15.09.2007

Aux Armes!

http://www.monde-diplomatique.fr/2007/09/LEMOINE/15075

Aux armes !

Pluie d’armes américaines sur le Proche-Orient ! La valeur des livraisons devrait atteindre 46 milliards d’euros au cours des dix prochaines années, a précisé la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice, le 2 août. Bénéficiaires : l’Arabie saoudite, l’Egypte, le Koweït, Bahreïn, le Qatar, Oman et les Emirats arabes unis, alliés de M. George W. Bush dans la région. La fourniture de matériel sensible à l’Arabie saoudite inquiète-t-elle Israël ? Le 15 août, Washington augmente de près d’un quart l’aide militaire américaine à Tel-Aviv ; elle atteindra 30 milliards de dollars sur dix ans.

Le 7 décembre 2006, une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies, adoptée par cent cinquante-trois Etats, a autorisé la préparation d’un traité sur le contrôle des transferts d’armements dits « conventionnels », jusqu’ici privés de cadres normatifs. Vingt-quatre pays se sont abstenus lors de ce vote, parmi lesquels la Chine, la Russie, l’Inde, l’Iran, Israël et le Pakistan. Un seul a voté contre : les Etats-Unis. Le Conseil de l’Union européenne a publiquement soutenu cette résolution.

Au même moment ou presque, Paris signe avec Tripoli d’importants contrats : 168 millions d’euros pour l’achat par la Libye de missiles antichars Milan (qui équipent déjà les forces de quarante et un pays) à MBDA (1) ; 128 millions d’euros pour un système Tetra de communication radio à European Aeronautic Defence and Space (EADS). « Qu’est-ce qu’on va me reprocher ?, s’insurge le président Nicolas Sarkozy. De trouver des contrats ? De faire travailler les entreprises françaises (2) ? » Pas forcément, mais l’opacité dans laquelle se déroule ce commerce de mort sur lequel la représentation nationale n’a aucune prise. Et l’entretien d’une dangereuse dynamique guerrière... La France devrait vendre pour plus de 6 milliards d’euros d’armes à l’étranger en 2007 — contre 3,38 milliards en 2004 —, déclarait, le 18 septembre 2006, un porte-parole de la délégation générale pour l’armement (DGA).

Les membres de l’Union européenne sont en principe contraints de respecter un code de conduite qui leur interdit, en particulier, de nourrir des conflits existants. Mais, pour des raisons de gains de productivité, peu d’armes modernes sont désormais fabriquées en un lieu unique. Ainsi, des entreprises européennes – comme EADS – et américaines fournissent des pièces et de la technologie pour le développement du nouvel hélicoptère de combat chinois Z-10, sans savoir quelle sera la politique d’exportation de Pékin – qui a déjà fourni des appareils militaires au Soudan (3).

Le négoce pyromane des Etats-Unis au Proche-Orient provoque la réaction de la Syrie et de l’Iran, qui pourront toujours se tourner vers la Chine ou la Russie, entrées en force sur le marché. Le Niger s’inquiète des « cadeaux » de la France à la Libye – qui revendique depuis quelques mois 30 000 kilomètres carrés de territoire nigérien riches en pétrole et en uranium. Particulièrement gâté par la Maison Blanche, Israël ne se contente plus d’importer : il est devenu le premier fournisseur d’armes de la Colombie. Dont la puissance de feu, ajoutée à l’hostilité de Washington, préoccupe Caracas, qui se tourne vers Moscou pour moderniser son armement. D’autres vendeurs émergent : l’Inde, la Corée du Sud, l’Afrique du Sud... Jamais ce secteur d’activité n’a été aussi florissant. Les dépenses pour ce type de matériel devaient atteindre le montant sans précédent de 1 058,9 milliards de dollars à la fin 2006 (4).

La « morale » de cette histoire ? Il n’y en a évidemment pas. Ah, si ! Le Pentagone a perdu la trace de cent dix mille fusils d’assaut Kalachnikov et de quatre-vingt mille pistolets (sans parler de cent trente-cinq mille gilets pare-balles) remis au gouvernement irakien en 2004 et 2005 (5). Il n’est pas impossible que ces armes soient tombées aux mains des insurgés et servent à attaquer les militaires... américains.

Maurice Lemoine.

La petite fille de Staline

Une petite-fille de Staline, Galina Djougachvili, est décédée le 27 août à l'âge de 69 ans.

Fille de Iakov Djougachvili, fils aîné de Staline, et de la danseuse Ioulia Meltzer, Galina est née à Moscou. Elle a terminé la faculté de philologie de l'Université d'Etat Lomonossov puis a soutenu sa thèse. Parlant couramment français, elle a travaillé à l'Institut de la littérature mondiale. Elle a également écrit trois livres ainsi que des mémoires, intitulés "Petite-fille du chef: grand-père, père, Ma et d'autres".

Elle a vu son père pour la dernière fois lorsqu'elle avait trois ans, avant qu'il parte pour le front. Peu après l'annonce de sa capture par les Allemands en 1941 (à l'époque, la capture était considérée comme un crime et une trahison), Ioulia Djougachvili, la mère de Galina, a été arrêtée. Staline voulait ainsi donner à comprendre une fois de plus que les membres de sa famille étaient des citoyens de l'Union soviétique comme les autres. L'épouse de Iakov Djougachvili a passé 18 mois en prison, à Moscou puis à Engels, et en est sortie avec des cheveux blancs.
Galina Djougachvili a eu pour mari un mathématicien d'Alger, expert de l'ONU pour les situations d'urgence.

Voici ce qu'elle racontait elle-même: "Nous sommes mariés depuis 37 ans, dont 7 ans ont été passés à obtenir l'enregistrement de notre mariage. Mon mari est originaire d'Algérie... Je voulais, bien entendu, visiter son pays. Mais avec mon nom de famille, c'était impossible. Par l'intermédiaire de nos amis, nous avons réussi à remettre une lettre entre les mains de Iouri Andropov [chef du KGB]. C'est le KGB qui contrôlait tout à l'époque. Celui-ci a réagi rapidement, en disant: "Mes gaillards s'en occuperont". Les "gaillards" andropoviens ont ordonné au bureau de l'état civil d'enregistrer notre mariage, mais à une condition: Galina Djougachvili et son fils ne devaient jamais quitter l'URSS".

Galina n'a pu rejoindre son mari pour la première fois que pendant la pérestroïka, lorsque les Russes ont été autorisés à partir à l'étranger.
C'est elle qui a décidé de ne pas changer de nom. "Ce serait une traîtrise envers mon grand-père et mes parents. Staline est mon unique grand-père. L'autre, du côté maternel, est mort avant ma naissance. Staline est mon grand-père, son sang coule dans mes veines. Comment puis-je ne pas l'aimer?", disait-elle en soulignant qu'elle était fière de sa parenté.
Ces derniers temps, le nom du fils aîné de Staline était au centre de discussions entre historiens et experts russes, dont certains sont convaincus que la capture de Iakov par la Wehrmacht était un canular du renseignement allemand pour tenter de mettre Staline sous pression. C'est notamment l'avis de l'historien Sergueï Deviatov, qui a exposé cette hypothèse pour la première fois en avril dernier, lors d'une table ronde consacrée à la déclassification d'archives du Service fédéral de sécurité (FSB, ancien KGB).

Galina a consacré la presque totalité des cinq dernières années de sa vie à défendre cette hypothèse, contraire à la version officiellement admise selon laquelle le lieutenant-chef Iakov Djougachvili, commandant d'une batterie d'artillerie, a été capturé en juillet 1941 près de Vitebsk et est resté dans les camps nazis jusqu'en 1943.

La petite-fille de Staline affirmait que les dix photos publiées par les Allemands pour prouver la capture de Iakov avaient été fabriquées par photomontage, avec de nombreuses retouches et des images spéculaires. Toute cette histoire ne serait qu'une "provocation à grande échelle tramée par les Allemands qui cherchaient avant tout, bien évidemment, à porter un coup au grand-père [de Galina Djougachvili]". Selon la petite-fille du dictateur, son père a été tué dans un combat à la mi-juillet 1941.

Article rédigé par la rédaction Internet du site www.rian.ru sur la base des dépêches de l'agence RIA Novosti et à partir d'autres sources.

31.08.2007

Le dernier Moore sur la Sécurité Sociale

Dans son film Sicko, sur les écrans le 5 septembre, Michael Moore loue le système de santé hexagonal. Le «meilleur du monde», pour l'OMS.


C'est le sixième film de Michael Moore. Sans doute le plus poignant. Sicko (traduisez «siphonné, maboule »), qui sort en France le 5 septembre, fustige les dérives du système de santé américain. «Dans le pays le plus riche du monde, 47 millions de personnes n'ont pas de couverture sociale. Faute de soins ou d'assurance suffisante, 18 000 malades meurent chaque année», dénonce-t-il. Appuyée par des témoignages bouleversants, la charge est lourde. «J'ai vu Sicko à Santa Monica en juin. La salle a applaudi à la fin, raconte Gérard Viens, titulaire de la chaire d'économie de la santé à l'Essec. C'est un documentaire passionnant, même si, comme à chaque fois, Moore force le trait.»



Fidèle à son style, le réalisateur étaie son propos avec des documents-chocs, et aussi de l'humour, de l'exagération, parfois de la caricature. Il encense ainsi les systèmes canadien, britannique et... cubain. Mais consacre aussi une vingtaine de minutes à louer la France, sa Sécu, sa protection sociale. De passage à Paris, Michael Moore reçoit Challenges dans un palace rue de la Paix. Il ne tarit pas d'éloges sur «les soins gratuits pour tous, le luxe des visites de généralistes à domicile, inconnues aux Etats-Unis, le confort des arrêts de maladie, de maternité, et même de paternité. Les Américains n'en reviennent pas». Notre système serait-il le meilleur du monde, comme l'Organisation mondiale de la santé (OMS) l'affirmait déjà en 2000, plaçant la France en haut du podium, devant les Etats-Unis relégués au 37e rang ?

A force de geindre sur nos urgences saturées et nos hôpitaux sous-dotés, on en oublierait presque à quel point nous faisons des envieux. Lisez le très sérieux professeur d'économie de Princeton, Paul Krugman. Début juillet encore, dans le New York Times, il écrivait tout le bien qu'il pense de Sicko en général et de la France en particulier. Quand Michael Moore y interviewe des expatriés américains enchantés sous le soleil hexagonal, «ce n'est pas une vision romancée des choses, ce système est vraiment bon», assure l'expert.

Couverture maximale
Première raison, notre Sécu ne laisse, en principe, personne sur le bord du trottoir. Depuis le sacre de l'OMS, elle a encore resserré les mailles du filet en créant la CMU. Les Etats- Unis sont le seul pays de l'OCDE, avec la Turquie et le Mexique, à ne pas avoir de couverture maladie universelle. Et pourtant, ils dépensent 15% de leur PIB pour leur santé, dont 55% payés par le privé. La France, elle, débourse 11%, dont 80% sur fonds publics. En outre, quand nous consacrons 5% de ce budget aux frais administratifs, les Américains, eux, dépensent 15% pour la gestion, le marketing, les frais de justice... Une situation liée à la concurrence que se livrent les assureurs américains.

«A l'inverse des Etats-Unis, en France, plus votre pathologie coûte, mieux vous êtes pris en charge», observe le professeur Gérard Viens. Pour les opérations très lourdes ou les maladies de longue durée concernant 8 millions de patients en France, ceux-ci n'avancent pas un centime. On est loin de Sicko, où une femme atteinte d'un cancer a dû vendre sa maison. «Ce n'est pas parce que vous êtes assuré que toutes les affections seront prises en charge, loin de là !» avertit le juriste de la santé Marc Rodwin, professeur à la fac de Suffolk, à Boston.

Rapidité des soins
«Nous, nous ne patientons pas des mois pour une intervention ou une consultation, à moins de tenir à un spécialiste précis», renchérit Patrick Négaret, directeur de la Caisse primaire d'assurance-maladie (Cpam) du Mans. Au printemps, il donnait une conférence au Canada, devant des médecins médusés que les Français aient un accès aussi aisé aux soins. Chez eux, comme en Angleterre, malgré les efforts répétés, la question des listes d'attente fait régulièrement les gros titres de la presse.
Privilège supplémentaire des Français : ils ont le loisir de faire des allers-retours entre généraliste et spécialiste, hôpital et clinique, sans qu'il leur en coûte grand-chose. Même agaçantes, les petites tracasseries de la Sécu n'ont rien à voir avec les flicages drastiques des assurances privées yankees.

La France a aussi l'avantage d'avoir tissé un bon réseau de blouses blanches : 3,4 médecins pour 1 000 habitants (contre 2,4 aux Etats-Unis et 2,2 au Canada). «Nous avons un hôpital tous les 1 7 kilomètres, alors qu'au fin fond du Missouri vous pouvez faire des heures de voiture en vain», ajoute le président des doyens de faculté de médecine, Bernard Charpentier. Au passage, il rappelle que la France compte 39 CHU qui non seulement pratiquent la médecine de pointe, mais forment, sur un pied d'égalité, l'ensemble des futurs médecins. «Aux Etats-Unis, chaque université a son propre diplôme, plus ou moins coté», précise-t-il.
Pour la qualité des soins, les comparaisons sont plus délicates. Il y a bien sûr nos cocoricos : première greffe du visage, des mains, premier bébé-éprouvette... Il y a aussi les performances. Nous battons les Etats-Unis pour la lutte contre la mortalité infantile (3,6 pour mille, contre 6,8 pour mille) et le taux d'obésité (9%, contre 32%). Quant à l'espérance de vie, avec plus de 80 ans, elle nous situe parmi les meilleurs du monde. Vous doutez encore ? Foncez voir le dernier Moore.

05.08.2007

Chavez

Un article intéressant, mais qui ne pose pas quelques uns des principaux problèmes de la présidence de Chavez...Et notamment celui de la démocratie!Je rappelle juste que Chavez, avant d'être président, a tenté un coup d'Etat en 1992 et que actuellement on parle de le faire élire président à vie, chose que les journaux d'opposition ne peuvent même pas dire étant donné qu'ils sont baillonnés par le pouvoir...

"Peu de gouvernants au monde font l’objet de campagnes de démolition aussi haineuses que M. Hugo Chávez, président du Venezuela. Ses ennemis n’ont hésité devant rien : coup d’Etat, grève pétrolière, exode de capitaux, tentatives d’attentat... On n’avait pas vu un tel acharnement en Amérique latine depuis les attaques de Washington contre M. Fidel Castro. Les calomnies les plus misérables sont colportées contre M. Chávez, conçues par les nouvelles officines de propagande – National Endowment for Democracy (NED), Freedom House, etc. – financées par l’administration du président des Etats-Unis George W. Bush. Dotée de moyens financiers illimités, cette machine à diffamer manipule des relais médiatiques (dont des journaux de référence) et des organisations de défense des droits humains, enrôlés à leur tour au service de ténébreux desseins. Il arrive aussi, ruine du socialisme, qu’une partie de la gauche sociale-démocrate ajoute sa voix à cette chorale de diffamateurs.

Pourquoi tant de haine ? Parce que, à l’heure où la social-démocratie connaît une crise d’identité en Europe, les circonstances historiques semblent avoir confié à M. Chávez la responsabilité de prendre la tête, à l’échelle internationale, de la réinvention de la gauche. Alors que, sur le Vieux continent, la construction européenne a eu pour effet de rendre pratiquement impossible toute alternative au néolibéralisme (lire, dans ce numéro, les articles de Jean Bricmont et Denis Duclos), au Brésil, en Argentine, en Bolivie et en Equateur, inspirées par l’exemple vénézuélien, les expériences se succèdent qui maintiennent vivant l’espoir de réaliser l’émancipation des plus humbles.

A cet égard, le bilan de M. Chávez est spectaculaire. On comprend que, dans des dizaines de pays pauvres, il soit devenu une référence obligée. Dans le respect scrupuleux de la démocratie et de toutes les libertés (1), n’a-t-il pas refondé la nation vénézuélienne sur une base neuve, légitimée par une nouvelle Constitution qui garantit l’implication populaire dans le changement social ? N’a-t-il pas rendu leur dignité de citoyens à quelque cinq millions de marginalisés (dont les indigènes) dépourvus de documents d’identité ? N’a-t-il pas repris en main la compagnie publique Petróleos de Venezuela SA (PDVSA) ? N’a-t-il pas déprivatisé et rendu au service public la principale entreprise de télécommunication du pays ainsi que la compagnie d’électricité de Caracas ? N’a-t-il pas nationalisé les champs pétrolifères de l’Orénoque ? Enfin, n’a-t-il pas consacré une part de la rente pétrolière à acquérir une autonomie effective face aux institutions financières internationales, et une autre au financement de programmes sociaux ?

Trois millions d’hectares de terre ont été distribués aux paysans. Des millions d’adultes et d’enfants ont été alphabétisés. Des milliers de dispensaires médicaux ont été installés dans les quartiers populaires. Des dizaines de milliers de personnes sans ressources, atteintes d’affections oculaires, ont été gratuitement opérées. Les produits alimentaires de base sont subventionnés et proposés aux plus démunis à des prix inférieurs de 42 % à ceux du marché. La durée de travail hebdomadaire est passée de 44 heures à 36 heures, tandis que le salaire minimum montait à 204 euros par mois (le plus élevé d’Amérique latine après le Costa Rica).

Résultats de toutes ces mesures : entre 1999 et 2005, la pauvreté a baissé de 42,8 % à 37,9 % (2), tandis que la population vivant de l’économie informelle chutait de 53 % à 40 %. Ces reculs de la pauvreté ont permis de soutenir fortement la croissance, qui, au cours des trois dernières années, a été en moyenne de 12 %, parmi les plus élevées du monde, stimulée aussi par une consommation qui a progressé de 18 % par an (3).

Devant de tels succès, sans parler de ceux obtenus en politique internationale, faut-il s’étonner que le président Chávez soit devenu, pour les maîtres du monde et leurs affidés, un homme à abattre ?"

Ignacio Ramonet


) Les mensonges à propos de Radio Caracas Televisión viennent d’être démentis, cette chaîne ayant repris, depuis le 16 juillet dernier, ses émissions sur le câble et par satellite.

(2) Mark Weisbrot, Luis Sandoval et David Rosnick. Poverty Rates in Venezuela : Getting the Numbers Right, Center for Economic and Policy Research, Washington, DC, mai 2006.

(3) Lire le dossier « Chávez, not so bad for business », Business Week, New York, 21 juin 2007.

24.07.2007

Pakistan

Au Pakistan, "Musharraf est extrêmement faible et isolé"
LEMONDE.FR | 20.07.07 | 16h14 • Mis à jour le 24.07.07 | 17h42

Dans un "chat"sur Le Monde.fr, Françoise Chipaux, correspondante du "Monde" à Islamabad, estime que "les islamistes sont, malgré tout le bruit qu'il font, minoritaires au Pakistan."

Beteya : Dans le cadre de la lutte contre le terrorisme engagée par les Occidentaux depuis le 11-Septembre, peut-on dire que le Pakistan a joué "franc jeu" ?

Françoise Chipaux : C'est difficile à dire. Le Pakistan a arrêté un grand nombre de militants qu'ils pensaient être d'Al-Qaida, qui refluaient d'Afghanistan vers le Pakistan au moment de l'opération américaine. Concernant Al-Qaida, le Pakistan a arrêté des leaders importants, mais toujours sur information américaine. Il faut noter que les gens d'Al-Qaida, jusqu'à 2003, n'avaient jamais rien fait contre le Pakistan. Le Pakistan n'a non plus jamais touché aux talibans. On peut donc dire que le Pakistan a joué "franc jeu" jusqu'à un certain point.


Il faut aussi savoir que le sentiment anti-américain est très fort dans le pays. Le Pakistan a aidé les Américains, puisque plus de 600 personnes ont été arrêtées, dont au moins cinq grands leaders d'Al-Qaida, mais en même temps, les autorités du pays n'ont pas fait tout ce qu'elles auraient pu faire.

Ceno : Pourquoi les Etats-Unis ont-ils publié ce rapport censé rester secret sur la politique "laxiste" du président pakistanais vis-à-vis des terroristes ?

Françoise Chipaux : Je pense qu'il y a deux choses. D'une part, un aspect de politique intérieure américaine : l'administration Bush publie ce rapport au moment où elle recontre des problèmes sur sa politique irakienne, avec le débat sur le retrait des troupes. On fait donc une fois de plus jouer la crainte d'Al-Qaida qui se reconstitue.

Autre aspect : les Etats-Unis tentent de faire pression sur Pervez Musharraf pour qu'il en fasse plus dans les zones tribales. Cela dit, la reconstitution d'Al-Qaida dans les zones tribales est encore à voir. Qu'appelle-t-on les structures d'Al-Qaida ? Qu'il y ait des représentants d'Al-Qaida dans les zones tribales, c'est possible, mais il n'y a pas de structure. C'est une région très accidentée, montagneuse, avec une frontière totalement perméable avec l'Afghanistan et une population tribale farouchement indépendante et très conservatrice sur le plan religieux.

Je pense donc que ce rapport américain sert à la fois les intérêts de politique intérieure de Bush et permet de dire à Musharraf : "Il faut faire plus." Tout cela dans un contexte où la politique américaine en Afghanistan vire à l'échec : les Américains se rendent compte que l'Afghanistan, qui était présenté, surtout par rapport à l'Irak, comme LE succès, n'en est pas vraiment un.

Ber : Des frappes américaines sont-elles envisageables sur le Pakistan ?

Françoise Chipaux : D'abord, il y a déjà eu des frappes américaines sur le Pakistan. Mais en règle générale, les autorités pakistanaises les ont présentées comme des erreurs de tir, puisque les troupes américaines sont déployées du côté afghan de la frontière ; ou alors, les autorités pakistanaises, comme cela a été le cas en octobre 2006 pour le bombardement d'une madrasa dans l'agence tribale de Bajaur, ont revendiqué avoir fait elles-même l'opération.

Le dilemme des Américains, c'est que s'ils interviennent trop massivement et trop ouvertement au Pakistan, ils risquent de provoquer la chute de Musharraf, qui, jusqu'à maintenant, les a quand même bien servis. Sans compter que les Américains craignent l'après-Musharraf, si celui-ci tombe dans un contexte de révolte anti-américaine.

Ceno : Quels sont les éléments qui amènent les Américains à croire que Ben Laden est réfugié au Pakistan ?

Françoise Chipaux : Honnêtement, je n'en sais rien. On n'a pas d'informations récentes, confirmées, sur la présence de Ben Laden. Les Américains disent qu'il est au Pakistan, c'est possible. Mais la frontière entre le Pakistan et l'Afghanistan, c'est 2 500 kilomètres, avec du désert, de la montagne, de la très haute montagne, des cols quasiment inaccessibles autrement qu'à pied...

Gus : On parle souvent des relations américano-pakistanaises, mais peu des liens avec les autres pays. Quels sont notamment les rapports entre le Royaume-Uni et le Pakistan ?

Françoise Chipaux : Ces rapports sont très solides, car il ne faut pas oublier que le Royaume-Uni a une diaspora d'environ 400 000 Pakistanais. Ceux-ci, qui sont aujourd'hui citoyens britanniques, gardent des liens étroits avec la mère patrie, reviennent en vacances au Pakistan, et en règle générale marient leurs enfants au Pakistan.

La coopération est notamment très étroite en matière de sécurité, d'antiterrorisme. Dans les attentats de Londres en juillet 2005, trois des auteurs étaient d'origine pakistanaise. La plupart des djihadistes qui agissent en Europe ne viennent pas pour autant des madrasas pakistanaises. Un étudiant d'une madrasa pakistanaise qui ne parle pas anglais ne saura pas prendre l'avion, un métro... Les gens qui font des attentats en Europe ont été généralement radicalisés en Europe.

DLL : Quelle est aujourd'hui l'attitude de l'Inde face à la politique de Pervez Musharraf ?

Françoise Chipaux : Pour l'instant, Musharraf a essayé de réchauffer les relations avec l'Inde. Et depuis deux ou trois ans, même si l'on n'a pas avancé sur le débat de fond entre l'Inde et le Pakistan, les relations sont beaucoup plus détendues. Il y a beaucoup plus d'Indiens ou de Pakistanais qui visitent le pays, les visas sont plus faciles à obtenir, il y a une multiplication des contacts au niveau culturel, sportif...

Mais tout cela masque quand même le fait que sur le fond, en particulier sur la question du Cachemire, rien n'a bougé. Il y a un cessez-le-feu au Cachemire, on a ouvert une voie de passage entre le Cachemire pakistanais et le Cachemire indien, mais sur le fond rien n'a bougé.

Seb : Pourquoi a-t-on assisté à une multiplication d'actes terroristes ces dernières semaines au Pakistan ?

Françoise Chipaux : Ces actes terroristes sont des réactions à l'assaut donné par les forces pakistanaises à une mosquée qui s'appelle la "mosquée Rouge", qui était dirigée par deux frères, dont l'un a été tué. Ces deux frères étaient des extrémistes souhaitant l'imposition de la charia au Pakistan : pour cela, ils avaient envoyé des jeunes filles de la madrasa qu'ils dirigeaient faire des raids contre des échoppes de musique et de vidéo. Ces jeunes filles avaient également enlevé une femme qu'elles accusaient de tenir une maison close. Elles avaient aussi arrêté six Chinois : la Chine étant le meilleur ami du Pakistan, les mollahs avaient dépassé les bornes. 


La mosquée Rouge illustre, en fait, le laxisme des autorités face à des extrémistes qu'on a laissé faire pendant six mois. Au fur et à mesure que le ton a monté, ceux-ci ont fait entrer des djihadistes endurcis, armés, et l'assaut de la mosquée s'est terminé en bain de sang, avec plus de cent morts au cœur d'Islamabad. Les attentats-suicides qui ont suivi sont à la fois une réaction à ce qu'a fait le gouvernement, et aussi un avertissement : "Ne vous attaquez pas aux extrémistes, parce qu'on a les moyens de réagir."

Pierre : Les islamistes peuvent-ils prendre le pouvoir au Pakistan ? 

Françoise Chipaux : Non. Les islamistes sont, malgré tout le bruit qu'il font, minoritaires au Pakistan. Et si les partis religieux ont aujourd'hui une présence importante à l'Assemblée nationale, c'est grâce à l'armée et à Musharraf. Ce dernier, pour écarter le PPP de l'ancienne premier ministre Benazir Bhutto, et la ligue musulmane de Nawaz Sharif, s'est appuyé sur les partis religieux. 

Il ne faut pas oublier que Musharraf a eu besoin des partis religieux pour faire passer un amendement constitutionnel lui permettant de rester à la fois président et chef de l'armée.

niavlyss : Pensez-vous que la junte militaire soit prête à lâcher Musharraf pour sauver son régime ? 

Françoise Chipaux : C'est une question très difficile. Pour l'instant, les hauts responsables de l'armée font bloc derrière Musharraf. Il faut dire que celui-ci les a largement récompensés et que tous ceux qui sont aujourd'hui à des positions de commandement ont été nommés par Musharraf, puisqu'il est chef de l'armée depuis 1998. 

La question pourrait se poser par exemple s'il y avait un autre massacre, comme celui de Karachi en mai, où une trentaine de personnes ont été tuées dans des combats de rue entre les partis soutenant Musharraf et ceux appuyant le président de la Cour suprême, qui avait été écarté par Musharraf. 

Pour l'instant, l'armée, compte tenu de la situation, n'a sans doute pas intérêt à lâcher Musharraf. D'autant plus que tant que les Américains soutiennent Musharraf, ses pairs le soutiendront. Il est quand même intéressant de noter qu'une livraison de deux nouveaux F16 à l'aviation pakistanaise a été annoncée le jour final de l'assaut contre la mosquée Rouge.

Vancliff : Savez-vous comment Pervez Musharraf est perçu par les soldats "de base" ? Bénéficie-t-il de leur soutien ? 

Françoise Chipaux : Là encore, c'est difficile à dire. Les soldats de base dans l'armée pakistanaise doivent avoir une vision très lointaine de Musharraf. Le soldat de base pakistanais est sûrement plus influencé par l'islamisme ambiant que les officiers généraux. 

Si vous regardez des défilés de l'armée pakistanaise, on peut juste constater le nombre grandissant de soldats qui portent la barbe. Le soldat de base n'aime sûrement pas intervenir contre ses frères musulmans. Et quand les commandos, qui sont les troupes d'élite, ont terminé l'assaut contre la mosquée Rouge, la moitié pleuraient en disant : "On a tué des musulmans." 

Je crois que l'armée pakistanaise n'est pas prête à intervenir très durement contre les militants islamistes. L'accord que les Américains ont reproché à Musharraf dans le nord du Waziristan avait aussi pour but de désengager l'armée : celle-ci perdait non seulement beaucoup d'hommes, mais elle connaissait aussi des désertions et des problèmes de discipline, des soldats refusant de combattre. 

Elodie : Le mandat du général Musharraf expire en octobre. S'il demeure encore au pouvoir à cette date, a-t-il des chances d'être de nouveau élu par l'Assemblée actuelle ?  

Françoise Chipaux : C'est tout le débat. Normalement, il l'a encore répété la semaine dernière, il voulait être réélu en uniforme par les assemblées actuelles, parce qu'il a la majorité. Le problème maintenant, depuis la réinstallation du président de la Cour suprême, est qu'un grand nombre de pétitions se préparent pour contester le droit constitutionnel de Musharraf de se représenter. 

A mon avis, la candidature de Musharraf va un peu dépendre de la manière dont la Cour suprême va répondre aux pétitions disant, que constitutionnellement, il n'a pas le droit de se représenter. 

Sins : La Cour suprême du Pakistan a jugé "illégale" la suspension de son président. Qu'en est-il de l'indépendance de la justice face à Musharraf ? 

Françoise Chipaux : Jusqu'à l'épisode du renvoi du président de la Cour suprême, la plupart des juges avaient historiquement avalisé les régimes militaires successifs. Aujourd'hui, ce qui s'est passé avec la réinstallation du président de la Cour suprême laisse à penser que les juges ont découvert, grâce au soutien des avocats et au soutien de la société civile pakistanaise, qu'ils pouvaient être indépendants.

Je pense que c'est un tournant pour l'indépendance de la justice au Pakistan. Parce que les avocats et la société civile, qui sont les vainqueurs de la réinstallation du président de la Cour suprême, vont être très attentifs à l'attitude des juges. Et ceux-ci aussi ont découvert qu'ils pouvaient agir librement. 

Elodie : Comment le général Musharraf est-il perçu par la plus grande partie de la population ? Est-il aujourd'hui considéré comme le seul homme politique capable d'éviter l'éclatement de la société pakistanaise ? 

Françoise Chipaux : Alors que les Pakistanais avaient plus ou moins accepté le général Musharraf en 1999, espérant qu'il allait pouvoir remettre de l'ordre dans un pays à la situation économique catastrophique, sa popularité est aujourd'hui quasiment nulle.


Il a également perdu, dans cette affaire du président de la Cour suprême, toute sa crédibilité. Les gens pensent que la façon dont il a tenté de renvoyer le président de la Cour suprême est le produit de son arrogance. Aujourd'hui, même si, dans la situation actuelle, beaucoup de gens estiment que seule une alliance entre les politiques et les militaires peut sauver le pays, Musharraf est quand même extrêmement faible et isolé. 

Ceno : Nawaz Sharif, l'ancien premier ministre aujourd'hui en exil à Londres, va-t-il pouvoir rentrer au Pakistan ? Et peut-il représenter l'opposition ? 

Françoise Chipaux : Le problème, c'est qu'aujourd'hui les partis d'opposition se regardent tous dans la crainte que le voisin ne profite des malheurs de Musharraf. Au lieu d'avoir une opposition déterminée contre le régime militaire, les politiques se regardent : Nawaz Sharif ne veut pas que Benazir Bhutto, qui, elle, négocie avec Musharraf, profite de la situation. Benazir Bhutto négocie dans l'espoir de voir disparaître les accusations de corruption retenues contre elle et de pouvoir rentrer pour prendre le dessus sur Nawaz Sharif.

Les partis religieux, qui ont été les alliés de Musharraf, ne veulent pas non plus, aujourd'hui, voir par exemple le parti de Benazir Bhutto, le plus important électoralement, tirer avantage de la situation. C'est une situation qui bénéficie à Musharraf, dans la mesure où les politiciens sont incapables de s'entendre sur un projet commun. 

Pierre : Et la bombe atomique ? Les islamistes vont-ils mettre la main dessus ? 

Françoise Chipaux : Non. Je pense que là encore, on se fait peur. Certes, le Pakistan a la bombe atomique, mais les islamistes ne sont pas aux portes du pouvoir, et la bombe est contrôlée par l'armée pakistanaise. Je pense que c'est une crainte dont certains se servent pour des raisons politiques, mais ce n'est pas encore, à ce stade, un danger imminent. 

vincent_s : N'y a-t-il pas un risque d'infiltration de l'armée par les islamistes ? 

Françoise Chipaux : Pour l'instant, les hauts cadres de l'armée pakistanaise ne sont pas très islamistes. Ce sont plutôt des libéraux. Je ne pense pas qu'aujourd'hui les hauts échelons de l'armée soient islamistes. 

Pierre : Est-il raisonnable de penser qu'un jour il y aura la démocratie au Pakistan ? Si oui, à quelle échéance ? 

Françoise Chipaux : Oui, mais il faudrait que l'armée cesse d'interrompre tous les trois ou quatre ans les expériences démocratiques. La démocratie, pour qu'elle soit vivante, il faut qu'elle se pratique. Or, pour l'instant, toutes les expériences démocratiques au Pakistan ont été interrompues par l'armée. Jamais un gouvernement élu n'a pu finir son mandat. 

Dans combien de temps ? Difficile à dire. Le Pakistan reste un pays où la moitié de la population est illettrée, vit dans des régions très isolées. Mais ça viendra. Ça prendra du temps, mais ça viendra. 

franki : Les touristes voyageant seuls sont-ils des cibles potentielles pour les islamistes ? Faut-il renoncer à se rendre dans ce pays actuellement ?  

Françoise Chipaux : Difficile à dire. Personnellement, je ne me sens pas en danger immédiat ici. Simplement, tout dépend des régions où l'on veut aller. Il est évident qu'aujourd'hui, avec cette grande tension dans le pays, une guerre larvée à la frontière afghane, ce n'est pas forcément le moment d'aller se promener tout seul au milieu de nulle part au Pakistan. 

Il faut savoir que les Pakistanais, en général, sont très accueillants, et que la plupart des touristes qui viennent ici en repartent satisfaits. J'ai toujours eu le sentiment que les gens étaient plus gentils parce que nous sommes étrangers. Les autorités comme les gens ordinaires. Si vous êtes étrangers, ils sont plus attentifs et viennent vous aider. Mais je dirais qu'aujourd'hui, il vaut mieux attendre un peu pour venir.

24.06.2007

Chine et droits de l'homme

800cdaa77e66a8f1ff25ca9291a33cc9.jpghttp://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3234,36-839877@51-628862,0.html

Adepte du franc-parler, Claude Bébéar, le président du conseil de surveillance de l'assureur Axa, considéré comme le "parrain" du capitalisme français, a une nouvelle fois fait la démonstration de sa liberté de parole, mercredi 29 novembre, au Japon.
Lors d'un colloque organisé à Tokyo par l'association Paris Europlace avec des chefs d'entreprises japonais et français, M. Bébéar s'est livré à une critique ouverte de la Chine.

"Je pense que la Chine a beaucoup d'ennuis devant elle : d'abord, ce n'est pas une démocratie, ensuite (...), les Chinois sont très nationalistes. Ils veulent que nous leur apportions des technologies mais après cela, je ne suis pas sûr qu'ils veuillent continuer à faire des affaires avec nous", a indiqué M. Bébéar, selon des propos rapportés par l'AFP.

Estimant qu'il n'était pas dans l'intention des Chinois de faire alliance avec des investisseurs étrangers, mais plutôt de "conquérir le monde", M. Bébéar a conclu son propos par un éloge du marché japonais sur lequel, a-t-il indiqué, "nous (Axa) sommes très heureux".

La déclaration du président du conseil de surveillance d'Axa est la première critique publique émanant d'un grand patron français à l'égard de la Chine, qui n'épargne ni son régime ni son économie. Aucun membre de la délégation de chefs d'entreprises invités à accompagner le voyage officiel de Jacques Chirac en Chine, du 25 au 28 octobre, ne s'était risqué, publiquement, à de tels propos, dans un pays soucieux de son image.

D'Anne Lauvergeon, la présidente du directoire d'Areva, à Patrick Kron, le PDG d'Alstom, tous avaient souligné l'énorme potentiel du marché chinois et l'importance, pour les industriels français, d'y faire des affaires.

Chez Axa, toutefois, on minimise la portée des propos de M. Bébéar, en précisant qu'elle émane davantage du président de l'Institut Montaigne - un institut de réflexion - que du responsable d'Axa. Axa possède trois licences en Chine, pour distribuer des produits d'assurance vie, à Pékin, Shanghaï et Canton.

Quand la Chine a besoin de socialisme

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http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-838704,0.html

La plus grande inquiétude sur le futur de l'économie mondiale porte sur la relation entre les Etats-Unis et la Chine. Tout en dépend, y compris bien sûr la prospérité en Europe. Cette relation est un donnant-donnant immense, pour simplifier : "J'achète tes produits, dit l'Amérique à la Chine, finance-moi en échange."


Les Etats-Unis produisent de moins en moins, importent de plus en plus du "made in China" et le déficit commercial ne cesse de plonger. Il atteindra 7 % du PIB cette année. La Chine, "atelier du monde", exporte en masse et engrange un excédent qui atteindrait plus de 9 % de son PIB en 2006. Ce surplus est converti en achat de bons du Trésor américains ou mis en réserve. En clair, l'Américain consomme trop par rapport à ce qu'il produit et le Chinois fait l'inverse.

Voilà des années que les économistes affirment que ce "grand déséquilibre", constamment croissant, ne peut durer. Il doit conduire à une inéluctable crise du dollar qui, s'effondrant, précipitera la planète dans la récession.

Ce mauvais augure a été démenti par les faits. Le système a tenu jusqu'ici. Puis cette année, l'éclatement de la bulle immobilière américaine a engagé le début d'un mouvement de correction. Le consommateur américain se sent moins riche, consomme (un peu) moins, l'économie ralentit. Le "grand déséquilibre" mondial semble se résorber dans le calme. Tout se passe sans crash, le dollar baisse, mais doucement, la croissance américaine se replie, à 2,5 % ou 3 % en 2007, mais sans basculer dans la récession.

Encore faut-il que la Chine soit capable de faire sa partie du travail, c'est-à-dire exporter moins et, en compensation, consommer plus. Or, il ne se passe rien de tel. L'économie chinoise est toujours aussi exubérante, au rythme de plus de 10 % par an, et le moteur de la consommation y occupe une part toujours plus réduite.

La moitié du PIB venait des dépenses des ménages dans les années 1980, seulement 38 % en 2005, le plus bas niveau de toutes les grandes économies mondiales. L'exportation continue de grossir, l'excédent passera de 125 milliards de dollars en 2005 à 185 milliards en 2006, autre record mondial. Le Dragon est emballé.

RÉORIENTER LA CROISSANCE

Le monde a besoin que les autorités de Pékin parviennent à reprendre les rênes. Mais la Chine aussi, son modèle devenant de moins en moins efficace. Le moyen d'y parvenir est... une socialisation d'une large part des revenus, celle que représente les couvertures santé et retraite. La Chine a, en somme, besoin de socialisme.

Selon Nicolas Lardy (China : Toward a Consumption-driven Growth Path, Institute for International Economics), seuls 14 % des salariés chinois ont une assurance-chômage d'entreprise et seulement 11 % une assurance du système public, datant des années Mao. En 2005, seuls 17 % cotisaient pour la retraite du système public. La pension versée aux retraités est faible et la même pour tous : 20 % du salaire moyen local, quel que soit le salaire du bénéficiaire quand il était actif. Le système éducatif est désuet, l'Etat n'y consacrant plus que 2 % du PIB. Les ménages doivent compenser, cela leur coûte 4 % du PIB.

La conséquence de l'absence d'un Etat-providence est que les Chinois doivent épargner la moitié de leur revenu en moyenne pour se prémunir contre les aléas de la vie. "Chaque individu est mis dans la situation d'être son propre assureur, c'est un système très inefficace", explique Jean-Philippe Cotis, chef économiste de l'OCDE, car il engendre une spirale négative.

Que devient en effet cet argent épargné, non consommé ? Il est placé en partie à l'étranger ou en dollars. Pour l'essentiel, il est investi en usines, en routes, en ports, etc. L'investissement est devenu le moteur numéro un de la croissance chinoise. Beaucoup d'autoroutes sont vides, beaucoup de secteurs souffrent d'un excès de capacités : les aciéries, par exemple, peuvent couler 190 millions de tonnes pour une demande de 115 millions. Du coup, les prix baissent, les rentabilités s'en ressentent.

La solution est de rééquilibrer la croissance par un accroissement de la consommation des ménages. Comment ? La solution est connue : la Chine doit de toute urgence mettre en place un système de retraite et d'assurance- santé, a plaidé cette semaine, Zhou Xiaochuan, le gouverneur de la banque centrale de la République populaire.

Mais le gouvernement, qui officiellement veut réorienter le cours de la croissance chinoise depuis plusieurs années, tarde à le faire en pratique. Dans les campagnes, il a annoncé un "nouveau socialisme rural" pour maintenir le calme social : subventions aux agriculteurs, extension des soins médicaux des coopératives, aide à l'éducation. Mais les budgets réels ne sont pas au rendez-vous.

L'autre moyen d'enrichir les Chinois pour favoriser leur consommation est de réévaluer la monnaie, le renminbi. Les exportations seraient freinées un peu, les importations facilitées, les pressions inflationnistes seraient amoindries et les taux d'intérêt pourraient se réduire, ouvrant les crédits à la consommation. Mais le gouvernement est là encore très hésitant, les réévaluations ont été millimétriques.

La Chine poursuit en apparence sa brillante croissance, mais file un mauvais coton : le réglage d'une machine macroéconomique de moins en moins efficace devient chaque jour de plus en plus délicat.

Eric Le Boucher

115 mensonges de Bush à propos du 11/09

781cac5580cbaa5a2494bb2d5038dfdd.jpgPour chaque mensonge, on se référera aux analyses du professeur David Ray Griffin dans son ouvrage Omissions et manipulations de la Commission d'enquête. Les chiffres entre parenthèse renvoient aux pages du livre dans son édition originale états-unienne.

1. L'omission de la preuve qu'au moins six des pirates de l'air présumés (dont Waleed al- Shehri, que la Commission accuse d'avoir poignardé une hôtesse de l'air du vol UA11 avant que celui-ci s'écrase sur la tour Nord du World Trade Center) sont toujours vivants (19-20).

2. L'omission des preuves concernant Mohamed Atta (comme son penchant signalé pour l'alcool, le porc et les danses érotiques privées – lap dances – ) sont en contradiction avec les affirmations de la Commission selon lesquelles il était devenu un fanatique religieux (20-21).

3. La confusion volontairement créée autour des preuves que Hani Hanjour était un pilote trop incompétent pour amener un avion de ligne à s'écraser sur le Pentagone (21-22).

4. L'omission du fait que les listes des passagers (flight manifests) rendues publiques ne contenaient aucun nom d'Arabe (23).

5. L'omission du fait qu'un incendie n'a jamais causé l'effondrement total d'un bâtiment à structure d'acier, ni avant ni après le 11 Septembre (25).

6. L'omission du fait que les incendies des Tours Jumelles n'étaient ni extrêmement étendus, ni particulièrement intenses, ni même très longs en comparaison avec d'autres incendies dans des gratte-ciels (de structures) similaires, qui eux ne se sont jamais écroulés (25-26).

« Omissions et manipulations de la commission d'enquête sur le 11 septembre »Le livre de D. Ray Griffin, en version française, est disponible à la vente sur le site des Éditions Demi-lune.7. L'omission du fait qu'étant donné l'hypothèse que les effondrements aurait été provoqués par l'incendie, la Tour Sud, touchée plus tard que la Tour Nord et en proie à des flammes de moindre intensité, n'aurait pas dû s'effondrer la première (26).

8. L'omission du fait que le bâtiment n°7 du WTC (qui n'a pas été touché par un avion et qui ne fut le théâtre que de petits incendies localisés) s'est aussi écroulé, un événement que l'Agence Fédérale pour le Traitement des Situations d'Urgence (FEMA) a reconnu ne pouvoir expliquer (26).

9. L'omission du fait que l'effondrement des Tours Jumelles (et du bâtiment n°7) présente au moins 10 caractéristiques d'une démolition contrôlée (26-27). 10. L'assertion que le coeur de la structure de chacune des Tours Jumelles était « un puits d'acier vide », une affirmation qui nie la présence de 47 massives colonnes d'acier qui constituaient en réalité le coeur de chaque tour et qui, selon la théorie de « l'empilement des étages » (the « pancake theory ») explicative des effondrements, aurait dû restées dressées vers le ciel sur de nombreuses dizaines de mètres (27-2.

11. L'omission de la déclaration de Larry Silverstein [le propriétaire du WTC] selon laquelle il décida, en accord avec les pompiers, de « démolir » (to « pull », argot technique) le bâtiment n°7 (2.

12. L'omission du fait que l'acier des bâtiments du WTC fut rapidement déblayé de la scène du crime et embarqué sur des navires à destination de l'étranger AVANT qu'il puisse être analysé pour y déceler des traces d'explosifs (30).

13. L'omission du fait que le bâtiment n°7 ayant été évacué avant son effondrement, la raison officielle invoquée pour le déblaiement rapide de l'acier [sur ce site] (que certaines personnes puissent être encore vivantes sous les décombres) ne faisait aucun sens dans ce cas précis (30).

14. L'omission de la déclaration du maire R. Giuliani selon laquelle il avait été prévenu que le WTC allait s'effondrer (30-31).

15. L'omission du fait que Marvin Bush, le frère du Président, et son cousin Wirt Walker III étaient tous les deux directeurs de la société chargée de la sécurité du WTC (31-32).

16. L'omission du fait que l'aile Ouest du Pentagone [celle effectivement touchée] était la moins susceptible d'être prise pour cible par des terroristes de al-Qaida, pour plusieurs raisons (33- 34).

17. L'omission de toute discussion pour établir si les dommages sur le Pentagone étaient compatibles avec l'impact d'un Boeing 757 se déplaçant à plusieurs centaines de kilomètres/heure (34).

18. L'omission du fait qu'il existe des photos montrant que la façade de l'aile Ouest ne s'est effondrée que 30 minutes après la frappe, et aussi que le trou d'entrée apparaît bien trop petit pour un Boeing 757 (34).

19. L'omission de tout témoignage contradictoire au sujet de la présence ou de l'absence de débris visibles d'un Boeing 757 que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur du Pentagone (34-36).

20. L'absence de toute discussion pour établir si le Pentagone disposait d'un système de défense anti-missile capable d'abattre un avion de ligne commercial, bien que la Commission suggéra que les terroristes d'al-Qaida n'attaquèrent pas une centrale nucléaire parce qu'ils assumaient qu'elle serait ainsi défendue (36).

21. L'omission du fait que les images de différentes caméras de surveillance (y compris celles de la station service en face du Pentagone, dont le film fut confisqué par le FBI immédiatement après la frappe) pourraient sans doute donner une réponse à ce qui a réellement percuté le Pentagone (37-3.

22. L'omission de la référence du Ministre de la Défense D. Rumsfeld à « un missile [utilisé] pour endommager [le Pentagone] » (39).

23. L'approbation apparente de la réponse totalement insatisfaisante à la question de savoir pourquoi les agents des Services Secrets permirent au Président Bush de rester dans l'école de Sarasota à un moment où, selon la version officielle, ils auraient dû assumer qu'un avion détourné aurait pu prendre l'école pour cible (41-44).

24. L'échec à expliciter pourquoi les Services Secrets n'ont pas demandé la protection de chasseurs pour [l'avion présidentiel] Air Force One (43-46).

25. Les affirmations selon lesquelles lorsque le cortège présidentiel arriva à l'école [de Sarasota], personne dans l'assistance ne savait que plusieurs avions avaient été détournés (47-4.

26. L'omission du rapport selon lequel le Ministre de la Justice John Ashcroft fut averti d'arrêter de prendre des lignes aériennes commerciales avant le 11 Septembre (50).

27. L'omission de l'affirmation de David Schippers qu'il avait, sur la base d'informations fournies par des agents du FBI à propos d'attaques prévues dans le Sud de Manhattan, tenté en vain de transmettre cette information au Ministre de la Justice John Ashcroft pendant les 6 semaines précédant le 11 Septembre (51).

28. L'omission de toute mention que des agents du FBI auraient affirmé avoir eu connaissance des cibles et des dates des attaques [terroristes] longtemps à l'avance (51-52).

29. L'affirmation, par une réfutation circulaire qui présume la question résolue, que le volume inhabituel des achats d'options à la baisse avant le 11 Septembre n'impliquait pas que les acheteurs savaient à l'avance que les attaques se produiraient. (52-57)

30. L'omission des rapports selon lesquels le maire [de San Francisco] Willie Brown et certains responsables du Pentagone reçurent des mises en garde sur le fait de prendre l'avion le 11 Septembre (57).

31. L'omission du rapport selon lequel Oussama ben Laden, qui était déjà le criminel le plus recherché des États-Unis, fut traité en juillet 2001 par un docteur américain à l'hôpital américain de Dubai et y reçu la visite de l'agent local de la CIA (59).

32. L'omission des articles suggérant qu'après le 11 Septembre, l'armée américaine laissa délibérément Oussama ben Laden s'échapper (60).

33. L'omission de rapports, incluant celui sur la visite par le chef des services de renseignements saoudiens à Oussama ben Laden à l'hôpital de Dubai, qui sont en contradiction avec la version officielle selon laquelle Oussama fut renié par sa famille et son pays (60-61).

34. L'omission du compte-rendu de Gerald Posner sur le témoignage de Abu Zubaydah, selon lequel trois membres de la famille royale saoudienne (qui périrent tous mystérieusement à huit jours d'intervalle) finançaient al-Qaida et avaient une connaissance anticipée des attaques du 11 Septembre (61-65).

35. Le démenti par la Commission d'avoir trouvé une preuve du financement d'al-Qaida par les Saoudiens (65-6.

36. Le démenti par la Commission d'avoir trouvé une preuve que de l'argent de la femme du Prince Bandar, la Princesse Haifa, alla à des agents d'al-Qaida (69-70).

37. Le démenti, en ignorant tout simplement la distinction entre vols privés et vols commerciaux, que le vol privé transportant des Saoudiens de Tampa à Lexington le 13 Septembre violait les règlements de l'espace aérien en vigueur à cette date (71-76).

38. Le démenti que des Saoudiens furent autorisés à quitter le territoire des États-Unis peu de temps après le 11 Septembre sans avoir été l'objet d'une enquête appropriée (76-82).

39. L'omission de la preuve que le Prince Bandar obtint une autorisation spéciale de la Maison-Blanche pour les vols des Saoudiens (82-86).

40. L'omission de l'affirmation de Coleen Rowley que des responsables au Q.-G. du FBI avait vu le mémo de Phoenix de l'agent Kenneth Williams (89-90).

41. L'omission du fait que l'agent du FBI à Chicago Robert Wright affirme que le Q.-G. du FBI referma son enquête sur une cellule terroriste, puis tenta de l'intimider pour l'empêcher de publier un livre relatant expériences (91).

42. L'omission de la preuve que le Q.-G. du FBI sabota la tentative de Coleen Rowley et d'autres agents [du FBI] de Minneapolis pour obtenir un mandat pour rechercher l'ordinateur de Zacarias Moussaoui (91-94).

43. L'omission des trois heures trente de déposition devant la Commission par Sibel Edmonds, ancienne traductrice au FBI, déposition qui selon une lettre rendue publique par elle et adressée au Président [de la Commission] Kean, révélait de sérieuses dissimulations de la part de responsables du FBI, en relation avec le 11 Septembre, et ce au Quartier Général même du FBI (94-101).

44. L'omission du fait que le Général Mahmoud Ahmad, le Chef de l'ISI [les Services de Renseignement Pakistanais], se trouvait à Washington une semaine avant le 11 Septembre, et rencontra le Directeur de la CIA George Tenet ainsi que d'autres haut-responsables étasuniens (103-04).

45. L'omission de la preuve que Ahmad, le Chef de l'ISI [les Services de Renseignement Pakistanais] avait ordonné l'envoi de $100,000 à Mohamed Atta avant le 11 Septembre (104- 07).

46. L'affirmation de la Commission qu'elle ne trouva aucune preuve qu'un seul gouvernement étranger, y compris le Pakistan, avait financé des agents d'al-Qaida (106).

47. L'omission du rapport selon lequel l'Administration Bush fit pression sur le Pakistan pour limoger Ahmad de son poste de Chef de l'ISI après la divulgation de l'information selon laquelle il avait ordonné l'envoi d'argent de l'ISI à Mohamed Atta (107-09).

48. L'omission de la preuve que l'ISI (et pas seulement al-Qaida) était derrière l'assassinat de Ahmad Shah Massoud (le commandant de l'Alliance du Nord en Afghanistan), qui se produisit juste après une rencontre qui dura une semaine entre des responsables de la CIA et de l'ISI (110-112).

49. L'omission de la preuve que l'ISI est impliqué dans l'enlèvement et le meurtre de Daniel Pearl, journaliste au Wall Street Journal (113).

50. L'omission du rapport de Gerald Posner selon lequel Abu Zubaydah affirma qu'un officier militaire pakistanais, Mushaf Ali Mir, ayant des liens étroits avec l'ISI et al-Qaida avait une connaissance anticipée des attaques du 11 Septembre (114).

51. L'omission de la prédiction faite en 1999 par Rajaa Gulum Abbas, un agent de l'ISI, que les Tours Jumelles « s'effondreraient » (114).

52. L'omission du fait que le Président Bush et d'autres membres de son Administration évoquèrent à plusieurs reprises les attaques du 11 Septembre comme des « opportunités » (116-17).

53. L'omission du fait que le Projet pour le Nouveau Siècle Américain (« The Project for the New American Century »), dont de nombreux membres devinrent des figures clés de l'Administration Bush, publia un document en 2000 disant qu'un « nouveau Pearl Harbour » aiderait à l'obtention de fonds pour une transformation technologique rapide de l'appareil militaire américain (117-1.

54. L'omission du fait que Donald Rumsfeld, qui était le président de la commission de l'US Space Command et avait recommandé l'accroissement du budget alloué, utilisa les attaques du 11 Septembre le soir même pour s'assurer de tels crédits (119-22).

55. Le fait de ne pas mentionner que les trois hommes responsables de l'échec à prévenir les attaques du 11 Septembre (le Ministre Rumsfeld, le Général Richard Myers, et le Général Ralph Eberhart) étaient également les trois principaux promoteurs de l'US Space Command (122).

56. L'omission du fait que Unocal avait déclaré que les Talibans ne pouvaient pas garantir une sécurité adéquate pour commencer la construction de ses pipelines (de pétrole et de gaz) depuis le bassin Caspien au travers de l'Afghanistan et du Pakistan (122-25).

57. L'omission du rapport selon lequel des représentants des États-Unis dirent à l'occasion d'une rencontre en juillet 2001 que, parce que les Talibans refusaient leur proposition de développer la construction d'un oléoduc, une guerre contre eux commenceraient en octobre (125-26).

58. L'omission du fait que dans son livre publié en 1997 Zbigniew Brzezinski avait écrit que pour que les États-Unis maintiennent leur primauté globale, ils avaient besoin du contrôle de l'Asie Centrale, avec ses vastes réserves de pétrole, et qu'un nouveau Pearl Harbour serait utile pour obtenir l'adhésion de l'opinion publique américaine à ces visées impériales (127-2.

59. L'omission du fait que des membres clés de l'Administration Bush, dont Donald Rumsfeld et son délégué Paul Wolfowitz, s'étaient démenés en faveur d'une nouvelle guerre contre l'Irak pendant de nombreuses années (129-33).

60. L'omission des notes des conversations de Donald Rumsfeld le 11 Septembre qui montrent qu'il était déterminé à utiliser les attaques comme un prétexte pour une guerre contre l'Irak (131-32).

61. L'omission de la déclaration contenue dans le Projet pour un Nouveau Siècle Américain que « le besoin pour une présence américaine forte dans le Golfe dépasse le sujet du régime de Saddam Hussein » (133-34).

62. L'affirmation que le protocole de la FAA (Federal Aviation Agency) au sujet du 11 Septembre requérait le long processus de passer par plusieurs étapes dans la chaîne de commandement, même si le Rapport Officiel [de la Commission] cite des preuves du contraire (158).

63. L'affirmation que ces jours-là, seules deux bases de l'US Air Force dans le secteur Nord- Est du NORAD (North American Aerospace Defense Command pour Centre de Commandement de la Défense de l'Aérospatial de l'Amérique du Nord) conservaient des chasseurs en alerte et qu'en particulier il n'y avait pas d'avions de combat en alerte à McGuire ou à Andrews (159-162).

64. L'omission du fait que la base Andrews de l'US Air Force convervait plusieurs avions de chasse en alerte de façon permanente (162-64).

65. L'acceptation de la double affirmation que le Colonel Marr du NEADS (North East Air Defense Sector) devait téléphoner à un supérieur pour obtenir la permission d'envoyer des chasseurs depuis [la base] d'Otis et que cet appel nécessita huit minutes (165-66).

66. L'approbation de l'affirmation que la perte du signal du transpondeur d'un avion rend virtuellement impossible sa localisation par for par les radars de l'armée américaine (166- 67).

67. L'affirmation que l'interception de Stewart Payne n'a pas montré que le temps de réponse du NORAD au vol AA11 fut extraordinairement lent (167-69).

68. L'affirmation que les chasseurs de la base d'Otis restèrent cloués au sol sept minutes après qu'ils en eurent reçu l'ordre parce qu'ils ne savaient pas où aller (174-75).

69. L'affirmation que l'armée américaine n'était pas informée du détournement du vol UA175 avant 9h03, moment exact où il percutait la tour Sud du WTC (181-82).

70. L'omission de toute explication sur (a) la raison pour laquelle un rapport antérieur du NORAD, selon lequel la FAA avait notifiée les militaires du détournement du vol UA175 à 8h43, était maintenant considéré comme faux et (b) comment ce rapport, s'il était faux, a pu être publié et ensuite laissé non corrigé pendant près de trois ans (182).

71. L'affirmation que la FAA n'a installé de téléconférence qu'à partir de 9h20 ce matin-là (183).

72. L'omission du fait qu'un mémo de Laura Brown de la FAA affirme que la téléconférence fut établie à environ 8h50 et qu'elle porta notamment sur le détournement du vol UA175 (183-84, 186).

73. L'affirmation que la téléconférence de la NMCC, (le Centre National de Commandement Militaire ou National Military Command Center) ne débuta pas avant 9h29 (186-8.

74. L'omission, dans l'affirmation de la Commission que le vol AA77 n'a pas dévié de sa course avant 8h54, du fait que des rapports précédents avaient annoncé 8h46 (189-90). 75. L'échec à mentionner que l'annonce du crash d'un jet dans le Kentucky, à peu près au moment où le vol AA77 disparaissait du radar de la FAA, fut prise suffisamment au sérieux par les responsables de la FAA et de l'unité du contre-terrorisme du FBI pour être relayée à la Maison-Blanche (190).

76. L'affirmation que le vol AA77 vola près de 40 minutes dans l'espace aérien américain en direction de Washington sans être détecté par les radars des militaires (191-92).

77. L'échec à expliquer, si le précédent rapport du NORAD selon lequel il fut notifié du vol AA77 à 9h24 était « incorrect », comment ce rapport erroné a pu voir le jour, c'est-à-dire, de savoir si les responsables du NORAD ont menti ou furent « embrouillés » pendant près de trois ans (192-93).

78. L'affirmation que les avions de combats de Langley, dont le NORAD avait tout d'abord dit qu'ils furent dépêchés pour intercepter le vol AA77, furent réellement déployés en réponse à un rapport erroné de la part d'un contrôleur (non-identifié) de la FAA à 9h21 que le vol AA11 était toujours en l'air et se dirigeait vers Washington (193-99).

79. L'affirmation que les militaires ne furent pas contactés par la FAA à propos du probable détournement du vol AA77 avant que le Pentagone soit touché (204-12).

80. L'affirmation que Jane Garvey ne s'est pas jointe à la vidéoconférence de Richard Clarke avant 9h40, c'est-à-dire après que le Pentagone soit percuté (210).

81. L'affirmation qu'aucune des téléconférences ne parvint à coordonner la FAA et les réponses des militaires aux détournements parce « qu'aucune [d'elles] incluait les bons responsables au sein de la FAA et du Ministère de la Défense », bien que Richard Clarke dise que sa vidéoconférence incluait la Directrice de la FAA Jane Garvey comme le Ministre de la Défense Rumsfeld et le Général Richard Myers, le Chef des Forces Armées par intérim (211).

82. L'affirmation de la Commission qu'elle ne savait pas qui, au sein du Ministère de la Défense, participa à la vidéoconférence avec Richard Clarke alors que Clarke affirme dans son livre qu'il s'agissait de Donald Rumsfeld et du Général Myers (211-212). 83. L'approbation de l'affirmation du Général Myers qu'il se trouvait sur Capitol Hill pendant les attaques, sans mentionner le compte-rendu contradictoire de Richard Clarke, selon lequel Myers était au Pentagone et participait à la vidéoconférence avec Clarke (213-17).

84. L'échec à mentionner la contradiction entre le témoignage de Clarke au sujet de l'emploi du temps de Rumsfeld ce matin-là et les propres déclarations de Rumsfeld (217-19).

85. L'omission du témoignage du Ministre des Transports Norman Mineta, donné à la Commission elle-même, que le Vice-Président Cheney et les autres [personnes présentes] dans l'abri souterrain étaient avertis à 9h26 qu'un avion s'approchait du Pentagone (220).

86. L'affirmation que les responsables du Pentagone ne savaient rien d'un avion s'approchant d'eux avant 9h32, 9h34, ou 9h36, et dans tous les cas seulement quelques minutes avant que le bâtiment soit touché (223).

87. L'acceptation de deux versions contradictoires au sujet de l'appareil qui percuta le Pentagone : une qui relate l'exécution d'une spirale à 330 degrés vers le bas (un « piqué à grande vitesse ») et une autre dans laquelle il n'est pas fait mention de cette manoeuvre (222-23).

88. L'affirmation que les avions de chasse de Langley, qui reçurent soit-disant l'ordre de décoller rapidement pour protéger Washington contre le « vol fantôme AA11 » n'étaient nulle part près de Washington parce qu'ils furent envoyés vers l'océan par erreur (223-24).

89. L'omission de toutes les preuves suggérant que ce qui frappa le Pentagone n'était pas le vol AA77 (224-25).

90. L'affirmation que les militaires ne furent pas informés par la FAA du détournement du vol UA93 avant qu'il ne s'écrase (227-29, 232, 253).

91. La double affirmation que le NMCC n'a pas contrôlé la conférence initiée par la FAA et donc fut incapable de connecter la FAA à la téléconférence initiée par le NMCC (230-31).

92. L'omission du fait que les Services Secrets sont capables de savoir tout ce que sait la FAA (233).

93. L'omission de toute enquête sur les raisons pour lesquelles le NMCC lança sa propre téléconférence, si, comme Laura Brown de la FAA l'a dit, cela n'est pas le protocole standard (234).

94. L'omission de toute enquête sur les raisons pour lesquelles le Général Montague Winfield fut non seulement remplacé par un « bleu » (a rookie), le Capitaine Leidig, en tant que Directeur des Opérations du NMCC mais encore l'a laissé au commandement quand il fut clair que le Pentagone était confronté à une crise sans précédent (235-36).

95. L'affirmation que la FAA notifia (de façon erronée) les Services Secrets entre 10h10 et 10h15 que le vol UA93 était encore dans le ciel et se dirigeait vers Washington (237).

96. L'affirmation que le Vice-Président Cheney ne donna l'autorisation de tir qu'après 10h10 (plusieurs minutes après que le vol UA93 se fut écrasé) et que cette autorisation ne fut pas transmise à l'armée US avant 10h31 (237-41).

97. L'omission de toutes les preuves indiquant que le vol UA93 fut abattu par un avion militaire (238-39, 252-53).

98. L'affirmation que [le Tsar du Contre-Terrorisme] Richard Clarke ne reçut la demande d'autorisation de tir qu'à 10h25 (240).

99. L'omission du propre témoignage de Clarke, qui suggère qu'il reçut cette demande d'autorisation de tir vers 9h50 (240).

100. L'affirmation que Cheney ne gagna l'abri souterrain du PEOC [ou CPOU pour Centre Présidentiel d'Opérations d'Urgence]) qu'à 9h58 (241-44).

101. L'omission de multiples témoignages, dont celui de Norman Mineta [le Ministre des Transports] à la Commission elle-même, que [le Vice-Président] Cheney se trouvait dans le CPOU avant 9h20 (241-44).

102. L'affirmation que l'autorisation d'abattre un avion civil devait être donnée par le Président (245).

103. L'omission de rapports que le Colonel Marr donna l'ordre d'abattre le vol UA93 et que le Général Winfield indiqua que lui et d'autres [officiers] au NMCC s'attendaient à ce qu'un chasseur atteigne le vol UA93 (252).

104. L'omission de rapports indiquant qu'il y avait deux avions de chasse dans le ciel à quelques kilomètres de New York et trois à seulement 320 kilomètres de Washington (251).

105. L'omission du fait qu'il existait au moins six bases militaires avec des chasseurs en état d'alerte dans la région Nord-Est des États-Unis (257-5.

106. L'approbation de l'affirmation du Général Myers que le NORAD avait défini sa mission en termes de défense seulement contre des menaces dirigées [vers les Etats-Unis] depuis l'étranger (258-62).

107. L'approbation de l'affirmation du Général Myers que le NORAD n'avait pas envisagé la possibilité que des terroristes pourraient utiliser des avions de ligne détournés comme des missiles (262-63).

108. L'échec de mettre en perspective la signification du fait, présenté dans le Rapport lui-même, ou de mentionner d'autres faits prouvant que le NORAD avait effectivement envisagé la menace posée par des avions de ligne détournés d'être utilisés comme des missiles (264- 67).

109. L'échec de sonder les implications de la question de savoir comment les manoeuvres militaires (« war games ») programmées ce jour-là purent influer sur l'échec des militaires à intercepter les avions de ligne détournés (268-69).

110. L'échec de discuter la pertinence possible de l'Opération Northwoods avec les attaques du 11 Septembre (269-71).

111. L'affirmation (présentée pour expliquer pourquoi les militaires n'obtinrent pas l'information au sujet des avions détournés à temps pour les intercepter) que le personnel de la FAA inexplicablement faillit à suivre les procédures standards quelques 16 fois (155-56, 157, 179, 180, 181, 190, 191, 193, 194, 200, 202-03, 227, 237, 272-75).

112. L'échec de mentionner que l'indépendance proclamée de la Commission fut fatalement compromise par le fait que Philip Zelikow, son directeur exécutif, était virtuellement un membre de l'Administration Bush (7-9, 11-12, 282-84). (ndt : un proche collaborateur de Mme. Condoleeza Rice)

113. L'échec de mentionner que la Maison-Blanche chercha d'abord à empêcher la création de la Commission [Officielle d'Enquête sur les Attaques Terroristes du 11 Septembre], puis plaça de nombreux obstacles sur sa route, comme le fait de lui accorder un budget extrêmement restreint (283-85). (ndt : estimé à environ 15 millions de dollars, quand le film de fiction « Vol 93 » de Paul Greengrass en a coûté 18, et « World Trade Centre » d'Oliver Stone 4 FOIS PLUS soit 60 millions de dollars ; concernant le premier point, il a fallu attendre 441 jours pour que cette Commission soit créée et M. Bush proposa que M. Kissinger en soit le président...avant de se rétracter sous les critiques virulentes de l'opinion publique.)

114. L'échec de mentionner que le Président de la Commission, la plupart des autres Commissionnaires, et qu'au moins la moitié du personnel avait de sérieux conflits d'intérêt (285-90, 292-95).

115. L'échec de la Commission, qui se vantait que la présentation de son rapport final s'était faite « sans dissension », de mentionner que cela n'avait été possible que parce que Max Cleland, le Commissionnaire le plus critique à l'encontre de la Maison-Blanche qui jura « qu'il ne serait pas complice d'un traitement partial des informations » dut démissionner pour accepter un poste à la Banque Export-Import, et que la Maison-Blanche transmit sa nomination seulement après qu'il soit devenu très direct dans ses critiques (290-291).

Je terminerai en précisant que j'ai conclu mon étude de ce que je suis venu à appeler « le rapport de Kean-Zelikow » en écrivant ceci : Au final, le Rapport de la Commission d'enquête sur le 11 septembre, loin de chasser mes soupçons sur une complicité officielle ne servit qu'à les confirmer. Pourquoi les responsables chargés de la rédaction de ce rapport final s'engageraient dans une telle entreprise de supercherie, si ce n'était pour tenter de couvrir de très grands crimes ? (291).

David Ray Griffin