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31.08.2007

Le dernier Moore sur la Sécurité Sociale

Dans son film Sicko, sur les écrans le 5 septembre, Michael Moore loue le système de santé hexagonal. Le «meilleur du monde», pour l'OMS.


C'est le sixième film de Michael Moore. Sans doute le plus poignant. Sicko (traduisez «siphonné, maboule »), qui sort en France le 5 septembre, fustige les dérives du système de santé américain. «Dans le pays le plus riche du monde, 47 millions de personnes n'ont pas de couverture sociale. Faute de soins ou d'assurance suffisante, 18 000 malades meurent chaque année», dénonce-t-il. Appuyée par des témoignages bouleversants, la charge est lourde. «J'ai vu Sicko à Santa Monica en juin. La salle a applaudi à la fin, raconte Gérard Viens, titulaire de la chaire d'économie de la santé à l'Essec. C'est un documentaire passionnant, même si, comme à chaque fois, Moore force le trait.»



Fidèle à son style, le réalisateur étaie son propos avec des documents-chocs, et aussi de l'humour, de l'exagération, parfois de la caricature. Il encense ainsi les systèmes canadien, britannique et... cubain. Mais consacre aussi une vingtaine de minutes à louer la France, sa Sécu, sa protection sociale. De passage à Paris, Michael Moore reçoit Challenges dans un palace rue de la Paix. Il ne tarit pas d'éloges sur «les soins gratuits pour tous, le luxe des visites de généralistes à domicile, inconnues aux Etats-Unis, le confort des arrêts de maladie, de maternité, et même de paternité. Les Américains n'en reviennent pas». Notre système serait-il le meilleur du monde, comme l'Organisation mondiale de la santé (OMS) l'affirmait déjà en 2000, plaçant la France en haut du podium, devant les Etats-Unis relégués au 37e rang ?

A force de geindre sur nos urgences saturées et nos hôpitaux sous-dotés, on en oublierait presque à quel point nous faisons des envieux. Lisez le très sérieux professeur d'économie de Princeton, Paul Krugman. Début juillet encore, dans le New York Times, il écrivait tout le bien qu'il pense de Sicko en général et de la France en particulier. Quand Michael Moore y interviewe des expatriés américains enchantés sous le soleil hexagonal, «ce n'est pas une vision romancée des choses, ce système est vraiment bon», assure l'expert.

Couverture maximale
Première raison, notre Sécu ne laisse, en principe, personne sur le bord du trottoir. Depuis le sacre de l'OMS, elle a encore resserré les mailles du filet en créant la CMU. Les Etats- Unis sont le seul pays de l'OCDE, avec la Turquie et le Mexique, à ne pas avoir de couverture maladie universelle. Et pourtant, ils dépensent 15% de leur PIB pour leur santé, dont 55% payés par le privé. La France, elle, débourse 11%, dont 80% sur fonds publics. En outre, quand nous consacrons 5% de ce budget aux frais administratifs, les Américains, eux, dépensent 15% pour la gestion, le marketing, les frais de justice... Une situation liée à la concurrence que se livrent les assureurs américains.

«A l'inverse des Etats-Unis, en France, plus votre pathologie coûte, mieux vous êtes pris en charge», observe le professeur Gérard Viens. Pour les opérations très lourdes ou les maladies de longue durée concernant 8 millions de patients en France, ceux-ci n'avancent pas un centime. On est loin de Sicko, où une femme atteinte d'un cancer a dû vendre sa maison. «Ce n'est pas parce que vous êtes assuré que toutes les affections seront prises en charge, loin de là !» avertit le juriste de la santé Marc Rodwin, professeur à la fac de Suffolk, à Boston.

Rapidité des soins
«Nous, nous ne patientons pas des mois pour une intervention ou une consultation, à moins de tenir à un spécialiste précis», renchérit Patrick Négaret, directeur de la Caisse primaire d'assurance-maladie (Cpam) du Mans. Au printemps, il donnait une conférence au Canada, devant des médecins médusés que les Français aient un accès aussi aisé aux soins. Chez eux, comme en Angleterre, malgré les efforts répétés, la question des listes d'attente fait régulièrement les gros titres de la presse.
Privilège supplémentaire des Français : ils ont le loisir de faire des allers-retours entre généraliste et spécialiste, hôpital et clinique, sans qu'il leur en coûte grand-chose. Même agaçantes, les petites tracasseries de la Sécu n'ont rien à voir avec les flicages drastiques des assurances privées yankees.

La France a aussi l'avantage d'avoir tissé un bon réseau de blouses blanches : 3,4 médecins pour 1 000 habitants (contre 2,4 aux Etats-Unis et 2,2 au Canada). «Nous avons un hôpital tous les 1 7 kilomètres, alors qu'au fin fond du Missouri vous pouvez faire des heures de voiture en vain», ajoute le président des doyens de faculté de médecine, Bernard Charpentier. Au passage, il rappelle que la France compte 39 CHU qui non seulement pratiquent la médecine de pointe, mais forment, sur un pied d'égalité, l'ensemble des futurs médecins. «Aux Etats-Unis, chaque université a son propre diplôme, plus ou moins coté», précise-t-il.
Pour la qualité des soins, les comparaisons sont plus délicates. Il y a bien sûr nos cocoricos : première greffe du visage, des mains, premier bébé-éprouvette... Il y a aussi les performances. Nous battons les Etats-Unis pour la lutte contre la mortalité infantile (3,6 pour mille, contre 6,8 pour mille) et le taux d'obésité (9%, contre 32%). Quant à l'espérance de vie, avec plus de 80 ans, elle nous situe parmi les meilleurs du monde. Vous doutez encore ? Foncez voir le dernier Moore.

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