29.08.2007

Pendant ce temps, l'école fonctionne dans certains pays...

 04b00f55d37632e6244dda04592cd259.gif(carte de réussite au bac selon les départements )

Comment la Finlande a réduit l'échec scolaire


François Chrétien

Cours de ponctuation finnoise pour les 28 élèves de Jarna Kaartinen, en dernière année de primaire. Près de l'institutrice, une pile de bibles et des tambours africains. : François Chrétien
On y travaille moins. Mais tout est fait pour ramener les élèves vers la moyenne. Reportage dans ces écoles de Finlande qui font rêver les dirigeants français.
Dans une école d'Espoo (de notre envoyé spécial en Finlande). - Malgré les bois, les immeubles et les rues alentour, l'école n'est entourée ni de murs, ni de grilles. Pas besoin. La Finlande est une société de liberté et d'autodiscipline, dès le plus jeune âge... À la récré, les élèves courent entre les arbres, autour du terrain de foot cendré. Leurs bottes sont pleines de boue. À la sonnerie, ils rentrent dans l'école en chaussettes.

Le bâtiment, sur deux étages, est propre et net. Ordinateurs, ampoules, rétroprojecteurs, tout fonctionne. Nous sommes à la Jousenkaaren Koulu, un établissement public ordinaire d'un quartier de classe moyenne d'Espoo, la deuxième ville du pays.

Même prof, mêmes élèves pendant quatre ans

Deux petites élèves révisent sur une table, seules au milieu du couloir central, près du téléphone. Toute la journée, elles tiennent le standard. D'autres écoliers, de corvée du jour, dressent les tables de la cantine, gratuite. « C'est comme ça qu'on maintient notre budget à 80 centimes par repas », sourit le directeur de l'école, Olli Tuomivuo, un grand blond, barbu et placide. La pause de midi (11 heures, plutôt...) est très courte. La journée aussi. Elle démarre à 8 ou 9 heures Les petits de 1re (CP) terminent à 12 h 30. Les grands de 6e (qui ont l'âge des 6e français) finissent à 15 heures « Ici, pas de journées à rallonge. Pas d'interminable récré du déjeuner où les enfants n'ont rien d'autre à faire que se battre », glisse Dominique, professeur de français et de dessin.

En langues, musique, arts plastiques, les 13 instituteurs des 13 classes bénéficient ainsi de l'appui d'enseignants dédiés à certaines disciplines, comme Dominique. Les professeurs se partagent également trois assistantes à plein-temps et deux « instituteurs spécialisés », qui prennent les élèves en difficulté, par petits groupes. « ça se fait à la demande des enseignants, ou des parents, qui ont tous nos numéros de portables », précise Olli, le directeur, qui règne sur ce planning complexe. Les instituteurs eux-mêmes arrondissent leurs fins de mois en donnant des cours particuliers à leurs élèves en difficulté. C'est la mairie qui paie. Tout l'effort budgétaire est placé dans ce « sur-mesure », conçu pour que personne ne redouble. Ici, 5/10, c'est la pire des notes, pour ne pas décourager les plus faibles. « L'idéal démocratique » du système national, évoqué par de nombreux profs, n'est pas de sélectionner les meilleurs, mais d'en amener un maximum au niveau moyen, à 16 ans, fin de l'école unique et obligatoire.

La réduction du nombre global d'élèves par classe, en revanche, n'est pas la priorité. La classe de Jarna Kaartinen en compte 28. Mais elle les connaît presqu'aussi bien que leurs propres parents. Normal, ils sont en 6e et elle est leur institutrice depuis quatre ans, depuis leur entrée en 3e (CE2). « Comme ça, on sait mettre le doigt sur chaque problème individuel ». Même si c'est parfois « un peu lourd affectivement », reconnaît la maîtresse...

Son cours de ponctuation finnoise commence. Très classique. Dans cette classe, comme dans celles du collège ou du lycée visités, la différence avec la France tient plutôt dans l'atmosphère. Les enfants appellent l'institutrice « Jarna ». Ils se lèvent sans demander, chuchotent sans se cacher. L'ambiance est décontractée, mais sans débordement. Près de l'institutrice sont posés une pile de bibles et des tambours africains, doubles symboles d'une société empreinte de rigueur protestante et de « cool attitude » scandinave. À la sonnerie finale, à 15 heures, les deux petites filles du standard passent en coup de vent pour noter la liste des devoirs, inscrits au tableau.

27.07.2007

Ecole

La baisse du niveau est la recette assurée pour le succès d’un hebdomadaire. En fait, si les élèves d’aujourd’hui ne se souviennent pas de la date de Marignan et font beaucoup de fautes d’orthographe (deux fois plus qu’il y a 20 ans), leurs connaissances ont fait d’énormes progrès en matière de géographie économique, de sciences sociales, ou encore en mathématiques.

Une demande sociale qui a changé Les difficultés d’une partie de la population scolaire, marquée par la montée des violences et la sortie sans diplômes de plus de 100 000 élèves par an, provoque aujourd’hui débat car auparavant ce problème ne se posait pas : Beaucoup d’enfants, aux origines modestes, n’accédaient pas à l’enseignement secondaire, ce qui a changé avec la réforme Berthouin de 1959 qui fixe la scolarité obligatoire à 16 ans. Ensuite, les connaissances et les compétences demandées par la société actuelle ne sont pas les mêmes qu’il y a quelques dizaines d’années. De la maîtrise de l’orthographe, de la répétition et de la mémorisation on est passé à l’argumentation et à l’analyse critique d’un document, de la connaissance par cœur des dates et des préfectures, on est passé à la compréhension du monde actuel et à l’apprentissage du vivre-ensemble.

Massification ne veut pas dire démocratisation ! 15 000 en 1930, 150 000 en 1973, les bacheliers sont 520 000 en 2007, avec plus de 60% d’une classe d’âge, on peut parler d’une certaine démocratisation de l’accès au bac et même à l’enseignement supérieur. Mais aujourd’hui tous les bacs ne sont pas égaux, ne permettent pas le même choix, le même accès aux filières sélectives, et enfin la part des fils de cadres (40%) dans les filières scientifiques des lycées et celle des fils d’ouvriers (26%) dans les filières professionnelles montre que les inégalités sont toujours très fortes et la reproduction sociale, inacceptable, en France. En effet, les fils d’ouvriers représentaient 32% des effectifs de sixième, et les fils de cadres, 12%.

Sortons de l’école élitiste, allons vers une école citoyenne ! Notre école, massifiée et partiellement démocratisée, est toujours une école d’élite qui met de côté progressivement les élèves qui ne correspondent pas aux critères d’une filière générale dite classique qui mène à des études longues. Elle repose sur une évaluation qui stigmatise forcément les plus faibles sans se soucier de noter la progression, sans aucun but d’apprentissage (évaluation sommative et non pas formative). L’école citoyenne que nous devons construire forme les enseignants pour s’adresser à tous les élèves dans leur hétérogénéité et se donne pour objectif d’assurer une sortie qualifiante choisie librement à tous les élèves. Cette école citoyenne n’exclut pas et ne sélectionne pas, elle favorise l’émancipation des élèves au-delà de leurs origines sociales par l’apprentissage de compétences telles que l’analyse critique, et de savoirs et de techniques aptes à assurer leur insertion sociale.