24.06.2007
Paradis fiscaux
Des piliers du capitalismehttp://www.alternatives-economiques.fr/site/252_003_paradis_fiscaux.html
Les paradis fiscaux ne facilitent pas seulement les magouilles financières, ils sont au centre des stratégies des firmes et des flux bancaires internationaux.
2005 a été une année exceptionnelle pour le groupe U2, avec des gains estimés à 217 millions d'euros. Tout allait donc bien pour Bono et sa bande, jusqu'à ce que leur patrie d'origine, l'Irlande, qui proposait aux artistes de ne pas payer d'impôts, décide récemment de plafonner la défiscalisation autorisée. Ni une ni deux: Bono, jusqu'ici connu pour son combat en faveur de l'annulation de la dette des pays les plus pauvres, a transféré la gestion des gains du groupe à une société hollandaise, Promogroup. Elle compte déjà comme clients les Rolling Stones qui, grâce à ses bons conseils sur la meilleure façon d'utiliser les lois fiscales des Antilles néerlandaises, affichent un taux d'imposition sur les vingt dernières années de... 1,6% de leurs revenus.
Evasion et fraude fiscales des riches et des entreprises, blanchiment d'argent mafieux, corruption, etc., pas une pratique financière internationale douteuse sans qu'un paradis fiscal - ces "bas-fonds de la finance internationale", comme l'écrivait déjà en 1968 l'éditorialiste du Figaro Alain Verney - ne soit impliqué. Et pourtant, les activités opaques des centres financiers off-shore, comme on dit diplomatiquement dans les instances internationales, sont par définition les moins connues. Les estimations du blanchiment d'argent ou de la fraude fiscale internationale sont soit fantaisistes, soit, lorsqu'elles prennent la peine d'expliquer en détail leur méthode, trahissent la multiplication des approximations auxquelles elles ont recours et la fragilité de leurs résultats.
Or, le rôle des paradis fiscaux va bien au-delà des échos de magouilles financières qui nous en parviennent: ils représentent des piliers essentiels de la mondialisation économique. On peut le montrer grâce à des informations, certes partielles mais publiques, qui permettent de débattre loin des fantasmes pour mieux comprendre à quoi servent et à qui profitent les paradis fiscaux.
Les multinationales s'emmêlent les prix
L'an dernier, les îles Vierges britanniques ont plus investi en Chine que le Japon ou les Etats-Unis. L'île Maurice était, et de loin, le premier investisseur en Inde. Ces petits territoires ne se sont pourtant pas réveillés un beau matin à la tête de multinationales puissantes prêtes à conquérir le monde! En fait, les entreprises des pays industrialisés et des pays émergents se servent des paradis fiscaux pour y établir des filiales qui vont aller investir ailleurs: peu taxées par définition, ce sont elles qui enregistreront les profits, tandis que leurs propres filiales dans les pays de destination finale, plus taxées, en feront peu.
La pratique utilisée pour faire passer les profits d'une filiale à l'autre est celle des "prix de transfert". Ce sont les prix auxquels les différentes entreprises d'un même groupe se vendent des biens et des services. Ces prix sont censés obéir à une réglementation stricte, établie par chaque pays ou au niveau multilatéral, à l'OCDE notamment, et ne pas être différents de ceux entre deux entreprises appartenant à des groupes distincts. Ils sont pourtant largement manipulés par les entreprises.
L'économiste américain Simon J. Pack s'est fait une spécialité de traquer les incohérences dans les prix des importations et des exportations américaines. Ses dernières trouvailles, présentées l'été dernier, révèlent un véritable florilège de manipulation: du sable importé d'Espagne à près de 2 000 dollars la tonne (le prix mondial moyen est d'un peu plus de 10 dollars), des ampoules de flash venues de France à plus de 300 dollars (prix mondial environ 70 cents), tandis que notre beau pays importait des Etats-Unis des mitrailleuses à 364 dollars pièce (valant plus de 2 000 dollars) ou des pneus à moins de 8 dollars (valant près de 200 dollars)...
Selon un sondage réalisé par le cabinet d'audit Ernst & Young à la fin 2005, auprès d'un large échantillon de 476 multinationales réparties dans 22 pays, les stratégies de prix de transfert sont au coeur de leurs politiques fiscales pour 77% d'entre elles; 68% (contre 43% en 2000) déclaraient intégrer la stratégie fiscale de prix de transfert dès la phase initiale de conception de leurs produits. Désormais, les départements fiscaux des grandes entreprises sont considérés, à l'instar des départements de gestion de la trésorerie, comme des centres de profit devant créer de la valeur pour l'entreprise. Les politiques fiscales privées sont maintenant entre les mains de professionnels de l'impôt (1), salariés ou consultants extérieurs issus des grands cabinets d'audit, dont les rémunérations sont majoritairement indexées sur les résultats obtenus.
Mais les paradis fiscaux ne servent pas seulement à payer moins d'impôts sur les profits. Les multinationales les utilisent aussi pour cacher leurs dettes, afin de faire apparaître aux investisseurs potentiels un bilan plus sain qu'il n'est vraiment, quand ce n'est pas pour truquer purement et simplement les comptes, comme l'a bien décrit Nicolas Cori dans le cas des affaires Vivendi Universal, Enron, Parmalat et Worldcom (2). La fausse comptabilité d'Enron utilisait à cet effet 800 sociétés écrans dissimulées dans de multiples paradis fiscaux.
Avec la montée de l'économie de la connaissance, les grosses entreprises du secteur y cachent également les rentes que leur procurent leurs brevets. Ainsi, Bill Gates, le patron de Microsoft, a-t-il vu son image de philanthrope quelque peu écornée à la fin 2005 par une enquête du Wall Street Journal révélant que, en dehors des Etats-Unis, la quasi-totalité des revenus des brevets de l'entreprise étaient gérés par sa filiale Round Island One Limited, laquelle, située en Irlande, faisait perdre environ 500 millions de dollars par an de recettes fiscales aux Etats-Unis. On a appris l'été dernier que Microsoft avait réagi: elle a changé le statut juridique de Round Island One afin de ne plus être obligée de fournir des documents publics sur les comptes de la société...
Financiers aux mains sales
Les grandes banques internationales sont de grosses utilisatrices des paradis fiscaux. Elles y proposent leurs services à leurs clients aisés et aux entreprises afin de récupérer une partie des commissions liées à la fabrique d'opacité. Ainsi, tous les scandales financiers d'entreprise de ces dernières années ont-ils impliqué les plus grandes banques internationales: Citigroup avec Enron et Parmalat, Chase Manhattan avec Enron... Le dernier établissement pris la main dans le sac est la Deutsche Bank pour avoir participé à un réseau complexe de fraude fiscale aux Etats-Unis: en mars dernier, elle a décidé de réduire ses profits annoncés pour 2005 de 7%, afin de mettre de côté de quoi négocier un règlement à l'amiable avec la justice américaine.
Les paradis fiscaux sont également le lieu privilégié du développement des compagnies d'assurance dites "captives": ce sont des filiales créées par les multinationales pour assurer tout ou partie de leurs activités. Les grandes entreprises ont réalisé qu'elles pesaient financièrement bien plus que leurs compagnies d'assurance habituelles et qu'elles étaient mieux au fait de leurs propres risques. Deux raisons pour s'auto-assurer avec des niveaux faibles de prime d'assurance et à partir de territoires contournant les contraintes réglementaires coûteuses qui pèsent sur les compagnies d'assurance. Les trois dernières décennies ont connu une croissance exceptionnelle du nombre de compagnies d'assurance captives, dont le nombre est estimé à environ 5 000 dans le monde; elles touchent à peu près 20 milliards de dollars de primes et gèrent au total plus de 50 milliards d'actifs. Les Bermudes sont le premier centre mondial en la matière, devant les îles Caïmans, l'Etat américain du Vermont, les îles Vierges britanniques, Guernesey, la Barbade, le Luxembourg, Dublin, Turks et Caicos et l'île de Man.
Les îles Caïmans ont pris leur revanche en dépassant les Bermudes comme première place mondiale d'enregistrement des fonds d'investissements spéculatifs (hedge funds). Selon l'Association des services financiers locale, 80% des fonds d'investissements mondiaux y sont enregistrés et la place attire de 45% à 65% des nouveaux fonds, gérant un montant supérieur à 1 000 milliards de dollars. Lors d'une conférence réservée aux professionnels du secteur qui s'est tenue en septembre 2005, les intervenants ont souligné la nature de l'avantage comparatif dont disposent les Caïmans: une souveraineté à vendre, notamment aux avocats qui ont une grande influence sur la législation locale et peuvent obtenir ce qu'ils souhaitent en moins d'une semaine! Un exemple du rôle essentiel joué par les professionnels du droit dans le fonctionnement des paradis fiscaux.
Les pros du (non) droit et des (faux) chiffres
Selon la jolie formule des spécialistes Thierry Godefroy et Pierre Lascoumes, les experts légaux, comptables et fiscaux internationaux sont les "ouvreurs de porte" des paradis fiscaux (3). Leur rôle consiste à s'appuyer sur le vague et les incertitudes morales et juridiques des règles fiscales et financières, afin de déterminer des stratégies efficaces de contournement réglementaire. Deux raisons au moins expliquent la montée de leur importance: la croissance et la diversification des centres off-shore ont permis de toucher un public plus nombreux et plus diversifié; le développement des produits financiers sophistiqués, dont les manipulations sont complexes, réclame l'expérience de spécialistes.
Qui sont-ils? Les banques d'investissement et des spécialistes fiscaux indépendants, mais surtout les fameux "Big Four", les quatre grands du conseil international: KPMG, Ernst & Young, PricewaterhouseCoopers et Deloitte Touche Tohmatsu. Exerçant à la fois des activités de conseillers et de vérificateurs des comptes des entreprises, ils contrôlent le marché des 500 plus grosses entreprises multinationales dans ces deux domaines. Contrôlés par des trusts situés aux Bermudes et en Suisse, chacun opère dans environ 140 pays.
Les paradis fiscaux représentent l'outil de base de ces grands cabinets. Comme le déclarait en septembre 2005 Loughlin Hickey, chef du département impôts de KPMG et nommé en décembre 2005 l'homme le plus influent du monde en matière de politique fiscale par le magazine professionnel Tax Business: "Je suis fier que KPMG soit présent dans ces territoires (...). Franchement, si des entreprises comme les nôtres, guidées par des principes, ne sont pas dans ces territoires, c'est que l'on ne souhaite pas les aider." Cette ode au développement des petits pays ne semblait pas partagée par le fisc américain auquel KPMG a dû payer, en août 2005, 456 millions de dollars d'amende après qu'une enquête du Sénat ait mis en évidence son rôle dans un système de fraude fiscale à grande échelle (4).
Ces pratiques sont régulièrement condamnées, mais sans grand effet dissuasif. Comme l'a déclaré à la presse un comptable de l'un des grands cabinets britanniques: "Peu importe la législation qui prévaut, les comptables et les conseillers juridiques trouveront toujours un moyen de la contourner. Les règles sont les règles, mais toute règle est faite pour être remise en cause."
Les paradis fiscaux profitent-ils de la manne financière qui traverse leur territoire? Certaines petites économies insulaires peuvent paraître riches, mais les inégalités y sont profondes. Le secteur off-shore attire des professionnels expatriés qui ne restent que quelques années, concentrés dans des zones privilégiées qui continuent à côtoyer une économie interne assez pauvre. Les locaux ne disposent pas d'un niveau de qualification suffisant pour occuper les emplois rémunérateurs, mais doivent subir des coûts immobiliers croissants tirés par les achats des expatriés. Et l'avenir n'est pas forcément rose pour tous. La concurrence entre paradis fiscaux s'accroît, et leur extrême dépendance envers ce type d'activité les rend très fragiles. La stratégie de paradis fiscal n'est aujourd'hui payante que pour les plus grosses places financières qui les mettent en oeuvre.
Christian Chavagneux
(1) Selon un rapport du centre de recherche Sustain Ability, le conseil d'administration n'intervient plus en ce domaine que dans 38% des firmes.
(2) De la grandeur au gouffre. Comprendre les scandales financiers, éd. Lignes de repères, 2005.
(3) Le capitalisme clandestin, éd. La Découverte, 2004.
(4) Etats-Unis : la fraude fiscale devient une industrie, Alternatives Economiques n° 222, février 2004, disponible dans nos archives en ligne.
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L'instabilité de l'emploi comme source d'inégalité
LE MONDE | 18.11.06 | 13h59 • Mis à jour le 18.11.06 | 13h59'L"instabilité" et l'"insécurité" de l'emploi constituent l'une des causes principales de l'accroissement des inégalités de revenu salarial des Français : tel est l'un des principaux enseignements du dernier rapport du Conseil de l'emploi, des revenus et de la cohésion sociale (CERC), que son président, Jacques Delors, a remis, vendredi 17 novembre, à Dominique de Villepin. Selon ce document, intitulé La France en transition, 1993-2005, "l'élargissement des inégalités de revenu salarial tient (...) au cumul d'un taux de rémunération faible, d'un emploi à temps partiel et/ou à durée incomplète dans l'année".
A un mois de la conférence sur l'emploi et les revenus organisée sous l'égide du premier ministre - qui doit se tenir le 14 décembre avec les syndicats et le patronat -, ce rapport très complet de 342 pages sur les différents aspects qui ont un impact sur les revenus et l'emploi - "la démographie", "la croissance", "les prélèvements sociaux" et "les transformations de l'Etat-social" - devrait conforter l'argumentation des syndicats, qui insistent sur la "précarisation de l'emploi" tout autant que sur la faiblesse du pouvoir d'achat des salariés.
L'évolution, au cours des douze dernières années, est saisissante. Selon le CERC, pour le montant des salaires nets perçus dans l'année, le rapport entre le plafond du salaire des 10 % les moins payés et le plancher des 10 % les mieux payés "est de 1 à 13 et même de 1 à 18 pour les femmes". Et, précise le rapport, "la moyenne des salaires dans les 10 % les moins payés est environ 54 fois plus faible que la moyenne des 10 % les mieux payés".
L'explication de telles disparités du revenu tient donc à la durée d'emploi dans l'année. Et "le taux de rémunération (salaire horaire) a une importance moindre bien que non négligeable", précise prudemment le rapport. Les 10 % de salariés aux revenus les plus bas ont ainsi une durée de travail 3,3 fois inférieure aux salariés les mieux payés. "Ils n'ont été en emploi, en moyenne, que 13 semaines dans l'année", contre 51 semaines pour les 10 % les mieux rémunérés.
En ajoutant l'impact de l'instabilité de l'emploi sur nombre d'éléments de la protection sociale complémentaire, sur l'accès au logement locatif ou aux prêts bancaires, ajoute le CERC, "il apparaît bien que l'un des points cruciaux de la lutte contre les inégalités, ou plus exactement l'accès à des niveaux de vie plus décents, renvoie au thème de la sécurisation des parcours professionnels".
Pas question néanmoins pour le CERC d'avancer des propositions précises - "nous ne sommes pas l'arbitre des élégances ou le Vatican social", a justifié M. Delors lors de la présentation du rapport à la presse -, d'autant que ce thème de la sécurisation des parcours professionnels fait l'objet d'un travail du Conseil d'orientation pour l'emploi et d'une discussion qui doit s'engager entre les syndicats et le patronat.
S'agissant du pouvoir d'achat, le rapport souligne que "le revenu disponible des ménages a progressé en euros constants d'environ 30 % entre 1993 et 2005, soit un taux annuel moyen de 2,2 % (et de 1,7 % par an et par habitant)". Une moyenne qui cache des mouvements plus heurtés, puisqu'il a crû de 1,4 % entre 1993 et 1997, de 3,4 % entre 1997 et 2002 et de 1,4 % entre 2002 et 2005. "Evolutions largement en phase avec le cycle économique", note le CERC.
Le rapport évoque aussi les différences entre la mesure et la perception de l'évolution du pouvoir d'achat, tout en relevant, après d'autres, la qualité du travail fourni par l'Insee en matière d'évaluation de la hausse des prix. En matière de pouvoir d'achat et d'évolution des prix, la réponse au débat actuel "est plus dans la lutte contre les inégalités sociales et les disparités de revenus que dans une sophistication des indices". M. Delors, lui, a fait remarquer que la multiplication des indices catégoriels n'aiderait pas à clarifier le débat salarial.
Rémi Barroux et Claire Guélaud
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Radiographie de l'électorat du FN
LE MONDE | 04.11.06 | 13h37 • Mis à jour le 04.11.06 | 13h46
Plus que jamais, les ouvriers, les employés, les retraités, autrement dit ceux qui ont le plus de difficulté à joindre les deux bouts, constituent aujourd'hui l'essentiel du vivier du Front national (FN). C'est ce que montre une étude de l'Ifop sur les sympathisants frontistes réalisée à partir de 28 enquêtes menées en 2006, soit un échantillon cumulé de 27 338 personnes dont 1 312 se déclarent "proches" du parti d'extrême droite. De quoi faire réfléchir la gauche et notamment le Parti communiste, qui, depuis 1995, ne cesse de voir filer cet électorat qui lui était en grande proportion acquis.
La catégorie la mieux représentée chez les sympathisants du FN est celle des ouvriers (qui représente 25 % de l'électorat FN contre 14 % des Français). Viennent ensuite les employés (22 % contre 18 %) et les retraités, même si la proportion de ces derniers est un peu moindre que dans la population totale (23 % contre 25 %).
Par ailleurs, la légère surreprésentation des agriculteurs par rapport à la moyenne nationale (1,5 % contre 1 %) confirme la percée du FN notée à la présidentielle de 2002 dans cette population.
Les professions libérales, les cadres supérieurs comme les professions intermédiaires résistent mieux aux sirènes frontistes (2,5 % et 8 % contre 7 et 14 %).
Le portrait esquissé par l'étude montre que le sympathisant du FN est plus souvent un homme (52 %) âgé de 35 à 49 ans (32 % alors que ce créneau d'âge ne réunit que 28 % de Français) ou de 50 à 64 ans (23 contre 21 %).
Les plus de 65 ans comme les 18-24 ans sont moins représentés que dans l'ensemble de la population (17 % et 9 % contre 21 % et 11 %). Il habite plus fréquemment une agglomération de province (60 %) ou une commune rurale où de plus en plus d'anciens urbains viennent s'établir (30 % contre 25 % pour la moyenne nationale) et se fait plus rare dans la région parisienne (10 % contre 16 %).
Plus souvent que les autres Français, ce sympathisant FN déclare avoir "peu ou pas du tout" d'"intérêt pour la politique" (67 % contre 56 %). En revanche, il participe plus souvent aux élections (52 % contre 50 %). S'il participe moins fréquemment que le reste de la population aux manifestations (47 contre 50 %), le noyau de ceux qui manifestent régulièrement est plus important que celui de l'ensemble des Français (28 % contre 25 %).
Cette tendance protestataire peut trouver sa source dans le fait que 68 % des personnes se déclarant "proches" du Front national déclarent "vivre difficilement" avec les revenus du foyer alors qu'ils sont 54 % à le dire dans l'ensemble de la population. De même, 81 % contre 76 % pensent que les jeunes ont moins de chances de réussir que leurs parents.
L'HOMOSEXUALITÉ ACCEPTÉE
L'immigration est le premier thème mobilisateur chez ces sympathisants du FN. Un sujet qu'ils lient, comme Jean-Marie Le Pen, à celui de l'insécurité. 86 % d'entre eux estiment, selon l'Ifop, qu'il y a trop d'immigrés en France soit 33 points de plus que la moyenne nationale. 54 % contre 40 % pour l'ensemble des Français pensent qu'"on ne se sent en sécurité nulle part".
Spécialité frontiste, ils sont 78 % à réclamer le rétablissement de la peine de mort : "Aucun autre électorat souhaite majoritairement ce rétablissement", souligne Jérôme Fourquet, le directeur adjoint du département opinion publique de l'Ifop.
Quand 63 % des Français estiment que "tous les étrangers résidant en France devraient avoir le droit de vote aux élections municipales", seuls 36 % des sympathisants frontistes partagent leur avis.
Sur le plan économique et social, 72 % de ces derniers disent qu'il "faut que l'Etat donne plus de libertés aux entreprises" et autant que "les chômeurs pourraient trouver du travail s'ils le voulaient vraiment". Mais les sympathisants de l'UMP répondent à 82 % "oui" à la première question et à 71 % "oui" à la seconde.
Plus surprenant : l'adhésion de 71 % de proches du FN à l'idée que "l'homosexualité est une manière acceptable de vivre sa sexualité", un chiffre de 6 point inférieur à la moyenne nationale. Il est vrai que la question porte sur la pratique sexuelle, ce qui est du "domaine privé", même pour M. Le Pen, et n'aborde pas le mariage ou l'adoption par des couples homosexuels qui touchent la sphère publique et rencontrent beaucoup d'hostilité chez les frontistes.
Abordant le potentiel électoral de Jean-Marie Le Pen, l'étude montre que les plus grandes possibilités de progression du président du Front national se trouvent parmi les femmes, les plus de 50 ans, les ouvriers ou retraités et dans les communes rurales.
Christiane Chombeau
"M. Novelli (UMP) : l'absence de Le Pen en 2007 serait "un séisme"
Dominique de Villepin a déclaré au Nouvel Observateur (2 novembre) que Jean-Marie Le Pen "n'aura pas" les 500 parrainages nécessaires pour se présenter à l'élection présidentielle de 2007. Un cas de figure qui, selon Hervé Novelli, le chef de file des parlementaires libéraux de l'UMP, provoquerait "un véritable séisme". "Si Jean-Marie Le Pen réunit 20 % comme les sondages le créditent, il faut qu'il puisse s'exprimer au premier tour de l'élection présidentielle", a-t-il déclaré sur La Chaîne parlementaire vendredi 3 novembre. Si le président du FN "ne pouvait pas se présenter, cela montrerait que notre démocratie est bien malade", a-t-il ajouté. En 2002, Jean-Marie Le Pen avait failli ne pas pouvoir se présenter par manque de signatures. Il y était parvenu grâce à une mobilisation de l'appareil du parti les derniers jours.
19:14 Publié dans Autre en France | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


