24.07.2007
Pakistan
Au Pakistan, "Musharraf est extrêmement faible et isolé"
LEMONDE.FR | 20.07.07 | 16h14 • Mis à jour le 24.07.07 | 17h42
Dans un "chat"sur Le Monde.fr, Françoise Chipaux, correspondante du "Monde" à Islamabad, estime que "les islamistes sont, malgré tout le bruit qu'il font, minoritaires au Pakistan."
Beteya : Dans le cadre de la lutte contre le terrorisme engagée par les Occidentaux depuis le 11-Septembre, peut-on dire que le Pakistan a joué "franc jeu" ?
Françoise Chipaux : C'est difficile à dire. Le Pakistan a arrêté un grand nombre de militants qu'ils pensaient être d'Al-Qaida, qui refluaient d'Afghanistan vers le Pakistan au moment de l'opération américaine. Concernant Al-Qaida, le Pakistan a arrêté des leaders importants, mais toujours sur information américaine. Il faut noter que les gens d'Al-Qaida, jusqu'à 2003, n'avaient jamais rien fait contre le Pakistan. Le Pakistan n'a non plus jamais touché aux talibans. On peut donc dire que le Pakistan a joué "franc jeu" jusqu'à un certain point.
Il faut aussi savoir que le sentiment anti-américain est très fort dans le pays. Le Pakistan a aidé les Américains, puisque plus de 600 personnes ont été arrêtées, dont au moins cinq grands leaders d'Al-Qaida, mais en même temps, les autorités du pays n'ont pas fait tout ce qu'elles auraient pu faire.
Ceno : Pourquoi les Etats-Unis ont-ils publié ce rapport censé rester secret sur la politique "laxiste" du président pakistanais vis-à-vis des terroristes ?
Françoise Chipaux : Je pense qu'il y a deux choses. D'une part, un aspect de politique intérieure américaine : l'administration Bush publie ce rapport au moment où elle recontre des problèmes sur sa politique irakienne, avec le débat sur le retrait des troupes. On fait donc une fois de plus jouer la crainte d'Al-Qaida qui se reconstitue.
Autre aspect : les Etats-Unis tentent de faire pression sur Pervez Musharraf pour qu'il en fasse plus dans les zones tribales. Cela dit, la reconstitution d'Al-Qaida dans les zones tribales est encore à voir. Qu'appelle-t-on les structures d'Al-Qaida ? Qu'il y ait des représentants d'Al-Qaida dans les zones tribales, c'est possible, mais il n'y a pas de structure. C'est une région très accidentée, montagneuse, avec une frontière totalement perméable avec l'Afghanistan et une population tribale farouchement indépendante et très conservatrice sur le plan religieux.
Je pense donc que ce rapport américain sert à la fois les intérêts de politique intérieure de Bush et permet de dire à Musharraf : "Il faut faire plus." Tout cela dans un contexte où la politique américaine en Afghanistan vire à l'échec : les Américains se rendent compte que l'Afghanistan, qui était présenté, surtout par rapport à l'Irak, comme LE succès, n'en est pas vraiment un.
Ber : Des frappes américaines sont-elles envisageables sur le Pakistan ?
Françoise Chipaux : D'abord, il y a déjà eu des frappes américaines sur le Pakistan. Mais en règle générale, les autorités pakistanaises les ont présentées comme des erreurs de tir, puisque les troupes américaines sont déployées du côté afghan de la frontière ; ou alors, les autorités pakistanaises, comme cela a été le cas en octobre 2006 pour le bombardement d'une madrasa dans l'agence tribale de Bajaur, ont revendiqué avoir fait elles-même l'opération.
Le dilemme des Américains, c'est que s'ils interviennent trop massivement et trop ouvertement au Pakistan, ils risquent de provoquer la chute de Musharraf, qui, jusqu'à maintenant, les a quand même bien servis. Sans compter que les Américains craignent l'après-Musharraf, si celui-ci tombe dans un contexte de révolte anti-américaine.
Ceno : Quels sont les éléments qui amènent les Américains à croire que Ben Laden est réfugié au Pakistan ?
Françoise Chipaux : Honnêtement, je n'en sais rien. On n'a pas d'informations récentes, confirmées, sur la présence de Ben Laden. Les Américains disent qu'il est au Pakistan, c'est possible. Mais la frontière entre le Pakistan et l'Afghanistan, c'est 2 500 kilomètres, avec du désert, de la montagne, de la très haute montagne, des cols quasiment inaccessibles autrement qu'à pied...
Gus : On parle souvent des relations américano-pakistanaises, mais peu des liens avec les autres pays. Quels sont notamment les rapports entre le Royaume-Uni et le Pakistan ?
Françoise Chipaux : Ces rapports sont très solides, car il ne faut pas oublier que le Royaume-Uni a une diaspora d'environ 400 000 Pakistanais. Ceux-ci, qui sont aujourd'hui citoyens britanniques, gardent des liens étroits avec la mère patrie, reviennent en vacances au Pakistan, et en règle générale marient leurs enfants au Pakistan.
La coopération est notamment très étroite en matière de sécurité, d'antiterrorisme. Dans les attentats de Londres en juillet 2005, trois des auteurs étaient d'origine pakistanaise. La plupart des djihadistes qui agissent en Europe ne viennent pas pour autant des madrasas pakistanaises. Un étudiant d'une madrasa pakistanaise qui ne parle pas anglais ne saura pas prendre l'avion, un métro... Les gens qui font des attentats en Europe ont été généralement radicalisés en Europe.
DLL : Quelle est aujourd'hui l'attitude de l'Inde face à la politique de Pervez Musharraf ?
Françoise Chipaux : Pour l'instant, Musharraf a essayé de réchauffer les relations avec l'Inde. Et depuis deux ou trois ans, même si l'on n'a pas avancé sur le débat de fond entre l'Inde et le Pakistan, les relations sont beaucoup plus détendues. Il y a beaucoup plus d'Indiens ou de Pakistanais qui visitent le pays, les visas sont plus faciles à obtenir, il y a une multiplication des contacts au niveau culturel, sportif...
Mais tout cela masque quand même le fait que sur le fond, en particulier sur la question du Cachemire, rien n'a bougé. Il y a un cessez-le-feu au Cachemire, on a ouvert une voie de passage entre le Cachemire pakistanais et le Cachemire indien, mais sur le fond rien n'a bougé.
Seb : Pourquoi a-t-on assisté à une multiplication d'actes terroristes ces dernières semaines au Pakistan ?
Françoise Chipaux : Ces actes terroristes sont des réactions à l'assaut donné par les forces pakistanaises à une mosquée qui s'appelle la "mosquée Rouge", qui était dirigée par deux frères, dont l'un a été tué. Ces deux frères étaient des extrémistes souhaitant l'imposition de la charia au Pakistan : pour cela, ils avaient envoyé des jeunes filles de la madrasa qu'ils dirigeaient faire des raids contre des échoppes de musique et de vidéo. Ces jeunes filles avaient également enlevé une femme qu'elles accusaient de tenir une maison close. Elles avaient aussi arrêté six Chinois : la Chine étant le meilleur ami du Pakistan, les mollahs avaient dépassé les bornes.
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Pierre : Les islamistes peuvent-ils prendre le pouvoir au Pakistan ?
Françoise Chipaux : Non. Les islamistes sont, malgré tout le bruit qu'il font, minoritaires au Pakistan. Et si les partis religieux ont aujourd'hui une présence importante à l'Assemblée nationale, c'est grâce à l'armée et à Musharraf. Ce dernier, pour écarter le PPP de l'ancienne premier ministre Benazir Bhutto, et la ligue musulmane de Nawaz Sharif, s'est appuyé sur les partis religieux.
Il ne faut pas oublier que Musharraf a eu besoin des partis religieux pour faire passer un amendement constitutionnel lui permettant de rester à la fois président et chef de l'armée.
niavlyss : Pensez-vous que la junte militaire soit prête à lâcher Musharraf pour sauver son régime ?
Françoise Chipaux : C'est une question très difficile. Pour l'instant, les hauts responsables de l'armée font bloc derrière Musharraf. Il faut dire que celui-ci les a largement récompensés et que tous ceux qui sont aujourd'hui à des positions de commandement ont été nommés par Musharraf, puisqu'il est chef de l'armée depuis 1998.
La question pourrait se poser par exemple s'il y avait un autre massacre, comme celui de Karachi en mai, où une trentaine de personnes ont été tuées dans des combats de rue entre les partis soutenant Musharraf et ceux appuyant le président de la Cour suprême, qui avait été écarté par Musharraf.
Pour l'instant, l'armée, compte tenu de la situation, n'a sans doute pas intérêt à lâcher Musharraf. D'autant plus que tant que les Américains soutiennent Musharraf, ses pairs le soutiendront. Il est quand même intéressant de noter qu'une livraison de deux nouveaux F16 à l'aviation pakistanaise a été annoncée le jour final de l'assaut contre la mosquée Rouge.
Vancliff : Savez-vous comment Pervez Musharraf est perçu par les soldats "de base" ? Bénéficie-t-il de leur soutien ?
Françoise Chipaux : Là encore, c'est difficile à dire. Les soldats de base dans l'armée pakistanaise doivent avoir une vision très lointaine de Musharraf. Le soldat de base pakistanais est sûrement plus influencé par l'islamisme ambiant que les officiers généraux.
Si vous regardez des défilés de l'armée pakistanaise, on peut juste constater le nombre grandissant de soldats qui portent la barbe. Le soldat de base n'aime sûrement pas intervenir contre ses frères musulmans. Et quand les commandos, qui sont les troupes d'élite, ont terminé l'assaut contre la mosquée Rouge, la moitié pleuraient en disant : "On a tué des musulmans."
Je crois que l'armée pakistanaise n'est pas prête à intervenir très durement contre les militants islamistes. L'accord que les Américains ont reproché à Musharraf dans le nord du Waziristan avait aussi pour but de désengager l'armée : celle-ci perdait non seulement beaucoup d'hommes, mais elle connaissait aussi des désertions et des problèmes de discipline, des soldats refusant de combattre.
Elodie : Le mandat du général Musharraf expire en octobre. S'il demeure encore au pouvoir à cette date, a-t-il des chances d'être de nouveau élu par l'Assemblée actuelle ?
Françoise Chipaux : C'est tout le débat. Normalement, il l'a encore répété la semaine dernière, il voulait être réélu en uniforme par les assemblées actuelles, parce qu'il a la majorité. Le problème maintenant, depuis la réinstallation du président de la Cour suprême, est qu'un grand nombre de pétitions se préparent pour contester le droit constitutionnel de Musharraf de se représenter.
A mon avis, la candidature de Musharraf va un peu dépendre de la manière dont la Cour suprême va répondre aux pétitions disant, que constitutionnellement, il n'a pas le droit de se représenter.
Sins : La Cour suprême du Pakistan a jugé "illégale" la suspension de son président. Qu'en est-il de l'indépendance de la justice face à Musharraf ?
Françoise Chipaux : Jusqu'à l'épisode du renvoi du président de la Cour suprême, la plupart des juges avaient historiquement avalisé les régimes militaires successifs. Aujourd'hui, ce qui s'est passé avec la réinstallation du président de la Cour suprême laisse à penser que les juges ont découvert, grâce au soutien des avocats et au soutien de la société civile pakistanaise, qu'ils pouvaient être indépendants.
Je pense que c'est un tournant pour l'indépendance de la justice au Pakistan. Parce que les avocats et la société civile, qui sont les vainqueurs de la réinstallation du président de la Cour suprême, vont être très attentifs à l'attitude des juges. Et ceux-ci aussi ont découvert qu'ils pouvaient agir librement.
Elodie : Comment le général Musharraf est-il perçu par la plus grande partie de la population ? Est-il aujourd'hui considéré comme le seul homme politique capable d'éviter l'éclatement de la société pakistanaise ?
Françoise Chipaux : Alors que les Pakistanais avaient plus ou moins accepté le général Musharraf en 1999, espérant qu'il allait pouvoir remettre de l'ordre dans un pays à la situation économique catastrophique, sa popularité est aujourd'hui quasiment nulle.
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Ceno : Nawaz Sharif, l'ancien premier ministre aujourd'hui en exil à Londres, va-t-il pouvoir rentrer au Pakistan ? Et peut-il représenter l'opposition ?
Françoise Chipaux : Le problème, c'est qu'aujourd'hui les partis d'opposition se regardent tous dans la crainte que le voisin ne profite des malheurs de Musharraf. Au lieu d'avoir une opposition déterminée contre le régime militaire, les politiques se regardent : Nawaz Sharif ne veut pas que Benazir Bhutto, qui, elle, négocie avec Musharraf, profite de la situation. Benazir Bhutto négocie dans l'espoir de voir disparaître les accusations de corruption retenues contre elle et de pouvoir rentrer pour prendre le dessus sur Nawaz Sharif.
Les partis religieux, qui ont été les alliés de Musharraf, ne veulent pas non plus, aujourd'hui, voir par exemple le parti de Benazir Bhutto, le plus important électoralement, tirer avantage de la situation. C'est une situation qui bénéficie à Musharraf, dans la mesure où les politiciens sont incapables de s'entendre sur un projet commun.
Pierre : Et la bombe atomique ? Les islamistes vont-ils mettre la main dessus ?
Françoise Chipaux : Non. Je pense que là encore, on se fait peur. Certes, le Pakistan a la bombe atomique, mais les islamistes ne sont pas aux portes du pouvoir, et la bombe est contrôlée par l'armée pakistanaise. Je pense que c'est une crainte dont certains se servent pour des raisons politiques, mais ce n'est pas encore, à ce stade, un danger imminent.
vincent_s : N'y a-t-il pas un risque d'infiltration de l'armée par les islamistes ?
Françoise Chipaux : Pour l'instant, les hauts cadres de l'armée pakistanaise ne sont pas très islamistes. Ce sont plutôt des libéraux. Je ne pense pas qu'aujourd'hui les hauts échelons de l'armée soient islamistes.
Pierre : Est-il raisonnable de penser qu'un jour il y aura la démocratie au Pakistan ? Si oui, à quelle échéance ?
Françoise Chipaux : Oui, mais il faudrait que l'armée cesse d'interrompre tous les trois ou quatre ans les expériences démocratiques. La démocratie, pour qu'elle soit vivante, il faut qu'elle se pratique. Or, pour l'instant, toutes les expériences démocratiques au Pakistan ont été interrompues par l'armée. Jamais un gouvernement élu n'a pu finir son mandat.
Dans combien de temps ? Difficile à dire. Le Pakistan reste un pays où la moitié de la population est illettrée, vit dans des régions très isolées. Mais ça viendra. Ça prendra du temps, mais ça viendra.
franki : Les touristes voyageant seuls sont-ils des cibles potentielles pour les islamistes ? Faut-il renoncer à se rendre dans ce pays actuellement ?
Françoise Chipaux : Difficile à dire. Personnellement, je ne me sens pas en danger immédiat ici. Simplement, tout dépend des régions où l'on veut aller. Il est évident qu'aujourd'hui, avec cette grande tension dans le pays, une guerre larvée à la frontière afghane, ce n'est pas forcément le moment d'aller se promener tout seul au milieu de nulle part au Pakistan.
Il faut savoir que les Pakistanais, en général, sont très accueillants, et que la plupart des touristes qui viennent ici en repartent satisfaits. J'ai toujours eu le sentiment que les gens étaient plus gentils parce que nous sommes étrangers. Les autorités comme les gens ordinaires. Si vous êtes étrangers, ils sont plus attentifs et viennent vous aider. Mais je dirais qu'aujourd'hui, il vaut mieux attendre un peu pour venir.
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20.07.2007
La productivité, ses mythes et ses menteries
La productivité, ses mythes et ses menteries
http://www.lesechos.fr/journal20070528/lec1_idees/4580521.htm
Trop de candidates et de candidats se gargarisent de la productivité : nous serions, en France, des champions toutes catégories, notre heure de travail produirait plus que celle de nos compétiteurs d'autres nations, il y aurait encore du grain à moudre, nous pourrions redistribuer plus, tout va bien madame la Marquise. Tentative soit incompétente soit mensongère pour anesthésier le bon peuple et lui éviter les douleurs de la vérité. Car la réalité dément par deux observations.
De quoi parlons-nous ? La productivité se mesure par des techniques préconisées par l'OCDE : sur une année, la richesse produite par le pays (le PIB, 1.750 milliards d'euros chez nous) se divise par le total des heures travaillées (38,8 milliards en France). Qu'observons-nous ? Dans le pays où le salaire des qualifications les plus faibles est le plus élevé, l'appel à la mécanisation est le plus tentant et sa justification économique la plus pressante ; y céder améliore la créativité, et fabrique davantage de chômeurs. La municipalité de Noaire-sur-Eygues employait six balayeurs pour la propreté et le ramassage des feuilles mortes. Préoccupée des taxes imposées à ses électeurs, elle a vite remplacé trois départs à la retraite par une balayeuse mécanique et une machine à aspirer les feuilles, toutes deux fabriquées en Chine. Même résultat, même richesse produite, heures de travail divisées par deux, productivité améliorée de 100 %. Trois RMIstes sont restés dans leur détresse... Avec un SMIC en rapport réel avec la valeur du travail fourni, et moins de charges pour payer les inactifs forcés, leurs trois embauches auraient été préférées à une mécanisation totalement optionnelle. Mais la productivité serait demeurée la même.
Louis Tartemolle a une entreprise de réhabilitation d'immeubles, tous corps d'état. Il emploie François, Rodrigo, Ahmed, Joao et Boris. Les salaires au SMIC avec leur généreuse évolution, et les charges, excessives à ses yeux, le conduisent à licencier les trois premiers, puis à les employer subrepticement au noir. Mêmes chantiers conduits, même richesse produite, l'entreprise ne déclare plus que les heures de trois personnes, la productivité mesurée est multipliée par deux. Trois inscrits aux Assedic en plus. Il suffit de bien faire attention aux contrôles de l'Urssaf, ce qui, paraît-il, n'est pas vraiment sorcier...
Ainsi, partout les grandes rivières nationales ne sont faites que de ces petits ruisseaux : le chiffre fétichisé de la productivité ne cesse de s'améliorer, et il ne fait que refléter en corollaire une dégradation incessante de l'emploi. Le SMIC à 1.500 euros net plaira aux électeurs, et en marginalisera encore un plus grand nombre.
Démonstration éloquente dans deux îles du même archipel, identiques en peuplement, pas si distantes en populations, équivalentes en ressources et possibilités, mais bien différentes en approche sociale du travail : La Réunion a un taux de chômage de 31 %, l'île Maurice de 11 % (chiffres de 2005). Mais la productivité dans notre DOM est bien meilleure que chez son voisin indépendant...
La productivité, c'est excellent pour la nation quand, découlant de la qualification en progrès et de l'inspiration plutôt que de la transpiration, elle améliore la vraie richesse produite par chaque vraie heure travaillée. Elle devient néfaste quand elle réduit le nombre total d'heures travaillées, les vraies comme les déclarées, quand l'offre d'emploi est globalement insuffisante, et quand les chômeurs qu'elle suscite ne retrouvent plus immédiatement de boulot. Mesdames, Messieurs, un peu de lucidité et d'honnêteté, s'il vous plaît...
JEAN-PAUL NERRIERE est dirigeant d'entreprises multinationales
22:19 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18.07.2007
Le nouveau despotisme selon Tocqueville
Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde: je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres: ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas ; il les touche et ne les sent point ; il n’existe qu’en lui-même et pour lui-seul, et, s’il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu’il n’a plus de patrie.
Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour but de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur ; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages ; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre?
Tocqueville, De la démocratie en Amérique, II, Folio, p.434.
09:29 Publié dans Théorie politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


