus justement et donc de prévenir durablement.

• La présence d'adultes dans les établissements scolaires : la droite veut mettre des policiers et des caméras dans les enceintes scolaires. La fin des emplois jeunes a augmenté, et plus globalement la diminution du nombre d'adultes dans les établissements considérablement les violences scolaires.

• La mobilisation de tous les acteurs : cette lutte contre l'insécurité ne sera efficiente que si elle mobilise l'ensemble des acteurs : services de l'Etat (police, gendarmerie, parquet, douanes, services fiscaux...), services des collectivités locales (élus, police municipale, travailleurs et éducateurs sociaux), associations de quartiers... les exemples de médiateurs sociaux doivent être aidés et développés. Rencontres régulières entre les différents acteurs et définition d'objectifs comme c'était le cas avec les contrats locaux de sécurité mis en place entre 1997 et 2002.

Ces propositions ne porteront leurs fruits que si elles s'inscrivent dans le cadre d'une réforme profonde de l'ensemble du système judiciaire français.

Police

Les violences ont augmenté de 7,15 % en un an

Il s'agit du plus haut niveau de violence atteint en un an. Les statistiques mensuelles publiées ce jeudi par l'Observatoire national de la délinquance (OND), montrent que les violences contre les personnes ont augmenté de 7,15% d'août 2005 à juillet 2006. Elles atteignent ainsi leur plus haut niveau en un an, avec 425.532 faits recensés à cette période.


Comme à chaque fois, ce sont les "violences non crapuleuses", autrement dit les violences gratuites, qui participent le plus à cette hausse, avec la plus forte augmentation de la catégorie: +10,21%. Dans 12.51% des cas, les "violences gratuites" sont dirigées à l'encontre des personnes "dépositaires de l'autorité" telles que policiers ou gendarmes. Les violences crapuleuses ont augmenté de 7,06%, les menaces et chantages de 4,80%, tandis qu'en revanche le nombre de violences à caractère sexuel continue à diminuer: -7,95%.

Vols crapuleux en baisse

Sur la même période, la délinquance générale a baissé de 0,43%. En matière d'atteintes aux biens, "la baisse commencée il y a près de quatre ans, et qui avait été particulièrement forte jusqu'au début 2005, s'effectue en 2006 à un rythme compris entre -1 et -2%", commente l'OND. Le nombre d'atteintes aux biens a baissé de 1,76% entre août 2005 et juillet 2006, par rapport à la même période de 2004-2005.


Toutes les catégories de vols crapuleux sont en baisse, à l'exception de ceux commis avec violence, qui ont crû de 7,12%, selon les chiffres de l'OND, tandis que les "destructions et dégradations" ont, elles, augmenté de 4,58%. Dans le domaine des escroqueries, infractions économiques et financières, on note une augmentation (1,18%), "conséquence de deux évolutions distinctes", selon l'Observatoire. Ce dernier relève une "forte diminution (12,54%) des usages frauduleux de chèques", tandis que "à l'inverse, les autres formes d'escroqueries et infractions économico-financières sont en hausse : faits d'escroqueries et abus de confiance ainsi que les infractions économiques et financières proprement dites augmentent (respectivement de 7,95% et de 19,29%).

D'après AFP

Bilan de Sarkozy

Voila le bilan de Sarkozy au ministère de l'intérieur.

Je sais cet article date un peu mais il reste intéressant pour mieux voir comment le bougisme de Sarkozy peut nous faire croire à un bon bilan là où les chiffres sont très mitigés...

 

LE MONDE | 08.06.06 | 11h22 • Mis à jour le 08.06.06 | 11h36

Entre mai 2005 et avril 2006, les violences contre les personnes ont augmenté de 8 % par rapport aux douze mois précédents. Hasard du calendrier : cette "accélération de la hausse", selon l'expression de l'Observatoire national de la délinquance (OND), correspond à la période du retour de Nicolas Sarkozy au ministère de l'intérieur. Jeudi 8 juin, celui-ci devait présenter un bilan de son action depuis 2002, entrecoupée par un passage de quatorze mois au ministère de l'économie. Dans un sondage BVA publié ce même jour par Le Figaro, 9 % seulement des personnes interrogées considèrent que la délinquance baisse, tandis que 45 % jugent qu'elle augmente.
L'aggravation constante, depuis dixans, des atteintes aux personnes – +80 % entre 1996 et 2005 – trahit un durcissement général des rapports sociaux, un passage à l'acte plus précoce et plus radical des auteurs, estiment les policiers comme les chercheurs. "On est face à un phénomène de société, qui concerne toutes les couches de la population, les mineurs comme les majeurs, souligne Christophe Soullez, de l'OND. La solution ne peut venir seulement de la police." Pourtant, en janvier 2004, NicolasSarkozy tenait encore un discours volontariste sur ce sujet. Reconnaissant que les crimes et délits contre les personnes avaient fortement augmenté en 2003 (+ 7,3 %), il en avait appelé à la mobilisation des forces de l'ordre. "C'est le point noir qu'il faut résoudre", avait martelé M.Sarkozy. Deux ans et demi plus tard, le point noir a grossi. Représentant un acte de délinquance sur huit, les atteintes volontaires à l'intégrité physique – selon l'intitulé de la nouvelle rubrique calculée par l'OND – ont augmenté de 12,45 % entre mai 2002 et avril 2006.

Mais Nicolas Sarkozy compte mettre en avant d'autres chiffres pour vanter la qualité de son bilan à l'intérieur. Il devait souligner la baisse du nombre de crimes et délits enregistrés par les policiers et les gendarmes depuis mai 2002 (–8,8 %), la progression de neuf points du taux d'élucidation (33,65 %), ou encore celle du nombre de gardés à vue (+46,2 %). Quant aux violences contre les personnes, qui assombrissent son bilan, le ministre de l'intérieur devait réitérer les explications présentées le 1er juin, à Perpignan (Pyrénées-Orientales), devant les fonctionnaires de police. "Partout en France, avait-il souligné, les violences contre les personnes augmentent, et Perpignan n'est pas épargné par ce phénomène. Même si ce type de délinquance ne représente que 10% de l'ensemble. Même si dans cette catégorie, seules augmentent en réalité les violences de la sphère privée contre lesquelles on comprend que la police soit largement désarmée."

PLUS DE FEMMES MISES EN CAUSE

Les violences dans la sphère privée sont effectivement en forte hausse. Elles sont comptabilisées parmi les violences physiques non crapuleuses, qui ont augmenté de 7,8 % en 2005 (+27,5 % depuis 2002). "Cette tendance s'explique peut-être par un meilleur report des atteintes auprès des autorités, avance Christophe Soullez. Les nombreuses campagnes de sensibilisation sur les violences intrafamiliales ont dû porter leurs fruits." Toutefois, selon l'OND, les violences physiques dites crapuleuses, avec un objectif d'appropriation de biens, sont aussi en augmentation en 2005 (+4,1 %), alors qu'elles représentent 30 % des atteintes aux personnes. Globalement, depuis 2002, ces violences crapuleuses reculent de 8,7 %, après avoir connu une aggravation entre 1998 et 2002 (+59,7 %).

Parmi les facteurs explicatifs des violences contre les personnes figure, entre autres, la place de plus en plus conséquente des femmes parmi les auteurs d'actes délictueux. Ce phénomène est analysé, sur la durée, dans le dernier numéro des Cahiers de la sécurité que publie l'Institut national des hautes études de sécurité (Inhes), intitulé "Violence (s) au féminin". En 2004, près de 16 % des personnes mises en cause étaient des femmes. Entre 2000 et 2004, leur nombre s'est accru de près de 40 %, alors que dans le même temps, celui des hommes augmentait de 20 %. Concernant les violences contre les personnes, le nombre de femmes mises en cause pour atteintes volontaires à l'intégrité physique a augmenté de 39 % entre 1996 et 2000, puis de plus de 50 % entre 2000 et 2004.

Dans l'ouvrage, le chercheur Frédéric Ocqueteau avance parmi les explications de ce phénomène la fin de "la traditionnelle discrimination négative du système policier à l'égard des femmes, qui les aurait longtemps mises à l'abri de ses foudres". Cette minoration "machiste" des femmes se serait atténuée en raison des demandes répressives de plus en plus fortes dans la société.

Piotr Smolar