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02.12.2007
Autogestion au Pérou
Au Pérou, l'autogestion a permis au bidonville Villa El Salvador de surmonter la précarité
Les candidats au scrutin municipal veulent faire du faubourg de Lima un pôle de développement
Six mois après l'élection présidentielle au Pérou, les affiches politiques ont de nouveau envahi les murs de Villa El Salvador, un ancien bidonville de 360 000 âmes dans le sud de Lima. Dimanche 19 novembre, les Péruviens élisent leurs maires et leurs présidents de région. A Villa El Salvador, le scrutin s'annonce très disputé entre le maire sortant, Jaime Zea (centre droit), et Michel Azcueta (gauche), qui a dirigé la municipalité à trois reprises.
Les deux adversaires ont en commun de vouloir faire de ce faubourg le principal pôle d'activités du « cône sud », qui regroupe d'immenses quartiers défavorisés à la périphérie de la capitale. Dotée d'une zone industrielle forte de 15 000 emplois, d'une zone résidentielle organisée autour d'un plan d'urbanisation, d'un parc agricole et de pêche, Villa El Salvador abrite des collèges, des centres culturels et bientôt une université technologique.
Si les dunes alentour, peuplées d'habitats de fortune, rappellent la grande pauvreté de la moitié des Péruviens, les rues goudronnées, les maisons cimentées de deux, voire trois étages, les boutiques et marchés ordonnés ou les parcs soignés font de Villa El Salvador une ville consolidée, ayant relégué une grande partie de la précarité au passé.
Il y a trente-cinq ans, l'endroit n'était qu'un désert. « Il n'y avait rien, que du sable », confirme Pedro Quispe. Agé de 75 ans, il fait partie des premiers arrivés. Tout commence le 28 avril 1971. Des centaines de personnes démunies décident alors d'occuper les terres de Pamplona, un quartier de Lima, pour revendiquer leur droit au logement. Face à l'échec de la répression, qui fait un mort parmi les manifestants, le gouvernement propose aux familles de devenir propriétaires d'un terrain de 140 ou 180 m². Ainsi naît Villa El Salvador, le 11 mai 1971.
En un mois, 90 000 personnes, issues de province pour la majorité, rejoignent ce qui n'est encore qu'un désert. « La première nécessité a été de mettre en place des voies de communication, explique Nolberto Tenorio, 14 ans en 1971, aujourd'hui président de l'association des Amis de Villa. Chaque dimanche, les familles entières se mettaient à l'ouvrage pour construire les routes, améliorer le lotissement ou aider un voisin. »
Basée sur la participation citoyenne, la Communauté urbaine autogérée de Villa El Salvador est créée dès 1973. Dix ans plus tard, la localité obtient le statut de municipalité, tout en continuant de fonctionner main dans la main avec les organisations de quartier. Distinguée au niveau international, l'expérience de Villa El Salvador n'a pourtant pu être étendue aux quartiers voisins, créés dans des circonstances similaires. Les bidonvilles immenses qui se multiplient autour de Lima ne sortent pas de la précarité.
« Dans tous les quartiers du Pérou, vous trouverez de la solidarité, de l'organisation, des initiatives, de l'imagination. La différence est qu'à Villa El Salvador, il y a eu l'aide des autorités dans les années 1970 », analyse Gustavo Riofrio, urbaniste au Centre d'études et de promotion pour le développement. A son avis, la participation de l'Etat est « essentielle ». « L'autre point fondamental est que Villa El Salvador est née avec un plan global de développement, poursuit-il. Les premiers habitants n'avaient rien, mais ils savaient qu'ils allaient construire une ville produisant ses propres richesses et non pas un quartier de plus ou une cité dortoir. »
Pour l'ancien dirigeant Juan Arbañil, 70 ans, « la chance de Villa est surtout d'avoir compté, parmi ses fondateurs, des leaders qui venaient de tous les horizons, des responsables syndicaux, des dirigeants paysans », dans le contexte politisé des années 1970. « Ils savaient ce qu'ils voulaient et s'étaient donné des objectifs pour mettre en place la communauté autogérée solidaire dont ils rêvaient », souligne-t-il.
Depuis, la terreur semée par la guérilla maoïste du Sentier lumineux entre 1980 et 1995, ajoutée à l'instabilité politique et économique du Pérou, ont entaillé le fonctionnement participatif basé sur les assemblées. « Aujourd'hui, on ne trouve plus d'organisation de quartier, ni à Villa El Salvador, ni dans aucune ville consolidée de la région, assure M. Riofrio. Mais il reste une façon d'inventer des réponses aux besoins quotidiens. »
Le défi est désormais d'intégrer les milliers d'arrivants qui installent leurs habitats de fortune dans les dunes alentour. « Il existe une vraie fracture sociale avec ces nouveaux quartiers que nous devons combler, reconnaît M. Tenorio. Après tout, quand nous sommes arrivés, c'était aussi le désert, il ne faut pas l'oublier. »
Chrystelle Barbier
11:36 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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