15.09.2007

Aux Armes!

http://www.monde-diplomatique.fr/2007/09/LEMOINE/15075

Aux armes !

Pluie d’armes américaines sur le Proche-Orient ! La valeur des livraisons devrait atteindre 46 milliards d’euros au cours des dix prochaines années, a précisé la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice, le 2 août. Bénéficiaires : l’Arabie saoudite, l’Egypte, le Koweït, Bahreïn, le Qatar, Oman et les Emirats arabes unis, alliés de M. George W. Bush dans la région. La fourniture de matériel sensible à l’Arabie saoudite inquiète-t-elle Israël ? Le 15 août, Washington augmente de près d’un quart l’aide militaire américaine à Tel-Aviv ; elle atteindra 30 milliards de dollars sur dix ans.

Le 7 décembre 2006, une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies, adoptée par cent cinquante-trois Etats, a autorisé la préparation d’un traité sur le contrôle des transferts d’armements dits « conventionnels », jusqu’ici privés de cadres normatifs. Vingt-quatre pays se sont abstenus lors de ce vote, parmi lesquels la Chine, la Russie, l’Inde, l’Iran, Israël et le Pakistan. Un seul a voté contre : les Etats-Unis. Le Conseil de l’Union européenne a publiquement soutenu cette résolution.

Au même moment ou presque, Paris signe avec Tripoli d’importants contrats : 168 millions d’euros pour l’achat par la Libye de missiles antichars Milan (qui équipent déjà les forces de quarante et un pays) à MBDA (1) ; 128 millions d’euros pour un système Tetra de communication radio à European Aeronautic Defence and Space (EADS). « Qu’est-ce qu’on va me reprocher ?, s’insurge le président Nicolas Sarkozy. De trouver des contrats ? De faire travailler les entreprises françaises (2) ? » Pas forcément, mais l’opacité dans laquelle se déroule ce commerce de mort sur lequel la représentation nationale n’a aucune prise. Et l’entretien d’une dangereuse dynamique guerrière... La France devrait vendre pour plus de 6 milliards d’euros d’armes à l’étranger en 2007 — contre 3,38 milliards en 2004 —, déclarait, le 18 septembre 2006, un porte-parole de la délégation générale pour l’armement (DGA).

Les membres de l’Union européenne sont en principe contraints de respecter un code de conduite qui leur interdit, en particulier, de nourrir des conflits existants. Mais, pour des raisons de gains de productivité, peu d’armes modernes sont désormais fabriquées en un lieu unique. Ainsi, des entreprises européennes – comme EADS – et américaines fournissent des pièces et de la technologie pour le développement du nouvel hélicoptère de combat chinois Z-10, sans savoir quelle sera la politique d’exportation de Pékin – qui a déjà fourni des appareils militaires au Soudan (3).

Le négoce pyromane des Etats-Unis au Proche-Orient provoque la réaction de la Syrie et de l’Iran, qui pourront toujours se tourner vers la Chine ou la Russie, entrées en force sur le marché. Le Niger s’inquiète des « cadeaux » de la France à la Libye – qui revendique depuis quelques mois 30 000 kilomètres carrés de territoire nigérien riches en pétrole et en uranium. Particulièrement gâté par la Maison Blanche, Israël ne se contente plus d’importer : il est devenu le premier fournisseur d’armes de la Colombie. Dont la puissance de feu, ajoutée à l’hostilité de Washington, préoccupe Caracas, qui se tourne vers Moscou pour moderniser son armement. D’autres vendeurs émergent : l’Inde, la Corée du Sud, l’Afrique du Sud... Jamais ce secteur d’activité n’a été aussi florissant. Les dépenses pour ce type de matériel devaient atteindre le montant sans précédent de 1 058,9 milliards de dollars à la fin 2006 (4).

La « morale » de cette histoire ? Il n’y en a évidemment pas. Ah, si ! Le Pentagone a perdu la trace de cent dix mille fusils d’assaut Kalachnikov et de quatre-vingt mille pistolets (sans parler de cent trente-cinq mille gilets pare-balles) remis au gouvernement irakien en 2004 et 2005 (5). Il n’est pas impossible que ces armes soient tombées aux mains des insurgés et servent à attaquer les militaires... américains.

Maurice Lemoine.

La petite fille de Staline

Une petite-fille de Staline, Galina Djougachvili, est décédée le 27 août à l'âge de 69 ans.

Fille de Iakov Djougachvili, fils aîné de Staline, et de la danseuse Ioulia Meltzer, Galina est née à Moscou. Elle a terminé la faculté de philologie de l'Université d'Etat Lomonossov puis a soutenu sa thèse. Parlant couramment français, elle a travaillé à l'Institut de la littérature mondiale. Elle a également écrit trois livres ainsi que des mémoires, intitulés "Petite-fille du chef: grand-père, père, Ma et d'autres".

Elle a vu son père pour la dernière fois lorsqu'elle avait trois ans, avant qu'il parte pour le front. Peu après l'annonce de sa capture par les Allemands en 1941 (à l'époque, la capture était considérée comme un crime et une trahison), Ioulia Djougachvili, la mère de Galina, a été arrêtée. Staline voulait ainsi donner à comprendre une fois de plus que les membres de sa famille étaient des citoyens de l'Union soviétique comme les autres. L'épouse de Iakov Djougachvili a passé 18 mois en prison, à Moscou puis à Engels, et en est sortie avec des cheveux blancs.
Galina Djougachvili a eu pour mari un mathématicien d'Alger, expert de l'ONU pour les situations d'urgence.

Voici ce qu'elle racontait elle-même: "Nous sommes mariés depuis 37 ans, dont 7 ans ont été passés à obtenir l'enregistrement de notre mariage. Mon mari est originaire d'Algérie... Je voulais, bien entendu, visiter son pays. Mais avec mon nom de famille, c'était impossible. Par l'intermédiaire de nos amis, nous avons réussi à remettre une lettre entre les mains de Iouri Andropov [chef du KGB]. C'est le KGB qui contrôlait tout à l'époque. Celui-ci a réagi rapidement, en disant: "Mes gaillards s'en occuperont". Les "gaillards" andropoviens ont ordonné au bureau de l'état civil d'enregistrer notre mariage, mais à une condition: Galina Djougachvili et son fils ne devaient jamais quitter l'URSS".

Galina n'a pu rejoindre son mari pour la première fois que pendant la pérestroïka, lorsque les Russes ont été autorisés à partir à l'étranger.
C'est elle qui a décidé de ne pas changer de nom. "Ce serait une traîtrise envers mon grand-père et mes parents. Staline est mon unique grand-père. L'autre, du côté maternel, est mort avant ma naissance. Staline est mon grand-père, son sang coule dans mes veines. Comment puis-je ne pas l'aimer?", disait-elle en soulignant qu'elle était fière de sa parenté.
Ces derniers temps, le nom du fils aîné de Staline était au centre de discussions entre historiens et experts russes, dont certains sont convaincus que la capture de Iakov par la Wehrmacht était un canular du renseignement allemand pour tenter de mettre Staline sous pression. C'est notamment l'avis de l'historien Sergueï Deviatov, qui a exposé cette hypothèse pour la première fois en avril dernier, lors d'une table ronde consacrée à la déclassification d'archives du Service fédéral de sécurité (FSB, ancien KGB).

Galina a consacré la presque totalité des cinq dernières années de sa vie à défendre cette hypothèse, contraire à la version officiellement admise selon laquelle le lieutenant-chef Iakov Djougachvili, commandant d'une batterie d'artillerie, a été capturé en juillet 1941 près de Vitebsk et est resté dans les camps nazis jusqu'en 1943.

La petite-fille de Staline affirmait que les dix photos publiées par les Allemands pour prouver la capture de Iakov avaient été fabriquées par photomontage, avec de nombreuses retouches et des images spéculaires. Toute cette histoire ne serait qu'une "provocation à grande échelle tramée par les Allemands qui cherchaient avant tout, bien évidemment, à porter un coup au grand-père [de Galina Djougachvili]". Selon la petite-fille du dictateur, son père a été tué dans un combat à la mi-juillet 1941.

Article rédigé par la rédaction Internet du site www.rian.ru sur la base des dépêches de l'agence RIA Novosti et à partir d'autres sources.

31.08.2007

Le dernier Moore sur la Sécurité Sociale

Dans son film Sicko, sur les écrans le 5 septembre, Michael Moore loue le système de santé hexagonal. Le «meilleur du monde», pour l'OMS.


C'est le sixième film de Michael Moore. Sans doute le plus poignant. Sicko (traduisez «siphonné, maboule »), qui sort en France le 5 septembre, fustige les dérives du système de santé américain. «Dans le pays le plus riche du monde, 47 millions de personnes n'ont pas de couverture sociale. Faute de soins ou d'assurance suffisante, 18 000 malades meurent chaque année», dénonce-t-il. Appuyée par des témoignages bouleversants, la charge est lourde. «J'ai vu Sicko à Santa Monica en juin. La salle a applaudi à la fin, raconte Gérard Viens, titulaire de la chaire d'économie de la santé à l'Essec. C'est un documentaire passionnant, même si, comme à chaque fois, Moore force le trait.»



Fidèle à son style, le réalisateur étaie son propos avec des documents-chocs, et aussi de l'humour, de l'exagération, parfois de la caricature. Il encense ainsi les systèmes canadien, britannique et... cubain. Mais consacre aussi une vingtaine de minutes à louer la France, sa Sécu, sa protection sociale. De passage à Paris, Michael Moore reçoit Challenges dans un palace rue de la Paix. Il ne tarit pas d'éloges sur «les soins gratuits pour tous, le luxe des visites de généralistes à domicile, inconnues aux Etats-Unis, le confort des arrêts de maladie, de maternité, et même de paternité. Les Américains n'en reviennent pas». Notre système serait-il le meilleur du monde, comme l'Organisation mondiale de la santé (OMS) l'affirmait déjà en 2000, plaçant la France en haut du podium, devant les Etats-Unis relégués au 37e rang ?

A force de geindre sur nos urgences saturées et nos hôpitaux sous-dotés, on en oublierait presque à quel point nous faisons des envieux. Lisez le très sérieux professeur d'économie de Princeton, Paul Krugman. Début juillet encore, dans le New York Times, il écrivait tout le bien qu'il pense de Sicko en général et de la France en particulier. Quand Michael Moore y interviewe des expatriés américains enchantés sous le soleil hexagonal, «ce n'est pas une vision romancée des choses, ce système est vraiment bon», assure l'expert.

Couverture maximale
Première raison, notre Sécu ne laisse, en principe, personne sur le bord du trottoir. Depuis le sacre de l'OMS, elle a encore resserré les mailles du filet en créant la CMU. Les Etats- Unis sont le seul pays de l'OCDE, avec la Turquie et le Mexique, à ne pas avoir de couverture maladie universelle. Et pourtant, ils dépensent 15% de leur PIB pour leur santé, dont 55% payés par le privé. La France, elle, débourse 11%, dont 80% sur fonds publics. En outre, quand nous consacrons 5% de ce budget aux frais administratifs, les Américains, eux, dépensent 15% pour la gestion, le marketing, les frais de justice... Une situation liée à la concurrence que se livrent les assureurs américains.

«A l'inverse des Etats-Unis, en France, plus votre pathologie coûte, mieux vous êtes pris en charge», observe le professeur Gérard Viens. Pour les opérations très lourdes ou les maladies de longue durée concernant 8 millions de patients en France, ceux-ci n'avancent pas un centime. On est loin de Sicko, où une femme atteinte d'un cancer a dû vendre sa maison. «Ce n'est pas parce que vous êtes assuré que toutes les affections seront prises en charge, loin de là !» avertit le juriste de la santé Marc Rodwin, professeur à la fac de Suffolk, à Boston.

Rapidité des soins
«Nous, nous ne patientons pas des mois pour une intervention ou une consultation, à moins de tenir à un spécialiste précis», renchérit Patrick Négaret, directeur de la Caisse primaire d'assurance-maladie (Cpam) du Mans. Au printemps, il donnait une conférence au Canada, devant des médecins médusés que les Français aient un accès aussi aisé aux soins. Chez eux, comme en Angleterre, malgré les efforts répétés, la question des listes d'attente fait régulièrement les gros titres de la presse.
Privilège supplémentaire des Français : ils ont le loisir de faire des allers-retours entre généraliste et spécialiste, hôpital et clinique, sans qu'il leur en coûte grand-chose. Même agaçantes, les petites tracasseries de la Sécu n'ont rien à voir avec les flicages drastiques des assurances privées yankees.

La France a aussi l'avantage d'avoir tissé un bon réseau de blouses blanches : 3,4 médecins pour 1 000 habitants (contre 2,4 aux Etats-Unis et 2,2 au Canada). «Nous avons un hôpital tous les 1 7 kilomètres, alors qu'au fin fond du Missouri vous pouvez faire des heures de voiture en vain», ajoute le président des doyens de faculté de médecine, Bernard Charpentier. Au passage, il rappelle que la France compte 39 CHU qui non seulement pratiquent la médecine de pointe, mais forment, sur un pied d'égalité, l'ensemble des futurs médecins. «Aux Etats-Unis, chaque université a son propre diplôme, plus ou moins coté», précise-t-il.
Pour la qualité des soins, les comparaisons sont plus délicates. Il y a bien sûr nos cocoricos : première greffe du visage, des mains, premier bébé-éprouvette... Il y a aussi les performances. Nous battons les Etats-Unis pour la lutte contre la mortalité infantile (3,6 pour mille, contre 6,8 pour mille) et le taux d'obésité (9%, contre 32%). Quant à l'espérance de vie, avec plus de 80 ans, elle nous situe parmi les meilleurs du monde. Vous doutez encore ? Foncez voir le dernier Moore.