13.10.2007
La gauche à la noce
Un peu de show-biz en politique...
La gauche à la noce
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-962034@45-1,0.html
Gare aux trompettes de la renommée. Par un bouche-à-oreille très parisien, le mariage de Fabienne Servan-Schreiber, productrice de cinéma et de télévision, et d'Henri Weber, héros trotskiste devenu député socialiste européen, s'est transformé en quelques jours en un petit happening politique, échappant malgré eux à ses organisateurs. Restes d'une belle lucidité soixante-huitarde, génération qui aime tant se raconter ? Nombre des 800 invités de la fête ont éprouvé l'envie de rapporter, les jours suivants, leur soirée du samedi 15 septembre, sentant confusément que, sous les rampes du Cirque d'hiver, s'était dessiné un tableau allégorique. Ou devinant que, dans ces retrouvailles de la gauche arrivée, s'était écrite, volens nolens, une petite fable.
Quand ils ont trouvé le carton d'invitation dans leur boîte aux lettres, grâce au carnet d'adresses impeccablement tenu de "Fabienne", certains se sont d'abord demandé : "Comment ? Ces deux-là ne sont pas encore mariés ?" Beaucoup ont souri sans méchanceté : "Ce vieux soixante-huitard d'Henri souscrit même au rite bourgeois et passe la bague au doigt devant monsieur le maire !" Le dernier samedi de l'été, jour de ciel bleu, de Vélib' et de Technoparade, ce couple star de Mai 68, en présence de ses trois grands enfants, s'est donc dit "oui" devant Bertrand Delanoë, avant d'être accueilli par les clowns du Cirque d'hiver. Une adresse fameuse, entre République et Bastille, là où, au XXe siècle, quand elle gagnait encore les élections présidentielles, la gauche fêtait ses victoires, fidèle au Paris ouvrier et rebelle.
Avec la Mutualité, le Cirque d'hiver demeure l'un des lieux de mémoire parisiens. C'est ici, sur la piste aux étoiles des Bouglione, qu'est né le MRAP, organisation antiraciste, en mai 1949. Là que se sont tenus quelques célèbres meetings de campagne de François Mitterrand, Lionel Jospin, puis Ségolène Royal. Là que s'est souvent réunie en messes unitaires la gauche partisane et syndicaliste. "On se fait une Mutu ?" "On se tente un Cirque ?", demandaient les responsables. La "Mutu" est moins chère - entre 12 000 et 15 000 euros la salle -, mais le "Cirque" est plus vaste. Or, a expliqué sur la piste Denis Olivennes, le patron de la FNAC, dans un compliment bien troussé : "Quand on se marie à 25 ans, on invite 50 amis ; à 35, 200. Quand on se marie beaucoup plus tard, on en reçoit 800. Et avec les connaisssances, il leur aurait fallu le Stade de France !"
Durant la campagne présidentielle, Fabienne Servan-Schreiber, indéfectible soutien de la gauche, avait réuni artistes et intellectuels prêts à soutenir Ségolène Royal dans un gymnase parisien. A 63 an, le marié, lui, est un lieutenant fidèle de Laurent Fabius, comme son ami Claude Bartolone, y compris lorsqu'il lui a fallu dire non à la Constitution européenne. Foin des querelles entre ex-trotskistes, des oukases contre ceux qui lorgnent trop, depuis quelques mois, vers la droite : du groupe trotskiste lambertiste OCI aux hauts fonctionnaires centristes des Gracques, ce soir-là, Henri Weber réunissait gaiement tout le monde.
Lionel Jospin et son épouse, Sylviane Agacinski, dînaient à quelques tables de la présidente de la région Poitou-Charentes, venue avec ses enfants. "Il paraît qu'il a écrit un livre terrible et ignoble contre moi", confiait-elle à ses voisins (c'était deux jours avant que Libération ne publie les extraits chocs de L'Impasse - éd. Flammarion). Entre deux avions, Dominique Strauss-Kahn, alors futur patron du FMI, honorait les mariés de sa présence. "On le regardait déjà différemment, il est devenu international", s'amusait un convive.
Enfin, last but not least, la gauche sarko-compatible, des chargés de mission aux ministres, avait fait le déplacement en masse : l'ex-patron d'Emmaüs, Martin Hirsch, haut-commissaire aux solidarités actives, le secrétaire d'Etat aux affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, le ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner - une des vedettes de la fête. "Il est resté tard, pour montrer qu'il n'avait pas de problème avec sa famille politique, commente un invité. Quand on pense en revanche à tout ce qu'Henri lui a donné, Fabius aurait pu s'attarder." Arrivé pour le cocktail, l'ancien premier ministre est reparti avant le dîner...
Est-ce la présence des banquiers - Bruno Roger, le patron de Lazard, Philippe Lagayette, de chez JP Morgan, ou Lindsay Owen-Jones, le patron de L'Oréal ? Celle des ténors du barreau, ou des patrons de télévision - Patrice Duhamel, Jérôme Clément, Patrick de Carolis ? "C'était comme si la gauche n'avait pas perdu les élections", sourit un membre de la noce. "Si on n'est pas invité ce soir, c'est qu'on n'existe pas socialement", souffle le psychanalyste Gérard Miller à ses camarades de table. Patrick Bruel, Carla Bruni ou Julien Clerc... Mélange des étiquettes et des genres provoquent toujours quelques scènes dignes du cinéma, comme l'arrivée spectaculaire de Georges Kiejman accompagné de Fanny Ardant, ou le compagnonnage du journaliste Jean-François Kahn, patron de Marianne, avec Alain Minc, ami du président de la République.
S'ils sont tous là, c'est parce que la petite histoire des héros de la soirée a rencontré celle de la gauche. Leurs vies militantes se sont emmêlées avec la grande politique, puis, une fois la gauche au pouvoir, avec la réussite. Avant de devenir sénateur à Paris puis député à Bruxelles, le fabiusien Henri Weber fut un enfant de Mai 68. Cofondateur de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) avec Alain Krivine, il a dirigé Rouge, le journal de l'organisation trotskiste, qu'il a créé avec les droits d'auteur de son Mai 1968 : une répétition générale - réédité tous les dix ans en "poche". Pour le mariage, Fabienne portait d'ailleurs une robe bustier écarlate, dessinée par Sonia Rykiel. Et c'est une ancienne claviste de Rouge, Sophie Bouchet-Petersen, devenue "plume" et amie de Ségolène Royal, qui prononça le deuxième discours de la soirée. "Les bonnes formations passent les années !", applaudit en expert l'un des trotskistes de la fête au Cirque d'hiver.
C'est justement là, en juin 1973, que s'est nouée l'idylle. Avec la petite caméra qui ne la quitte jamais, une jolie étudiante filme, devant le bâtiment, la foule qui proteste contre la dissolution de la Ligue communiste, après les affrontements violents qui ont opposé ses militants à ceux du groupe d'extrême droite Ordre nouveau. A l'intérieur, Jacques Duclos, secrétaire général du PCF, s'indigne - grande première - des ennuis causés aux "gauchistes" par le ministre de l'intérieur, Raymond Marcellin. Perché sur un feu rouge, un jeune homme vocifère dans son mégaphone et tempête contre l'emprisonnement du camarade Krivine. Belle gueule, bel esprit. Dans le viseur de sa super-8, Fabienne Servan-Schreiber tombe amoureuse du fils d'immigré d'Europe de l'Est grandi à Belleville...
L'avantage, quand on devient célèbre et qu'on se marie tard, c'est qu'on échappe aux discours potaches et aux mauvaises vidéos amateurs. De sa maison de production, Cinétévé, Fabienne Servan- Schreiber, scénariste et réalisatrice du film de ses noces, a tout prévu. Côté archives, le fonds "maison" est large. On peut aussi puiser dans celui des invités : Romain Goupil et son Mourir à trente ans, les épisodes de Génération des historiens de Mai 68 Patrick Rotman et Hervé Hamon...
La mariée a confié les commentaires du film-souvenir, Trente-quatre ans de fiançailles, à l'un des plus solides amis du couple, celui des bons et des mauvais jours : Régis Debray. Devant Edgar Morin et un parterre d'intellectuels sexagénaires, le philosophe peut enfin commenter à sa sauce les fameux "événements" d'il y a presque quarante ans et... leur apothéose. Les Weber cabotant le long des côtes dans leur caïque turc à voiles plutôt qu'en croisière sur le Paloma, n'est-ce pas la dernière différence entre la droite et la gauche ? "Tendres sarcasmes", signe Régis Debray au générique.
Ont-ils trop vieilli, l'ont-ils trop aimée, la révolution ? Sur la piste, une fois le sirtaki de Bernard Kouchner et de Christine Ockrent fini, il n'y eut vite plus que les enfants des invités pour danser sur les "compil" du DJ déniché par "Fabienne" au festival du documentaire de Biarritz. Lionel Jospin est resté assis sur le bord de la piste. Le dernier carré des révolutionnaires est parti se coucher, après avoir exhumé, tristes et désolés, les jolis coups et les bons mots de l'ami Jean-François Bizot, grand absent de la fête, mort juste une semaine plus tôt.
Des convives présents, on n'a guère entendu que le chercheur Patrick Weil protester, les jours suivants, contre la politique d'immigration du nouveau gouvernement. Invité aux noces, Alain Krivine avait décliné l'invitation.
"Que le très fabiusien Henri Weber se marie, c'est son droit le plus strict, commentait Rouge d'une brève, le 21 septembre. Qu'il organise un dîner politico-mondain où se sont retrouvés, outre le panel des dirigeants socialistes, la députée UMP Françoise de Panafieu et Bernard Kouchner, le va-t-en-guerre, montre que nous ne vivons pas dans le même monde et que nous n'avons pas la même conception de la politique." Cette fois-ci, c'est Krivine qui jouait les trouble-fête. Pour parfaire la légende, il faut toujours quelques absents au banquet de la jeunesse disparue.
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24.06.2007
Radiographie de l'électorat du FN
LE MONDE | 04.11.06 | 13h37 • Mis à jour le 04.11.06 | 13h46
Plus que jamais, les ouvriers, les employés, les retraités, autrement dit ceux qui ont le plus de difficulté à joindre les deux bouts, constituent aujourd'hui l'essentiel du vivier du Front national (FN). C'est ce que montre une étude de l'Ifop sur les sympathisants frontistes réalisée à partir de 28 enquêtes menées en 2006, soit un échantillon cumulé de 27 338 personnes dont 1 312 se déclarent "proches" du parti d'extrême droite. De quoi faire réfléchir la gauche et notamment le Parti communiste, qui, depuis 1995, ne cesse de voir filer cet électorat qui lui était en grande proportion acquis.
La catégorie la mieux représentée chez les sympathisants du FN est celle des ouvriers (qui représente 25 % de l'électorat FN contre 14 % des Français). Viennent ensuite les employés (22 % contre 18 %) et les retraités, même si la proportion de ces derniers est un peu moindre que dans la population totale (23 % contre 25 %).
Par ailleurs, la légère surreprésentation des agriculteurs par rapport à la moyenne nationale (1,5 % contre 1 %) confirme la percée du FN notée à la présidentielle de 2002 dans cette population.
Les professions libérales, les cadres supérieurs comme les professions intermédiaires résistent mieux aux sirènes frontistes (2,5 % et 8 % contre 7 et 14 %).
Le portrait esquissé par l'étude montre que le sympathisant du FN est plus souvent un homme (52 %) âgé de 35 à 49 ans (32 % alors que ce créneau d'âge ne réunit que 28 % de Français) ou de 50 à 64 ans (23 contre 21 %).
Les plus de 65 ans comme les 18-24 ans sont moins représentés que dans l'ensemble de la population (17 % et 9 % contre 21 % et 11 %). Il habite plus fréquemment une agglomération de province (60 %) ou une commune rurale où de plus en plus d'anciens urbains viennent s'établir (30 % contre 25 % pour la moyenne nationale) et se fait plus rare dans la région parisienne (10 % contre 16 %).
Plus souvent que les autres Français, ce sympathisant FN déclare avoir "peu ou pas du tout" d'"intérêt pour la politique" (67 % contre 56 %). En revanche, il participe plus souvent aux élections (52 % contre 50 %). S'il participe moins fréquemment que le reste de la population aux manifestations (47 contre 50 %), le noyau de ceux qui manifestent régulièrement est plus important que celui de l'ensemble des Français (28 % contre 25 %).
Cette tendance protestataire peut trouver sa source dans le fait que 68 % des personnes se déclarant "proches" du Front national déclarent "vivre difficilement" avec les revenus du foyer alors qu'ils sont 54 % à le dire dans l'ensemble de la population. De même, 81 % contre 76 % pensent que les jeunes ont moins de chances de réussir que leurs parents.
L'HOMOSEXUALITÉ ACCEPTÉE
L'immigration est le premier thème mobilisateur chez ces sympathisants du FN. Un sujet qu'ils lient, comme Jean-Marie Le Pen, à celui de l'insécurité. 86 % d'entre eux estiment, selon l'Ifop, qu'il y a trop d'immigrés en France soit 33 points de plus que la moyenne nationale. 54 % contre 40 % pour l'ensemble des Français pensent qu'"on ne se sent en sécurité nulle part".
Spécialité frontiste, ils sont 78 % à réclamer le rétablissement de la peine de mort : "Aucun autre électorat souhaite majoritairement ce rétablissement", souligne Jérôme Fourquet, le directeur adjoint du département opinion publique de l'Ifop.
Quand 63 % des Français estiment que "tous les étrangers résidant en France devraient avoir le droit de vote aux élections municipales", seuls 36 % des sympathisants frontistes partagent leur avis.
Sur le plan économique et social, 72 % de ces derniers disent qu'il "faut que l'Etat donne plus de libertés aux entreprises" et autant que "les chômeurs pourraient trouver du travail s'ils le voulaient vraiment". Mais les sympathisants de l'UMP répondent à 82 % "oui" à la première question et à 71 % "oui" à la seconde.
Plus surprenant : l'adhésion de 71 % de proches du FN à l'idée que "l'homosexualité est une manière acceptable de vivre sa sexualité", un chiffre de 6 point inférieur à la moyenne nationale. Il est vrai que la question porte sur la pratique sexuelle, ce qui est du "domaine privé", même pour M. Le Pen, et n'aborde pas le mariage ou l'adoption par des couples homosexuels qui touchent la sphère publique et rencontrent beaucoup d'hostilité chez les frontistes.
Abordant le potentiel électoral de Jean-Marie Le Pen, l'étude montre que les plus grandes possibilités de progression du président du Front national se trouvent parmi les femmes, les plus de 50 ans, les ouvriers ou retraités et dans les communes rurales.
Christiane Chombeau
"M. Novelli (UMP) : l'absence de Le Pen en 2007 serait "un séisme"
Dominique de Villepin a déclaré au Nouvel Observateur (2 novembre) que Jean-Marie Le Pen "n'aura pas" les 500 parrainages nécessaires pour se présenter à l'élection présidentielle de 2007. Un cas de figure qui, selon Hervé Novelli, le chef de file des parlementaires libéraux de l'UMP, provoquerait "un véritable séisme". "Si Jean-Marie Le Pen réunit 20 % comme les sondages le créditent, il faut qu'il puisse s'exprimer au premier tour de l'élection présidentielle", a-t-il déclaré sur La Chaîne parlementaire vendredi 3 novembre. Si le président du FN "ne pouvait pas se présenter, cela montrerait que notre démocratie est bien malade", a-t-il ajouté. En 2002, Jean-Marie Le Pen avait failli ne pas pouvoir se présenter par manque de signatures. Il y était parvenu grâce à une mobilisation de l'appareil du parti les derniers jours.
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Montebourg parle de Sarkozy
George W. SarkozyPar Arnaud Montebourg, député de Saône et Loire et président de « Rénover, maintenant »
La rubrique Tribunes de Marianne2007.info ouvre avec ce texte exclusif d'Arnaud Montebourg, pour qui « en annonçant son soutien à la politique de George Bush, le candidat Sarkozy se rallie à la vision d'un monde où les grandes puissances agiraient de manière unilatérale et violente.»
Nicolas Sarkozy a traversé l'Océan Atlantique pour serrer la main de George W. Bush, se présentant comme « Sarko, l'Américain ». Que le Ministre de l'Intérieur aime l'Amérique et les Américains ne doit pas surprendre ; de la part d'un Français c'est même naturel. Que M. Sarkozy veuille se transformer en Américain peut sembler excessif, mais, à la rigueur, pourquoi pas, l'outrance fait partie du personnage. Mais qu'il confonde sciemment l'Amérique et son président est une faute politique majeure. D'une fusion personnelle revendiquée avec l'Amérique, il est passé à une symbiose avec son contestable Président. Ce n'est plus seulement « Sarko l'Américain », mais « George W. Sarkozy ».
Aimer l'Amérique oui, mais laquelle ? Nous admirons celle de Martin Luther King, celle de Franklin Delano Roosevelt et de son dirigisme keynésien, celle du 1er amendement qui garantit la liberté d'expression, celle de Michael Moore dénonçant les compromissions du pouvoir, celle de Bob Wodward et de Carl Bernstein dans l'affaire du Watergate, celle de Ralph Nader et de son mouvement de citoyens environnementalistes quand Nicolas Sarkozy vénère celle de Wall Street, celle de l'ultralibéralisme qui multiplie les travailleurs-pauvres, celle de Guantanamo et celle de Carl Rowe et ses coups tordus, celle de Schwarzenegger et son populisme fiscal, celle aussi du scientologue Tom Cruise avec lequel il s'exhibait à Bercy il y a peu.
Au-delà des différences de goût, ce qui est frappant et inquiète, c'est le soutien qu'apporte le numéro 2 du gouvernement français à l'administration Bush. Outre la question éthique posée par un Ministre d'Etat qui fait sa campagne personnelle aux frais du contribuable français, les positions favorables de Nicolas Sarkozy sur la politique étrangère de l'administration Bush provoquent un malaise à la hauteur de l'enjeu et posent une interrogation fondamentale pour la France et l'Europe, surtout compte tenu du rôle joué par l'une et l'autre dans le passé récent.
Les lecteurs du Washington Post ont pu lire après la visite de Nicolas Sarkozy à la Maison Blanche, le commentaire suivant : « Nicolas Sarkozy a prononcé sans aucune honte un discours proaméricain. Il a eu le genre de rhétorique qu'on aurait attendue d'un responsable de l'administration Bush, particulièrement sur l'Iran, Israël et la lutte contre le terrorisme. » Un lecteur du New York Times du même jour a pu lire l'analyse suivante : « Il a utilisé son voyage pour se distinguer de ce qu'il considère comme la diplomatie maladroite de son gouvernement dans des crises comme l'Irak et le Liban ».
Revenons à l'année 2003. Alors que de très importantes manifestations à Londres, Berlin, Madrid et Rome montraient l'hostilité de l'opinion européenne à la politique étrangère de Bush, il était du devoir de la France d'utiliser tous les instruments pour défendre ses convictions, à savoir le multilatéralisme, le droit international et la diplomatie, afin d'éviter une guerre illégale. Qu'on s'en souvienne : cette guerre fut motivée par deux raisons avouées, les liens prétendus de Saddam Hussein et Al-Qaida et la détention supposée d'armes de destruction massive. L'ONU ne voulant pas de cette guerre qu'elle savait illégitime, le rôle joué par la France fut décisif pour rallier les pays indécis autour du respect du droit international et ne pas rendre l'ONU complice de cette voie de fait. La position française a contraint Bush à contourner l'ONU, jouant de sa rhétorique empruntée au western plus qu'à la diplomatie, avouant ainsi qu'il préférait l'usage de la force au respect du droit, et laissant la vérité, nue, surgir : les enjeux pétroliers justifiaient cette guerre, indépendamment de toute considération pour une hypothétique démocratie irakienne et sans aucune prévision des conséquences géopolitiques de ses actes à court comme à moyen terme.
Plus de trois ans après, on peut juger rétrospectivement les positions de chacun et observer que, comme prévu, les liens avec Al-Qaida se sont révélés factices, et qu'aucune espèce d'armes de destruction massive n'a été trouvée. La guerre en Irak est donc privée de tout fondement. Pire : l'Irak s'enfonce chaque jour davantage dans la guerre civile, le terrorisme alors inexistant est quotidien, et il est avéré que Bush a outrageusement manipulé l'opinion. Il a menti au Congrès et à son opinion alors qu'il s'apprêtait à engager la vie de milliers de ses soldats. Quand on aime vraiment le peuple américain, on ne peut se réjouir de l'insulte qui lui a été faite. Il a menti devant le Conseil de Sécurité des Nations Unies, présentant même de grossiers montages photographiques en guise de preuve. Il a menti à ses alliés. Il a pratiqué la désinformation et la menace auprès des petits pays. Il a humilié les organes multilatéraux de résolution pacifique des conflits. Il a mis en doute leur utilité dès qu'ils ne suivaient pas aveuglément les Etats-Unis, contribuant ainsi à les affaiblir. Tout cela pour faire une guerre qui se transforme en bourbier pour les malheureux citoyens américains portant l'uniforme en Irak.
Le plus grave est que, comme vient de le révéler un rapport du Conseil national du renseignement américain, depuis l'invasion de l'Irak, le monde est moins sûr et la menace terroriste n'a jamais été aussi forte. Le Moyen Orient est plus instable que jamais ; Israël se sent moins en sécurité ; la perspective d'un État palestinien s'est encore éloignée ; la République islamique d'Iran s'impose comme une puissance régionale incontournable et la Syrie est redevenue un interlocuteur qui pèse. Le fossé s'est encore creusé entre le monde musulman et le monde occidental. L'incompréhension est totale.
Tout cela valait-il la poignée de mains de Washington dans le bureau de Mme Rice ? Car il est en France un Ministre d'Etat de l'Intérieur qui prétend que la menace de veto, faite par le gouvernement auquel il appartient pourtant, fut « arrogante ». Face à la faillite de la diplomatie de Bush, Nicolas Sarkozy fait acte d'allégeance. S'il avait été aux responsabilités au moment de cette crise, il y aurait donc sans qu'il soit possible désormais d'en douter des soldats français en train de se faire tuer à Mossoul, à Bagdad, à Bassora. La France serait co-responsable et comptable de la plus grande faute de politique internationale commise depuis des décennies. Et, par l'alignement atlantiste de Sarkozy, la France se trouverait être complice des violations des droits de l'homme dont les Etats-Unis sont devenus coutumiers, notamment dans leurs centres de détention, qu'il s'agisse des prisonniers de Guantanamo arrachés aux règles élémentaires de protection posées par le droit international, qu'il s'agisse des ignobles tortures de la prison d'Abu Graib, ou qu'il s'agisse encore des prisons secrètes installées en Europe pour échapper au droit américain. Et c'est devant le responsable en chef de toutes ces atteintes aux droits de l'homme que Nicolas Sarkozy quémande une entrevue.
Admirateur de ceux qui ont insulté la démocratie, Nicolas Sarkozy ne rêve sans doute que de les imiter. En annonçant son soutien à la politique de George Bush, le candidat Sarkozy se rallie à la vision d'un monde où les grandes puissances agiraient de manière unilatérale et violente. Il serait tout de même étrange et regrettable qu'au moment où, après l'Espagne et l'Italie, la Grande Bretagne semble s'éloigner de cette conception, ce soit la France qui en devienne le nouveau porte étendard en Europe. Tony Blair va quitter le pouvoir à cause de son alignement aveugle sur Bush, Nicolas Sarkozy semble pourtant atteint de la même cécité. Et, bravache et prétentieux, il souligne son prétendu courage à défendre les Etats-Unis. Mais quel courage y a-t-il à se soumettre devant la première puissance impériale de ce pauvre monde ?
La France partage avec les Etats-Unis la volonté de voir les valeurs de démocratie, de respect des droits de l'homme et de liberté se diffuser sur la planète. Nous estimons pourtant que les moyens doivent être pacifiques et s'appuyer sur les institutions internationales. Etre un allié, c'est soutenir l'autre, mais c'est aussi être franc envers lui quand il se fourvoie. En exprimant honnêtement mais fermement ses convictions, la France s'est non seulement comportée en alliée mais en ami, libre, dialoguant honnêtement avec une autre grande puissance, les Etats-Unis. Que ne fut-elle entendue alors !
Ce voyage coûtera très cher au Président de l'UMP, et si les Français par mégarde, désinvolture ou malheur fermaient les yeux dessus, c'est à la France et sa réputation d'équilibre, de liens entre les deux mondes qui s'affrontent, et aux Français qu'il coûtera cher.
Lundi 02 Octobre 2006
Arnaud Montebourg
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