24.06.2007

Videosurveillance 2

f534caf4c4612e510bb20476a089e806.jpgLE MONDE | 03.11.06 | 14h56 • Mis à jour le 03.11.06 | 14h57
LONDRES CORRESPONDANT







Les écrivains anglais George Orwell et Aldous Huxley, pourfendeurs des dangers que la technologie fait courir aux libertés, ont-ils été prophètes en leur pays ? On pourrait le croire, à lire le rapport publié, jeudi 2 novembre, par la commission britannique pour l'information. Selon cet organisme, mis en place par le gouvernement, mais indépendant, la Grande-Bretagne est en train de devenir une "société sous surveillance".


Les auteurs sont des universitaires regroupés au sein du Réseau des études sur la surveillance. Leurs conclusions, présentées à l'occasion d'une conférence sur la protection des données et de la vie privée, mettent en évidence la multiplicité des formes que revêt ce contrôle des Britanniques, nourri d'une incessante collecte d'informations sur leurs déplacements et leurs comportements : caméras de surveillance, analyse des habitudes d'achat et de consommation, enregistrement des mouvements des personnes, des appels effectués et reçus sur leurs téléphones portables, ou de leur usage d'Internet.


FILMÉ JUSQU'À TROIS CENTS FOIS PAR JOUR


Un chiffre résume cette évolution, et confirme que les Britanniques restent le peuple le plus épié au monde : le royaume abrite 4, 2 millions de caméras de surveillance, soit une pour 14 personnes. Les CCTV (Close Circuit Televisions) sont partout : dans la rue, sur les autoroutes, dans les trains, les bus, les couloirs du métro, les centres commerciaux ou les stades. Un Londonien peut être filmé jusqu'à trois cents fois par jour.

Le rapport s'inquiète aussi des ingérences permanentes de la technologie dans la vie privée, à travers la "dataveillance". "Chaque fois que nous utilisons un téléphone portable, observe le président de la commission, Richard Thomas, ou une carte de crédit, achetons en ligne, surfons sur Internet, conduisons nos voitures, nous laissons une empreinte électronique." Ainsi, un Britannique sur deux possède une carte de fidélité et fournit donc involontairement des informations à plus de deux cents compagnies spécialisées dans le marketing électronique.

Les auteurs du rapport reconnaissent que la surveillance peut se révéler utile dans la lutte contre le terrorisme et le crime organisé, mais ils déplorent qu'elle soit devenue excessive, et le plus souvent automatisée, donc trop discrète, voire invisible, ce qui peut favoriser "un climat de suspicion et miner la confiance".

La commission a demandé à des experts d'imaginer ce que sera cette surveillance dans dix ans, en présentant plusieurs scénarios d'autant plus alarmants qu'ils semblent vraisemblables.

En 2016, prévoient-ils, des appareils photo minuscules, à reconnaissance faciale, seront incorporés dans les réverbères à hauteur d'homme, et permettront, à l'aide d'un logiciel spécialisé, d'établir l'image de leur cible en trois dimensions. Des drones voleront dans le ciel londonien pour surveiller d'éventuels manifestants. Ces appareils télécommandés auront été testés lors des JO de 2012.

Ce rapport tente de faire prendre conscience aux Britanniques de l'étendue des contrôles auxquels ils sont soumis et d'ouvrir un débat sur le difficile équilibre entre sécurité et liberté, sur "ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas dans une démocratie". Le gouvernement a réagi en soulignant qu'il était soucieux de rechercher cet équilibre. L'Association des officiers de police remarque, pour sa part, que de stricts garde-fous légaux protègent l'homme de la rue contre les éventuels abus de la surveillance policière.

Jean-Pierre Langellier

La vidéosurveillance

ad20c9103dbd378334205cbf6444cc0e.pngune étincelle et on est prêt pour la dictature.

Big Brother menace-t-il la Grande-Bretagne ?
http://www.lexpansion.com/art/4344.150338.0.html
"La société de la surveillance est devenue réalité sans que nous n'y prenions garde" : tel est le constat effectué par un rapport britannique publié jeudi, qui dresse un portrait quasi orwellien du pays.

« La société de la surveillance est devenue réalité sans que nous n’y prenions garde » : tel est le constat effectué par un rapport britannique, rédigé par les universitaires du Surveillance Studies network et remis jeudi à Richard Thomas, directeur de la Commission pour l’information, l’équivalent de la CNIL à Londres. Ce document décrit un pays quasi orwellien, où des « caméras vidéos nous observent en permanence, dans les immeubles et les rues commerçantes, sur la route et dans les quartiers résidentiels ». De fait, la Grande Bretagne est le pays qui compte le plus de caméras vidéos : 4,2 millions exactement, soit une pour quatorze habitants. Mais ces dernières ne seraient que la partie émergée de l’iceberg, selon les auteurs du rapport qui observent que les comportements de la population sont de plus en plus observés, analysés, enregistrés. Ils citent notamment la collecte des données à des fins commerciales, via les cartes de crédit, cartes de fidélité et téléphones mobiles. Ils soulignent aussi que les services de renseignement « ont accès à la façon dont nous nous servons du téléphone, du courrier électronique et d’Internet et peuvent effectuer une recherche à partir de mots et de phrases clés ». Et rappellent que « nous sommes constamment invités à nous identifier, que ce soit pour recevoir des allocations sociales, des soins de santé, etc. ».

L'un des problèmes principaux, selon les auteurs, réside notamment dans le « détournement de l’utilisation », c’est à dire quand « les données personnelles collectées et utilisées dans un but unique sont réutilisées ailleurs ». Et de citer le cas des cartes de transport Oyster à Londres : les données commerciales des transports en commun sont selon eux « de plus en plus utilisées par les services de police dans le cadre de leurs enquêtes ». Le rapport précise que la majeure partie des techniques de surveillance sont automatisées et hors de la vue des personnes qui les subissent. Il prévoit que cette observation étroite de la population, qui fait déjà de la Grande-Bretagne le pays le plus surveillé de la planète, va aller croissante dans les dix années à venir, et dénonce l'avènement d'un « climat de suspicion » au sein de la société. Cette dernière finit par développer selon eux un véritable « tri » entre ses membres, qui depuis les attentats du 11 septembre a par exemple « entraîné un profilage grossier de certains groupes, surtout des musulmans, qui a débouché sur des désagréments, des difficultés et parfois des tortures ». Conséquence, la société « met l'accent sur l'exclusion des éléments indésirables » et la discrimination s'accentue.



"La société de la surveillance est devenue réalité sans que nous n'y prenions garde" : tel est le constat effectué par un rapport britannique publié jeudi, qui dresse un portrait quasi orwellien du pays.

« La société de la surveillance est devenue réalité sans que nous n’y prenions garde » : tel est le constat effectué par un rapport britannique, rédigé par les universitaires du Surveillance Studies network et remis jeudi à Richard Thomas, directeur de la Commission pour l’information, l’équivalent de la CNIL à Londres. Ce document décrit un pays quasi orwellien, où des « caméras vidéos nous observent en permanence, dans les immeubles et les rues commerçantes, sur la route et dans les quartiers résidentiels ». De fait, la Grande Bretagne est le pays qui compte le plus de caméras vidéos : 4,2 millions exactement, soit une pour quatorze habitants. Mais ces dernières ne seraient que la partie émergée de l’iceberg, selon les auteurs du rapport qui observent que les comportements de la population sont de plus en plus observés, analysés, enregistrés. Ils citent notamment la collecte des données à des fins commerciales, via les cartes de crédit, cartes de fidélité et téléphones mobiles. Ils soulignent aussi que les services de renseignement « ont accès à la façon dont nous nous servons du téléphone, du courrier électronique et d’Internet et peuvent effectuer une recherche à partir de mots et de phrases clés ». Et rappellent que « nous sommes constamment invités à nous identifier, que ce soit pour recevoir des allocations sociales, des soins de santé, etc. ».

L'un des problèmes principaux, selon les auteurs, réside notamment dans le « détournement de l’utilisation », c’est à dire quand « les données personnelles collectées et utilisées dans un but unique sont réutilisées ailleurs ». Et de citer le cas des cartes de transport Oyster à Londres : les données commerciales des transports en commun sont selon eux « de plus en plus utilisées par les services de police dans le cadre de leurs enquêtes ». Le rapport précise que la majeure partie des techniques de surveillance sont automatisées et hors de la vue des personnes qui les subissent. Il prévoit que cette observation étroite de la population, qui fait déjà de la Grande-Bretagne le pays le plus surveillé de la planète, va aller croissante dans les dix années à venir, et dénonce l'avènement d'un « climat de suspicion » au sein de la société. Cette dernière finit par développer selon eux un véritable « tri » entre ses membres, qui depuis les attentats du 11 septembre a par exemple « entraîné un profilage grossier de certains groupes, surtout des musulmans, qui a débouché sur des désagréments, des difficultés et parfois des tortures ». Conséquence, la société « met l'accent sur l'exclusion des éléments indésirables » et la discrimination s'accentue.

La France vue d'en haut

1f2864835a8492ba60dd5977549ba831.jpgLouis Maurin, cet article est extrait du magazine Alternatives Economiques, Hors-série n° 69, 3e trimestre 2006.




Vue d’en haut, la France n’a pas grand chose à voir avec ce qu’elle vit en réalité. Ce décalage attise le ressentiment social. Une analyse de Louis Maurin. Article extrait du mensuel Alternatives Economiques.

3 000 euros n’est pas un salaire mensuel net de « classes moyennes ». Seul un dixième des salariés à temps complet touche davantage. Disposer d’un diplôme supérieur à bac + 2 n’est pas donné à tout le monde : un dixième seulement de la population française (tous âges confondus) est dans ce cas. Le chômage ne frappe pas 2,3 millions de personnes, mais 4 millions, si l’on compte notamment ceux qui cherchent un contrat à durée déterminée et un temps partiel...

Le décalage est profond entre la façon dont vivent les habitants de la France et la manière dont ils sont « vus d’en haut », par les médias, les partis politiques et une bonne partie des cadres de notre société. Face à la montée du mécontentement des catégories populaires, les grands discours fleurissent sur l’égalité des chances, la lutte contre les discriminations et le racisme ou la diversité. Mais les actes ne suivent pas. L’exclusion et le nombre de travailleurs pauvres n’empêchent pas de réduire les impôts pour les couches aisées.

Décalage

Le mouvement social provoqué par la mise en place du contrat première embauche (CPE) a illustré jusqu’à la caricature cette situation. Il a mis en évidence le fossé qui existe entre la jeunesse et les dirigeants du pays. Symbole merveilleux de la société de la langue de bois, la mesure a été votée sans débat et intégrée dans la loi sur l’égalité des chances. La goutte a fait déborder le vase, mais avant que les étudiants - et leurs parents - ne se manifestent, le contrat nouvelles embauches (CNE), qui s’applique aux petites entreprises mais concerne tout le monde, avait été adopté sans grandes protestations.

Constater le décalage entre les politiques publiques et les besoins sociaux ne suffit pas. Il faut en déterminer les raisons. L’existence d’un écart entre les partis politiques et leurs électeurs n’a rien de nouveau. Selon un sondage Sofres réalisé fin mars, 69 % des Français estiment que les partis politiques se préoccupent « très peu ou pratiquement pas » de ce que pense la population. Ce décalage résulte d’une faible implantation au sein de la population. Les grands partis fonctionnent comme des clubs intellectuels implantés dans les grandes villes, recrutant surtout dans les milieux aisés ou diplômés. Mais l’implantation politique ne tombe pas du ciel. L’individualisme de nos sociétés n’est pas le seul responsable du déclin du militantisme. Sinon, le monde associatif ne serait pas aussi dynamique, de même que les nouveaux mouvements sociaux. Les programmes des partis (1) correspondent mal, sur le fond, aux attentes de la population. La démocratie se trouve enfermée dans un cercle vicieux : le déficit d’implantation nourrit le décalage des discours, lequel l’alimente en retour...

Il serait toutefois simpliste de placer les politiques seuls sur le banc des accusés. Les militants de tous bords ont le mérite de partager une vision collective de l’avenir du pays. Ils ne sont pas les seuls à se méprendre. La France vue d’en haut a bien d’autres racines.

Intellectuelles, d’abord. Depuis quelques années, de nombreux travaux sont venus rafraîchir notre connaissance de la société, comme ceux de Louis Chauvel sur les générations ou d’Eric Maurin sur les catégories sociales, en passant par ceux de Margaret Maruani sur les inégalités hommes-femmes ou de Robert Castel sur la question sociale, par exemple. Mais jusqu’au milieu des années 90, la science humaine dominante (2) imaginait une vaste société moyenne, où l’individu rationnel s’affranchissait de ses attaches sociales. Dans une société individualisée, sans haut ni bas, il n’était pas besoin de poser la question sociale.

Cette analyse a nourri le discours des élites sur la responsabilisation des individus. De l’école à l’emploi, cancres et chômeurs seraient les seuls responsables de leur sort, il faudrait les inciter à réussir. Sous entendu : la collectivité a fait ce qu’elle devait, c’est désormais à chacun de se prendre en charge. Façon habile de théoriser l’impuissance des responsables politiques et économiques à trouver les recettes d’une croissance durable de l’emploi.

Le prisme des médias

Si le décalage a pris autant d’ampleur, c’est aussi que la France vue d’en haut est celle dans laquelle vivent la plupart des médias. Passée à travers le prisme du microcosme parisien, la société française n’est qu’un pâle reflet d’elle-même. Les médias fonctionnent comme une caisse de résonance qui amplifie les discours ambiants et les dernières idées à la mode qui se diffusent de clubs intellectuels en colloques.

Illustration presque pure et parfaite de cette vision surplombante : « Parmi les responsables français, qu’il s’agisse des politiques, des cadres de l’économie, des universitaires, des éditorialistes, l’idée que la défense des acquis n’est pas une solution est assez largement admise. Modifier le code du travail n’est certes pas la seule réforme nécessaire, mais elle fait partie des plus nécessaires », écrit encore Le Monde en mars 2006 (3). Voir l’une des professions les plus protégées en cas de licenciement et les mieux rémunérées jouer les professeurs en flexibilité sur un ton paternaliste à des jeunes déboussolés ne peut qu’alimenter de la part de ces derniers une haine tenace.

L’argent joue un rôle dans ce phénomène : les grandes entreprises disposent de moyens colossaux de diffusion de l’information et elles savent influencer. Mais l’utilisation des médias n’est pas l’apanage des puissants. Des groupes beaucoup moins dominants du point de vue financier disposent de relais importants, parce qu’ils manient de la bonne façon le langage de la communication, se mettent en scène et mobilisent d’autres ressources (réseaux sociaux, scientifiques, Internet, etc.).

La parole qui occupe le terrain par le biais des médias est celle de gens qui savent parler. Une France polarisée occupe le paysage, où ceux que l’on entend ne représentent pas toujours la majorité. Les intérêts des entreprises du CAC 40, des pères divorcés ou des agrégés de lettres sont beaucoup plus écoutés que ceux de l’artisan maçon, des mères de familles monoparentales ou de l’enseignant en lycée professionnel...

Ce décalage a des causes sociologiques encore plus profondes. Faire société perd son sens quand le niveau de vie d’une minorité de grands patrons ou de stars équivaut à plusieurs siècles de Smic par an, alors que des millions de personnes n’arrivent même pas à atteindre le minimum salarial. Mais les inégalités n’opposent pas seulement, d’un côté, une élite financière et, de l’autre, le reste de la société. Des couches favorisées du point de vue économique mais aussi culturel (le niveau de diplôme) s’isolent du reste de la société, des catégories au sein desquelles on retrouve des cadres du privé comme du public.

Cette situation débouche sur des tensions sociales de plus en plus vives. Et pourtant, derrière les discours polarisés qui s’entendent le plus, il persiste une communauté de valeurs très forte autour de la devise de la République « Liberté, Egalité, Fraternité » (4). Si le pays n’est pas « moyennisé », la plus grande part des habitants n’attendent pas un bouleversement radical de la société. L’ordre et l’autorité ont le vent en poupe, notamment auprès de populations fragilisées : quoi de plus normal après trente ans de montée de la précarité ? Mais la sécurité ne se résume pas à parler et à frapper fort. Elle s’applique aussi dans l’emploi, dans les parcours scolaires, face à la santé... La revendication de règles du jeu mieux fixées n’empêche pas de vouloir des changements concrets et davantage de respect et d’égalité.

C’est peut-être, comme souvent, de cette jeunesse que viendront ces changements. Elle pourrait s’emparer des discours individualistes et les retourner à son profit, comme le disent bien certains de ses représentants, plus écoutés que les clubs de pensée parisiens : « On peut, si on ose. Vouloir autre chose », chante Nolwenn Leroy (5), « Viser la lune, ça me fait pas peur », lui répond Amel Bent (6) qui n’a qu’une philosophie, « être acceptée comme [elle est], toujours le poing levé »... Une douce musique, produit du marketing du disque, mais qui pourrait finir par donner des idées. Pour le meilleur, comme pour le pire.






(1) Il est vrai réduits à une caricature par des journalistes politiques qui ne s’y intéressent pas, préférant les petites phrases et les querelles de personnes. (2) La misère du monde, de Pierre Bourdieu, publié en 1993, amorce un retournement. (3) « Le réformateur qui fait fuir les réformistes », Le Monde, 24 mars 2006. (4) Voir « La France est-elle de droite ? », Alternatives Economiques n° 214, mai 2003. (5) Vu d’en haut, 2003. (6) Ma philosophie, 2005.