27.07.2007

Ecole

La baisse du niveau est la recette assurée pour le succès d’un hebdomadaire. En fait, si les élèves d’aujourd’hui ne se souviennent pas de la date de Marignan et font beaucoup de fautes d’orthographe (deux fois plus qu’il y a 20 ans), leurs connaissances ont fait d’énormes progrès en matière de géographie économique, de sciences sociales, ou encore en mathématiques.

Une demande sociale qui a changé Les difficultés d’une partie de la population scolaire, marquée par la montée des violences et la sortie sans diplômes de plus de 100 000 élèves par an, provoque aujourd’hui débat car auparavant ce problème ne se posait pas : Beaucoup d’enfants, aux origines modestes, n’accédaient pas à l’enseignement secondaire, ce qui a changé avec la réforme Berthouin de 1959 qui fixe la scolarité obligatoire à 16 ans. Ensuite, les connaissances et les compétences demandées par la société actuelle ne sont pas les mêmes qu’il y a quelques dizaines d’années. De la maîtrise de l’orthographe, de la répétition et de la mémorisation on est passé à l’argumentation et à l’analyse critique d’un document, de la connaissance par cœur des dates et des préfectures, on est passé à la compréhension du monde actuel et à l’apprentissage du vivre-ensemble.

Massification ne veut pas dire démocratisation ! 15 000 en 1930, 150 000 en 1973, les bacheliers sont 520 000 en 2007, avec plus de 60% d’une classe d’âge, on peut parler d’une certaine démocratisation de l’accès au bac et même à l’enseignement supérieur. Mais aujourd’hui tous les bacs ne sont pas égaux, ne permettent pas le même choix, le même accès aux filières sélectives, et enfin la part des fils de cadres (40%) dans les filières scientifiques des lycées et celle des fils d’ouvriers (26%) dans les filières professionnelles montre que les inégalités sont toujours très fortes et la reproduction sociale, inacceptable, en France. En effet, les fils d’ouvriers représentaient 32% des effectifs de sixième, et les fils de cadres, 12%.

Sortons de l’école élitiste, allons vers une école citoyenne ! Notre école, massifiée et partiellement démocratisée, est toujours une école d’élite qui met de côté progressivement les élèves qui ne correspondent pas aux critères d’une filière générale dite classique qui mène à des études longues. Elle repose sur une évaluation qui stigmatise forcément les plus faibles sans se soucier de noter la progression, sans aucun but d’apprentissage (évaluation sommative et non pas formative). L’école citoyenne que nous devons construire forme les enseignants pour s’adresser à tous les élèves dans leur hétérogénéité et se donne pour objectif d’assurer une sortie qualifiante choisie librement à tous les élèves. Cette école citoyenne n’exclut pas et ne sélectionne pas, elle favorise l’émancipation des élèves au-delà de leurs origines sociales par l’apprentissage de compétences telles que l’analyse critique, et de savoirs et de techniques aptes à assurer leur insertion sociale.

24.07.2007

Pakistan

Au Pakistan, "Musharraf est extrêmement faible et isolé"
LEMONDE.FR | 20.07.07 | 16h14 • Mis à jour le 24.07.07 | 17h42

Dans un "chat"sur Le Monde.fr, Françoise Chipaux, correspondante du "Monde" à Islamabad, estime que "les islamistes sont, malgré tout le bruit qu'il font, minoritaires au Pakistan."

Beteya : Dans le cadre de la lutte contre le terrorisme engagée par les Occidentaux depuis le 11-Septembre, peut-on dire que le Pakistan a joué "franc jeu" ?

Françoise Chipaux : C'est difficile à dire. Le Pakistan a arrêté un grand nombre de militants qu'ils pensaient être d'Al-Qaida, qui refluaient d'Afghanistan vers le Pakistan au moment de l'opération américaine. Concernant Al-Qaida, le Pakistan a arrêté des leaders importants, mais toujours sur information américaine. Il faut noter que les gens d'Al-Qaida, jusqu'à 2003, n'avaient jamais rien fait contre le Pakistan. Le Pakistan n'a non plus jamais touché aux talibans. On peut donc dire que le Pakistan a joué "franc jeu" jusqu'à un certain point.


Il faut aussi savoir que le sentiment anti-américain est très fort dans le pays. Le Pakistan a aidé les Américains, puisque plus de 600 personnes ont été arrêtées, dont au moins cinq grands leaders d'Al-Qaida, mais en même temps, les autorités du pays n'ont pas fait tout ce qu'elles auraient pu faire.

Ceno : Pourquoi les Etats-Unis ont-ils publié ce rapport censé rester secret sur la politique "laxiste" du président pakistanais vis-à-vis des terroristes ?

Françoise Chipaux : Je pense qu'il y a deux choses. D'une part, un aspect de politique intérieure américaine : l'administration Bush publie ce rapport au moment où elle recontre des problèmes sur sa politique irakienne, avec le débat sur le retrait des troupes. On fait donc une fois de plus jouer la crainte d'Al-Qaida qui se reconstitue.

Autre aspect : les Etats-Unis tentent de faire pression sur Pervez Musharraf pour qu'il en fasse plus dans les zones tribales. Cela dit, la reconstitution d'Al-Qaida dans les zones tribales est encore à voir. Qu'appelle-t-on les structures d'Al-Qaida ? Qu'il y ait des représentants d'Al-Qaida dans les zones tribales, c'est possible, mais il n'y a pas de structure. C'est une région très accidentée, montagneuse, avec une frontière totalement perméable avec l'Afghanistan et une population tribale farouchement indépendante et très conservatrice sur le plan religieux.

Je pense donc que ce rapport américain sert à la fois les intérêts de politique intérieure de Bush et permet de dire à Musharraf : "Il faut faire plus." Tout cela dans un contexte où la politique américaine en Afghanistan vire à l'échec : les Américains se rendent compte que l'Afghanistan, qui était présenté, surtout par rapport à l'Irak, comme LE succès, n'en est pas vraiment un.

Ber : Des frappes américaines sont-elles envisageables sur le Pakistan ?

Françoise Chipaux : D'abord, il y a déjà eu des frappes américaines sur le Pakistan. Mais en règle générale, les autorités pakistanaises les ont présentées comme des erreurs de tir, puisque les troupes américaines sont déployées du côté afghan de la frontière ; ou alors, les autorités pakistanaises, comme cela a été le cas en octobre 2006 pour le bombardement d'une madrasa dans l'agence tribale de Bajaur, ont revendiqué avoir fait elles-même l'opération.

Le dilemme des Américains, c'est que s'ils interviennent trop massivement et trop ouvertement au Pakistan, ils risquent de provoquer la chute de Musharraf, qui, jusqu'à maintenant, les a quand même bien servis. Sans compter que les Américains craignent l'après-Musharraf, si celui-ci tombe dans un contexte de révolte anti-américaine.

Ceno : Quels sont les éléments qui amènent les Américains à croire que Ben Laden est réfugié au Pakistan ?

Françoise Chipaux : Honnêtement, je n'en sais rien. On n'a pas d'informations récentes, confirmées, sur la présence de Ben Laden. Les Américains disent qu'il est au Pakistan, c'est possible. Mais la frontière entre le Pakistan et l'Afghanistan, c'est 2 500 kilomètres, avec du désert, de la montagne, de la très haute montagne, des cols quasiment inaccessibles autrement qu'à pied...

Gus : On parle souvent des relations américano-pakistanaises, mais peu des liens avec les autres pays. Quels sont notamment les rapports entre le Royaume-Uni et le Pakistan ?

Françoise Chipaux : Ces rapports sont très solides, car il ne faut pas oublier que le Royaume-Uni a une diaspora d'environ 400 000 Pakistanais. Ceux-ci, qui sont aujourd'hui citoyens britanniques, gardent des liens étroits avec la mère patrie, reviennent en vacances au Pakistan, et en règle générale marient leurs enfants au Pakistan.

La coopération est notamment très étroite en matière de sécurité, d'antiterrorisme. Dans les attentats de Londres en juillet 2005, trois des auteurs étaient d'origine pakistanaise. La plupart des djihadistes qui agissent en Europe ne viennent pas pour autant des madrasas pakistanaises. Un étudiant d'une madrasa pakistanaise qui ne parle pas anglais ne saura pas prendre l'avion, un métro... Les gens qui font des attentats en Europe ont été généralement radicalisés en Europe.

DLL : Quelle est aujourd'hui l'attitude de l'Inde face à la politique de Pervez Musharraf ?

Françoise Chipaux : Pour l'instant, Musharraf a essayé de réchauffer les relations avec l'Inde. Et depuis deux ou trois ans, même si l'on n'a pas avancé sur le débat de fond entre l'Inde et le Pakistan, les relations sont beaucoup plus détendues. Il y a beaucoup plus d'Indiens ou de Pakistanais qui visitent le pays, les visas sont plus faciles à obtenir, il y a une multiplication des contacts au niveau culturel, sportif...

Mais tout cela masque quand même le fait que sur le fond, en particulier sur la question du Cachemire, rien n'a bougé. Il y a un cessez-le-feu au Cachemire, on a ouvert une voie de passage entre le Cachemire pakistanais et le Cachemire indien, mais sur le fond rien n'a bougé.

Seb : Pourquoi a-t-on assisté à une multiplication d'actes terroristes ces dernières semaines au Pakistan ?

Françoise Chipaux : Ces actes terroristes sont des réactions à l'assaut donné par les forces pakistanaises à une mosquée qui s'appelle la "mosquée Rouge", qui était dirigée par deux frères, dont l'un a été tué. Ces deux frères étaient des extrémistes souhaitant l'imposition de la charia au Pakistan : pour cela, ils avaient envoyé des jeunes filles de la madrasa qu'ils dirigeaient faire des raids contre des échoppes de musique et de vidéo. Ces jeunes filles avaient également enlevé une femme qu'elles accusaient de tenir une maison close. Elles avaient aussi arrêté six Chinois : la Chine étant le meilleur ami du Pakistan, les mollahs avaient dépassé les bornes. 


La mosquée Rouge illustre, en fait, le laxisme des autorités face à des extrémistes qu'on a laissé faire pendant six mois. Au fur et à mesure que le ton a monté, ceux-ci ont fait entrer des djihadistes endurcis, armés, et l'assaut de la mosquée s'est terminé en bain de sang, avec plus de cent morts au cœur d'Islamabad. Les attentats-suicides qui ont suivi sont à la fois une réaction à ce qu'a fait le gouvernement, et aussi un avertissement : "Ne vous attaquez pas aux extrémistes, parce qu'on a les moyens de réagir."

Pierre : Les islamistes peuvent-ils prendre le pouvoir au Pakistan ? 

Françoise Chipaux : Non. Les islamistes sont, malgré tout le bruit qu'il font, minoritaires au Pakistan. Et si les partis religieux ont aujourd'hui une présence importante à l'Assemblée nationale, c'est grâce à l'armée et à Musharraf. Ce dernier, pour écarter le PPP de l'ancienne premier ministre Benazir Bhutto, et la ligue musulmane de Nawaz Sharif, s'est appuyé sur les partis religieux. 

Il ne faut pas oublier que Musharraf a eu besoin des partis religieux pour faire passer un amendement constitutionnel lui permettant de rester à la fois président et chef de l'armée.

niavlyss : Pensez-vous que la junte militaire soit prête à lâcher Musharraf pour sauver son régime ? 

Françoise Chipaux : C'est une question très difficile. Pour l'instant, les hauts responsables de l'armée font bloc derrière Musharraf. Il faut dire que celui-ci les a largement récompensés et que tous ceux qui sont aujourd'hui à des positions de commandement ont été nommés par Musharraf, puisqu'il est chef de l'armée depuis 1998. 

La question pourrait se poser par exemple s'il y avait un autre massacre, comme celui de Karachi en mai, où une trentaine de personnes ont été tuées dans des combats de rue entre les partis soutenant Musharraf et ceux appuyant le président de la Cour suprême, qui avait été écarté par Musharraf. 

Pour l'instant, l'armée, compte tenu de la situation, n'a sans doute pas intérêt à lâcher Musharraf. D'autant plus que tant que les Américains soutiennent Musharraf, ses pairs le soutiendront. Il est quand même intéressant de noter qu'une livraison de deux nouveaux F16 à l'aviation pakistanaise a été annoncée le jour final de l'assaut contre la mosquée Rouge.

Vancliff : Savez-vous comment Pervez Musharraf est perçu par les soldats "de base" ? Bénéficie-t-il de leur soutien ? 

Françoise Chipaux : Là encore, c'est difficile à dire. Les soldats de base dans l'armée pakistanaise doivent avoir une vision très lointaine de Musharraf. Le soldat de base pakistanais est sûrement plus influencé par l'islamisme ambiant que les officiers généraux. 

Si vous regardez des défilés de l'armée pakistanaise, on peut juste constater le nombre grandissant de soldats qui portent la barbe. Le soldat de base n'aime sûrement pas intervenir contre ses frères musulmans. Et quand les commandos, qui sont les troupes d'élite, ont terminé l'assaut contre la mosquée Rouge, la moitié pleuraient en disant : "On a tué des musulmans." 

Je crois que l'armée pakistanaise n'est pas prête à intervenir très durement contre les militants islamistes. L'accord que les Américains ont reproché à Musharraf dans le nord du Waziristan avait aussi pour but de désengager l'armée : celle-ci perdait non seulement beaucoup d'hommes, mais elle connaissait aussi des désertions et des problèmes de discipline, des soldats refusant de combattre. 

Elodie : Le mandat du général Musharraf expire en octobre. S'il demeure encore au pouvoir à cette date, a-t-il des chances d'être de nouveau élu par l'Assemblée actuelle ?  

Françoise Chipaux : C'est tout le débat. Normalement, il l'a encore répété la semaine dernière, il voulait être réélu en uniforme par les assemblées actuelles, parce qu'il a la majorité. Le problème maintenant, depuis la réinstallation du président de la Cour suprême, est qu'un grand nombre de pétitions se préparent pour contester le droit constitutionnel de Musharraf de se représenter. 

A mon avis, la candidature de Musharraf va un peu dépendre de la manière dont la Cour suprême va répondre aux pétitions disant, que constitutionnellement, il n'a pas le droit de se représenter. 

Sins : La Cour suprême du Pakistan a jugé "illégale" la suspension de son président. Qu'en est-il de l'indépendance de la justice face à Musharraf ? 

Françoise Chipaux : Jusqu'à l'épisode du renvoi du président de la Cour suprême, la plupart des juges avaient historiquement avalisé les régimes militaires successifs. Aujourd'hui, ce qui s'est passé avec la réinstallation du président de la Cour suprême laisse à penser que les juges ont découvert, grâce au soutien des avocats et au soutien de la société civile pakistanaise, qu'ils pouvaient être indépendants.

Je pense que c'est un tournant pour l'indépendance de la justice au Pakistan. Parce que les avocats et la société civile, qui sont les vainqueurs de la réinstallation du président de la Cour suprême, vont être très attentifs à l'attitude des juges. Et ceux-ci aussi ont découvert qu'ils pouvaient agir librement. 

Elodie : Comment le général Musharraf est-il perçu par la plus grande partie de la population ? Est-il aujourd'hui considéré comme le seul homme politique capable d'éviter l'éclatement de la société pakistanaise ? 

Françoise Chipaux : Alors que les Pakistanais avaient plus ou moins accepté le général Musharraf en 1999, espérant qu'il allait pouvoir remettre de l'ordre dans un pays à la situation économique catastrophique, sa popularité est aujourd'hui quasiment nulle.


Il a également perdu, dans cette affaire du président de la Cour suprême, toute sa crédibilité. Les gens pensent que la façon dont il a tenté de renvoyer le président de la Cour suprême est le produit de son arrogance. Aujourd'hui, même si, dans la situation actuelle, beaucoup de gens estiment que seule une alliance entre les politiques et les militaires peut sauver le pays, Musharraf est quand même extrêmement faible et isolé. 

Ceno : Nawaz Sharif, l'ancien premier ministre aujourd'hui en exil à Londres, va-t-il pouvoir rentrer au Pakistan ? Et peut-il représenter l'opposition ? 

Françoise Chipaux : Le problème, c'est qu'aujourd'hui les partis d'opposition se regardent tous dans la crainte que le voisin ne profite des malheurs de Musharraf. Au lieu d'avoir une opposition déterminée contre le régime militaire, les politiques se regardent : Nawaz Sharif ne veut pas que Benazir Bhutto, qui, elle, négocie avec Musharraf, profite de la situation. Benazir Bhutto négocie dans l'espoir de voir disparaître les accusations de corruption retenues contre elle et de pouvoir rentrer pour prendre le dessus sur Nawaz Sharif.

Les partis religieux, qui ont été les alliés de Musharraf, ne veulent pas non plus, aujourd'hui, voir par exemple le parti de Benazir Bhutto, le plus important électoralement, tirer avantage de la situation. C'est une situation qui bénéficie à Musharraf, dans la mesure où les politiciens sont incapables de s'entendre sur un projet commun. 

Pierre : Et la bombe atomique ? Les islamistes vont-ils mettre la main dessus ? 

Françoise Chipaux : Non. Je pense que là encore, on se fait peur. Certes, le Pakistan a la bombe atomique, mais les islamistes ne sont pas aux portes du pouvoir, et la bombe est contrôlée par l'armée pakistanaise. Je pense que c'est une crainte dont certains se servent pour des raisons politiques, mais ce n'est pas encore, à ce stade, un danger imminent. 

vincent_s : N'y a-t-il pas un risque d'infiltration de l'armée par les islamistes ? 

Françoise Chipaux : Pour l'instant, les hauts cadres de l'armée pakistanaise ne sont pas très islamistes. Ce sont plutôt des libéraux. Je ne pense pas qu'aujourd'hui les hauts échelons de l'armée soient islamistes. 

Pierre : Est-il raisonnable de penser qu'un jour il y aura la démocratie au Pakistan ? Si oui, à quelle échéance ? 

Françoise Chipaux : Oui, mais il faudrait que l'armée cesse d'interrompre tous les trois ou quatre ans les expériences démocratiques. La démocratie, pour qu'elle soit vivante, il faut qu'elle se pratique. Or, pour l'instant, toutes les expériences démocratiques au Pakistan ont été interrompues par l'armée. Jamais un gouvernement élu n'a pu finir son mandat. 

Dans combien de temps ? Difficile à dire. Le Pakistan reste un pays où la moitié de la population est illettrée, vit dans des régions très isolées. Mais ça viendra. Ça prendra du temps, mais ça viendra. 

franki : Les touristes voyageant seuls sont-ils des cibles potentielles pour les islamistes ? Faut-il renoncer à se rendre dans ce pays actuellement ?  

Françoise Chipaux : Difficile à dire. Personnellement, je ne me sens pas en danger immédiat ici. Simplement, tout dépend des régions où l'on veut aller. Il est évident qu'aujourd'hui, avec cette grande tension dans le pays, une guerre larvée à la frontière afghane, ce n'est pas forcément le moment d'aller se promener tout seul au milieu de nulle part au Pakistan. 

Il faut savoir que les Pakistanais, en général, sont très accueillants, et que la plupart des touristes qui viennent ici en repartent satisfaits. J'ai toujours eu le sentiment que les gens étaient plus gentils parce que nous sommes étrangers. Les autorités comme les gens ordinaires. Si vous êtes étrangers, ils sont plus attentifs et viennent vous aider. Mais je dirais qu'aujourd'hui, il vaut mieux attendre un peu pour venir.

20.07.2007

La productivité, ses mythes et ses menteries

La productivité, ses mythes et ses menteries
http://www.lesechos.fr/journal20070528/lec1_idees/4580521.htm

Trop de candidates et de candidats se gargarisent de la productivité : nous serions, en France, des champions toutes catégories, notre heure de travail produirait plus que celle de nos compétiteurs d'autres nations, il y aurait encore du grain à moudre, nous pourrions redistribuer plus, tout va bien madame la Marquise. Tentative soit incompétente soit mensongère pour anesthésier le bon peuple et lui éviter les douleurs de la vérité. Car la réalité dément par deux observations.

De quoi parlons-nous ? La productivité se mesure par des techniques préconisées par l'OCDE : sur une année, la richesse produite par le pays (le PIB, 1.750 milliards d'euros chez nous) se divise par le total des heures travaillées (38,8 milliards en France). Qu'observons-nous ? Dans le pays où le salaire des qualifications les plus faibles est le plus élevé, l'appel à la mécanisation est le plus tentant et sa justification économique la plus pressante ; y céder améliore la créativité, et fabrique davantage de chômeurs. La municipalité de Noaire-sur-Eygues employait six balayeurs pour la propreté et le ramassage des feuilles mortes. Préoccupée des taxes imposées à ses électeurs, elle a vite remplacé trois départs à la retraite par une balayeuse mécanique et une machine à aspirer les feuilles, toutes deux fabriquées en Chine. Même résultat, même richesse produite, heures de travail divisées par deux, productivité améliorée de 100 %. Trois RMIstes sont restés dans leur détresse... Avec un SMIC en rapport réel avec la valeur du travail fourni, et moins de charges pour payer les inactifs forcés, leurs trois embauches auraient été préférées à une mécanisation totalement optionnelle. Mais la productivité serait demeurée la même.

Louis Tartemolle a une entreprise de réhabilitation d'immeubles, tous corps d'état. Il emploie François, Rodrigo, Ahmed, Joao et Boris. Les salaires au SMIC avec leur généreuse évolution, et les charges, excessives à ses yeux, le conduisent à licencier les trois premiers, puis à les employer subrepticement au noir. Mêmes chantiers conduits, même richesse produite, l'entreprise ne déclare plus que les heures de trois personnes, la productivité mesurée est multipliée par deux. Trois inscrits aux Assedic en plus. Il suffit de bien faire attention aux contrôles de l'Urssaf, ce qui, paraît-il, n'est pas vraiment sorcier...

Ainsi, partout les grandes rivières nationales ne sont faites que de ces petits ruisseaux : le chiffre fétichisé de la productivité ne cesse de s'améliorer, et il ne fait que refléter en corollaire une dégradation incessante de l'emploi. Le SMIC à 1.500 euros net plaira aux électeurs, et en marginalisera encore un plus grand nombre.

Démonstration éloquente dans deux îles du même archipel, identiques en peuplement, pas si distantes en populations, équivalentes en ressources et possibilités, mais bien différentes en approche sociale du travail : La Réunion a un taux de chômage de 31 %, l'île Maurice de 11 % (chiffres de 2005). Mais la productivité dans notre DOM est bien meilleure que chez son voisin indépendant...

La productivité, c'est excellent pour la nation quand, découlant de la qualification en progrès et de l'inspiration plutôt que de la transpiration, elle améliore la vraie richesse produite par chaque vraie heure travaillée. Elle devient néfaste quand elle réduit le nombre total d'heures travaillées, les vraies comme les déclarées, quand l'offre d'emploi est globalement insuffisante, et quand les chômeurs qu'elle suscite ne retrouvent plus immédiatement de boulot. Mesdames, Messieurs, un peu de lucidité et d'honnêteté, s'il vous plaît...
JEAN-PAUL NERRIERE est dirigeant d'entreprises multinationales

18.07.2007

Le nouveau despotisme selon Tocqueville


Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde: je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres: ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas ; il les touche et ne les sent point ; il n’existe qu’en lui-même et pour lui-seul, et, s’il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu’il n’a plus de patrie.
Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour but de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur ; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages ; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre?
Tocqueville, De la démocratie en Amérique, II, Folio, p.434.

Le Bonapartisme et la gauche!


Cette élection présidentielle pourrait bien être le triomphe absolu du bonapartisme, cette culture politique dont la France ne parvient décidément pas à se défaire. Nicolas Sarkozy en est l'artisan et l'incarnation à lui seul. Il résume jusqu'à la caricature la modernisation de cette « société du 10 décembre » qui fit le succès, en 1848 de Napoléon-le-petit : « Les grands mots et les grandes poses ne servaient qu'à masquer les canailleries les plus mesquines de roués, de ruinés, d'aventuriers, de filous, d'écrivassiers » disait Marx. Déjà à l'époque, elle ajoutait de la violence symbolique et privée au monopole étatique de la force. Et le désir d'ordre et d'autorité conduisait irrésistiblement vers le culte du chef ceux-là même qui allaient subir les effets d'un discours violemment inégalitaire.

Mais la postérité du bonapartisme va bien au-delà des personnes. Elle s'est forgée dans et par les institutions ; pas tant dans l'élection du chef de l'Etat au suffrage universel direct que dans la concentration exceptionnelle de tous les pouvoirs en ses mains. De ce point de vue, l'histoire de la V° République restera celle d'une accumulation progressive de puissance d'une seule autorité au prix de la dévitalisation des moindres contre-pouvoirs. Même celui que les journalistes avaient construit est en train de produire par connivence ou servitude volontaire une nouvelle oligarchie. Se refonde ainsi toujours plus l'espace du pouvoir où le centre reste la cité interdite à la société civile tandis que sa périphérie est abandonnée à ses ennemis.

La gauche va-t-elle s'installer dans ce système, en se contentant par exemple de gérer les collectivités locales ? Elle a grandement contribué à la légitimation de ce présidentialisme depuis que François Mitterrand su la convaincre d'en utiliser les ressources à la fois pour accéder au pouvoir et pour l'exercer sous des formes diverses pendant dix-neuf ans en le conservant intact. Au terme de ses deux septennats, c'est lui qui pourtant avertissait que « ces institutions étaient dangereuses avant moi et le resteraient après moi ». Pourtant la gauche n'en tira aucune conséquence : c'est elle qui mit en œuvre en 2000 le « quinquennat sec » renforçant l'ascendant du Président sur la majorité parlementaire ; c'est elle qui inversa en 2001 le calendrier électoral afin de restaurer tous les effets de l'élection présidentielle sur l'élection législative. Elle a cru et laissé croire que la prise et l'exercice du pouvoir dépendent d'abord de l'habileté et de la qualité des dirigeants, toujours nécessairement plus forts que la logique des institutions. Elle s'est même vantée à l'époque de « restaurer l'esprit de la V° République » c'est-à-dire ni plus ni moins celui qui a fonctionné si bien contre elle aujourd'hui. Dans les facteurs nombreux et variés qui ont joué contre Ségolène Royal il en est un qui a constamment été exploité, c'est celui de l'inadéquation de son genre, de son (in)expérience mais aussi du style de présidence annoncée avec la nature de la présidence réelle. Il lui reviendra le mérite d'avoir pour la première fois dans ce genre d'élection, ouvert la perspective d'une nouvelle République où la Présidente ne pourrait pas tout. Elle en a même exploré les contours avec François Bayrou entre les deux tours. Or faut-il rappeler que le Parti socialiste jusqu'à son dernier congrès en décembre 2005 en avait catégoriquement exclu la moindre hypothèse ?

La leçon de ce scrutin est donc claire. La gauche ne réussira pas son aggiornamento si elle continue à faire l'impasse sur la refondation démocratique de la République, si elle ne rompt pas nettement avec la logique bonapartiste du régime en place. Elle n'aura pas de crédibilité parmi les électeurs du « nouveau centre » et au-delà si elle n'ouvre pas le chantier d'une réorganisation en profondeur du pouvoir. Cette tâche devient historique tant la France est aujourd'hui le système le plus exotique, le plus anachronique et archaïque de toute l'Union Européenne. Abandonner la V° République n'est donc pas qu'une opération d'ingénierie juridique. C'est retrouver le fil d'une parole et d'une histoire politique tombée en déshérence. C'est dire combien le bonapartisme est incompatible avec le meilleur de notre tradition démocratique. C'est tourner la page d'un régime marqué du sceau de l'empire colonial et de l'indifférence à la construction d'une Europe politique. C'est annoncer le mariage du parlementarisme majoritaire avec l'initiative citoyenne et la démocratie participative en accord avec la décentralisation générale de la société. Abandonner la V° République c'est rendre justice à Pierre Mendès France qui disait : « Je mets au défi quelque homme politique que ce soit d'entreprendre demain une authentique démocratisation de l'enseignement, de modifier la répartition du revenu national au profit des classes défavorisées, d'assurer le contrôle par la puissance publique des positions dominantes de l'économie, d'assurer le respect des libertés fondamentales et des droits de l'Homme, (...) si les problèmes institutionnels n'ont pas d'abord reçu une solution correcte, si l'on n'a pas fait le choix des leviers qu'il conviendra d'employer ». Ces propos d'il y a quarante ans doivent être, pour ces prochaines années, le viatique de la gauche sur le chemin de sa modernisation .

Paul Alliès, membre fondateur de la C6R, professeur de science politique à l'Université de Montpellier. Dernier ouvrage : « Le grand renoncement. La gauche et les institutions de la V° République » (Textuel-2007)

L`Europe selon Jeremy Rifkin

 Le rêve européen évincerait peu à peu le rêve américain. L'intellectuel américain Jeremy Rifkin nous donne son point de vue.
En février, à Bruxelles, Jeremy Rifkin a interpellé le public lors d'un débat consacré à la sortie de son dernier livre: « Vous avez une poule aux œufs d'or dans vos mains et vous l'affamez ! Qui est-elle ? C'est l'infrastructure du plus grand marché commercial potentiel du monde. (...) Il s'agit de l'Union Européenne. » Mais pour lui, l'Europe représente davantage qu'un marché, c'est un rêve.


L'Europe vue par un Américain


Rifkin, Président de la Fondation des Tendances Economiques (FOET), un groupe d'experts de Washington, a suscité une polémique avec son nouveau livre Le rêve européen. Dans l'ouvrage, il affirme que le rêve américain s'effiloche et que le rêve européen est sur le point de la remplacer. Alors comment se définit ce rêve européen, et en quoi est-il différent du rêve américain ?
Si la liberté et l'émancipation de l'individu sont au cœur de ces deux rêves, les moyens d'y parvenir sont fondamentalement différents. Selon Rifkin, aux Etats-Unis, « les parents nous apprennent que la liberté consiste en la confiance en soi, l'indépendance, l'autonomie et la mobilité ». Ceci est un héritage de la mentalité des pionniers partis à la conquête de l'Ouest, une philosophie confirmée par les principes individualistes de la Réforme et les Lumières. Seul face au désert, seul face à Dieu, seul face au marché, l'homme ne peut pas compter sur les autres pour s'occuper de lui.
Les Européens sont, quant à eux, héritiers de siècles de cohabitation dans une forte promiscuité, argumente-t-il. Privés de vastes espaces inhabités, entassés dans des villes fortifiées, les Européens ont appris à rechercher la liberté dans l'art du vivre ensemble. En conséquence, « les parents de l'Europe continentale enseignent à leurs enfants que la liberté réside dans la qualité de vos relations, dans l'intégration à la communauté. Plus vous êtes intégré et plus vos relations sont de qualité, plus vous avez de choix pour vivre de manière épanouissante.
« C'est cette même mentalité de pionniers qui a forgé la croyance américaine d'une expansion sans limites, affirme Rifkin, alors que la mentalité de « forteresse » a donné aux Européens un sens plus aigu de la rareté de l'espace et des ressources ». Cela pourrait expliquer le plus grand enthousiasme des Européens pour le concept de développement durable et leur usage plus prudent de l'espace et des ressources.


L'argent compte


Le postulat de Rifkin est que, d'un point de vue socio-économique, les Européens voient la qualité de vie comme la clé de la liberté et de l'accomplissement de soi. Contrairement aux Américains, qui considèrent l'accumulation de richesses matérielles comme la clé du bonheur : sans aristocratie véritable et sans classes sociales fermement établies, dans le Nouveau Monde, tout ce dont vous avez besoin pour avancer socialement est de gagner suffisamment d'argent. La structure sociale rigide et hiérarchisée des Européens a longtemps interdit le même type de promotion sociale aux Européens, les contraignant à se contenter de leur statut hérité. Les Américains tendent donc à « vivre pour travailler », tandis que les Européens, selon Rifkin, « choisissent de travailler pour vivre ».En conséquence, l'Europe a fondé sa conscience collective sur des concepts post-modernes de droits humains et sociaux universels, alors que les Américains chérissent encore les valeurs modernes comme la propriété, les droits civils et un fort esprit de patriotisme. Le rêve européen, c'est aussi l'acceptation après des siècles de guerre, de la diversité culturelle, alors que le rêve américain est basé sur « l'assimilation au sein du melting pot ». Ainsi, les Européens favorisent la coopération et les Américains préfèrent l'exercice du pouvoir solitaire et unilatéral.


Une promesse et une responsabilité


Le rêve européen promet un monde nouveau, un monde meilleur. Il n'y a pas si longtemps, l'Europe était essentiellement associée à la guerre et au génocide. Le miracle est que dans l'Union européenne, les mêmes nations qui étaient habituées à s'entretuer tous les 30 ans, ont inventé une façon de faire la paix plutôt que la guerre. Elles ont décidées de se lier très étroitement de manière à ne jamais être en mesure de se heurter. A présent, l'Europe est en train de devenir le premier super pouvoir de l'Histoire qui ne vise pas à exercer un contrôle sur d'autres pays ; c'est un pouvoir qui pourrait répandre la paix et la stabilité en respectant la diversité, plutôt qu'en imposant ses valeurs par la force. Il n'est pas surprenant que l'expérience européenne soit devenue le rêve de beaucoup. Les gens en Turquie, en Ukraine, en Géorgie, et même au Maroc veulent entrer dans l'UE, et l'Union Africaine ainsi que la nouvellement ressuscitée Union d'Amérique du Sud Mercosur essaient de l'imiter. Mais alors que, à travers le monde, beaucoup courent après le modèle européen, l'Européen moyen a-t-il conscience de vivre un rêve collectif ? Nous devons nous rendre compte que l'Europe possède une réelle responsabilité envers ceux qui croient à la diversité culturelle et à l'art de vivre ensemble en paix.

L`Europe decline-t-elle economiquement par rapport aux USA?

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3404,36-868839@...

L'idée selon laquelle le produit intérieur brut (PIB) par habitant et le niveau de vie en Europe reculent par rapport aux Etats-Unis est très répandue. Dans un entretien à l'hebdomadaire L'Express du 2 mars 2006, par exemple, l'économiste Elie Cohen expliquait que, "depuis 1995, l'écart se creuse, et très nettement".


Dans un document de réflexion publié en octobre 2006 par le Centre Bruegel (dirigé par Mario Monti, ancien commisaire européen à la concurrence, et Jean Pisani-Ferry, membre du conseil d'analyse économique), Philippe Aghion, de Harvard, reprend la même idée : "Depuis dix ans, le taux de croissance du PIB par habitant de l'Union européenne (UE à quinze) a été, en moyenne annuelle, de 0,4 point en dessous de celui des Etats-Unis (...). Le revenu par tête a commencé à décliner en comparaison avec celui des Etats-Unis."

On peut aussi citer Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne, devant le Council on Foreign Relations, à New York, en avril 2006 : "Depuis le début des années 1990, l'écart entre le taux de croissance du PIB par habitant des Etats-Unis et celui de la zone euro n'a cessé de se creuser - il était de 0,8 % par an dans les années 1990 et il est monté à 1,3 % par an à partir de 2002." Pourtant, plusieurs experts (même parmi les statisticiens de la Commission européenne) sont en désaccord avec ce constat. Ainsi, dans un des Rapports économiques que Bruxelles publie chaque année, un discret encadré technique dit le contraire : "Selon une idée très répandue, la performance économique des Etats-Unis serait beaucoup plus forte que celle de la zone euro (...). Cette idée doit être nuancée (...). Le différentiel apparu depuis 1990 dans les taux de croissance des PIB disparaît lorsqu'on s'intéresse aux données par habitant. La performance en matière de croissance, ainsi que la hausse des niveaux de vie, a été approximativement la même dans les deux zones."

DES CYCLES PLUS ACCENTUÉS AUX ETATS-UNIS


Comment expliquer des perceptions si différentes sur une question autant chargée d'implications politiques ? Plusieurs erreurs de méthode peuvent fausser les comparaisons. La faute la plus souvent commise consiste à comparer les taux de croissance en partant d'une année ronde ("depuis 1990" ou "depuis 1995"). Cette pratique revient à négliger les différences qui existent entre le cycle économique américain et celui de l'Europe. Or, le cycle américain est beaucoup plus accentué que celui de l'Europe (les accélérations sont plus fortes, mais les ralentissements le sont aussi). Qui plus est, les cycles des deux régions sont décalés (de deux ans souvent). Le creux du dernier cycle a eu lieu en 2001 aux Etats-Unis, mais seulement deux ans plus tard en Europe ; lors du cycle précédent, le creux eut lieu en 1991 en Amérique et en 1993 dans le Vieux Continent.

Si on utilise 1990 comme année de départ lorsqu'on compare les taux de croissance par habitant pour la période 1990-2005, par exemple, on obtient un chiffre plus élevé pour les Etats-Unis (de 0,2 % par an, selon les données publiées en janvier par l'Organisation de coopération et de développement économiques). Mais, ce faisant, on compare une période qui comprend deux phases complètes de ralentissement en Europe et une seule aux Etats-Unis (une et demie pour être précis). Il suffit de prendre 1988 comme année de départ (plutôt que 1990) pour que les périodes deviennent comparables et que la différence disparaisse.

Idem si l'on compare les performances en partant de 1995. On compare alors une période contenant deux fortes accélérations aux Etats-Unis mais une seule pour le Vieux Continent (puisque l'accélération qui a débuté en 2002 aux Etats-Unis vient à peine de commencer en Europe).

Quant au différentiel de croissance qui s'accentue en faveur des Etats-Unis après 2002, il est la conséquence directe du fait que les accélérations américaines sont plus fortes (puisque leur cycle économique est plus prononcé). La même chose arrive à chaque reprise, tous les dix ans (durée moyenne de ces cycles). Cela s'est produit après 1982 sous Ronald Reagan, après 1991 sous Bill Clinton et tout récemment après 2002. Mais ces accélérations ne durent que quelques années avant de se renverser en faveur de l'Europe, comme cela vient de se passer, de nouveau, pendant le second semestre de 2006.

LES PIB AUGMENTENT À DES VITESSES SIMILAIRES


Les taux de croissance du PIB par habitant de ces deux régions se comportent comme la vitesse de deux cyclistes rivaux. Tantôt c'est l'un qui va plus vite ; tantôt c'est l'autre. Si l'on envisage des périodes comparables (contenant le même nombre d'accélérations et de ralentissements), on voit que les PIB par habitant augmentent à une vitesse similaire. Cette opinion est confortée d'ailleurs par la comparaison des PIB à parité de pouvoir d'achat (PPA) que vient de publier l'OCDE dans la dernière livraison de ses "Comptes nationaux. Principaux agrégats", 2007. Ces chiffres montrent bien que le PIB par habitant de l'Europe ondule autour de 73 % du niveau américain, mais ils ne révèlent aucun écart qui se creuse, aucune tendance de l'Europe à être distancée.

Que l'on prenne les PIB par habitant "aux prix de l'année 2000", ou aux prix courants à PPA, les écarts que l'on constate dans les performances sont minuscules, surtout lorsqu'on considère les différences importantes qui existent dans la manière de mesurer les volumes (la manière de passer du PIB nominal au PIB réel) d'un côté de l'Atlantique à l'autre.

FRANCISCO VERGARA

Les amis du FN au Parlement Europeen

Les frontistes au Parlement Européen.

Prononcez ITS. Cela pourrait être Infections Transmises Sexuellement, mais non, c'est tout comme. Identité, Tradition, Souveraineté.
C'est un lobby de partis d'extrême droite. Le Pen préfère dire centre droit. Mouarf.
Le président de l'its n'est autre que notre ami Bruno, Gollnisch de son nom, récemment condamné pour erévionnisme". Un bon chef qui saura porter hauts les revendications de nos amis.
On y retrouve le parti de la grande Roumanie, de Vadim Tudor. Un poète : " Il faut gouverner ce pays à la mitrailleuse" ou encore "Rabbi, rabbis, barbes frisée, tu salis les choses saintes de la Roumanie". Son hit, " Ceausescu, sors de ta tombe, tous les Roumains t'attendent pour balayer le pays, je t'en prie, mets les Tsiganes au travail et les Hongrois au pas."
Les trop drôles du Vlaams Belang, dont les militants dégainent sur les passants nègres dans la rue, et avec une fillette de deux ans.
Fiamma Tricolore, c'est italien. C'est un nid d'ancien fascistes du MSI, les "anciens combattant de la libération" du FN apprécieront.
Le Parti autrichien de la liberté, celui de Jorg Haider, qui n'hésite pas à prendre des libertés pour réécrire le passé des gentils nazis de son pays. Il doit aimer discuter avec Bruno.
Union nationale attaque. Encore des humanistes qui regroupe des partis comme l'union des forces patriotiques et des militaires réservistes pour la défense.
Citations : « Faire du savon avec les Roms ».Lorsque l'on sait que l'on accusait ( à tort) les nazis de vouloir faire du savon avec les cadavres, cette phrase tombe encore plus bas...

Voilà les amis du très réspectable front national.

Un peu de democratie bordel de cul!!

Depuis des mois, la competition entre Ségolène Royal, François Bayrou, Nicolas Sarkozy et Jean-Marie Le Pen faisait rage. De coup bas en coup bas, la campagne rentrait dans un sorte de politique show qui ne s'intéressait qu'aux « points de détails »( non de l'Histoire mon cher Jean-Marie) mais des programmes, ce qui, il faut bien le dire, n'intéressait pas grand monde. Les seuls sujets dont les médias nous parlaient étaient le nombre de sous-marins nucléaires d'attaques possédés par la France, la bravitude et autre taille du bikini de Royal ou relations extraconjugales de Cécilia...Si bien que toute discussion sur le fond était abandonnée.
Peu de personnes ont réellement voté pour des idées, la plupart ont voté pour une personne. Et c'est là le principal problème de notre système : la cinquième république met toujours en avant un homme (De Gaulle, Mitterrand, Chirac...), elle s'assure de la stabilité des institutions sans s'occuper des conséquences peu démocratiques qu'elle engendre. Les images jouent le rôle que devraient jouer le projet des candidats ; elles s'imposent à nous et nous influencent. Les médias se font un plaisir de transformer une campagne présidentielle en people life (comme ont si bien sur le faire Paris Match and Co). La campagne était devenue un grand mélodrame sans intérêt! Juste besoin de regarder comment se sont déroulés les derniers mois de campagne calamiteuse....
Alors que Jospin en 2002 avait voulu faire une campagne de fond, expliquant son projet, la population lui avait (très clairement) reproché son côté trop technique et trop froid. Cette année, au contraire, la campagne n'a pas fait dans la dentelle et dans la finesse : plus que jamais, la monarchie républicaine a sacralisé un homme, et non une idée.
Plus que jamais, elle a créé un système qui agit en dehors de la réalité et de l'intérêt des Français.

Et, ce qui est sûrement le signe le plus fort du mal-être de notre démocratie, les Français ont apprécié ce type de campagne, ils ont accepté que la peoplisation de la vie publique se fasse ; ils ont entériné par un accord massif le manque de fond omniprésent de cette campagne. Là où on aurait pu s'attendre à un vote alternatif, qui aurait voulu mettre un stop net à l'américanisation de notre système; là où on attendait un vrai retour à la démocratie, et non à des liens douteux entre la politique et les médias dignes de Berlusconi et de Fini ; la France s'est décidée : ce sera Nicolas, Paul, Stéphane Sarközy de Nagy-Bocsa. Les 83,77% de vote auraient pu montrer le regain de confiance des Français en la démocratie; ils ont au contraire montré toute l'omnipotence du système médiatique.
Le quatrième pouvoir est dorénavant à la plus haute échelle du politique. Après la rencontre musclée d'Edouard Herriot avec le mur d'argent et les milieux bancaires dans les années 1920, on assiste maintenant à la rencontre sournoise (mais tout en douceur) de la démocratie et du système médiatique : le mur de l'image et des médias vide la démocratie de tout sens.
La France a choisi de rester dans ce système aveugle ; elle a choisi de faire la politique de l'autruche. L'ami des médias est dorénavant présent à la tête de l'exécutif. Martin Bouygues qui dirige l'entreprise « familiale » ( Bouygues, composé de TF1, LCI et d'autres petits journaux à côté comme Métro ( journal décliné dans plus de 10 langues à l'international ) ) est aussi témoin de mariage de Nicolas, parrain du fils du nouveau président, et l'un de ses plus gros soutiens de campagne ; Patrick Le Lay (président-directeur général de TF1 )avoue quant à lui que le boulot de TF1 est de « vendre du temps de cerveau humain disponible »; Serge Dassault, lui aussi patron de la « petite entreprise familiale », député UMP, dirige quant à lui la Socpresse (Figaro and co) ; Lagardère ne possède quant à lui que Europe 1, Le Journal du Dimanche, Paris Match, Corse Matin, La Provence, Nice-Matin et Var-Matin et son amitié avec Sarkozy n'est plus à prouver... Les exemples pourraient encore continuer longtemps sur les liens entre le nouveau président et les médias ; mais cela serait sans grand intérêt ; et cela ne ferait que confirmer ce que nous savons déjà tous : les médias constituent le nouveau pouvoir de système, et c'est aussi le seul pouvoir que le peuple ne dirige pas !
La démocratie correspond à un choix libre et volontaire du peuple qui veut garder le pouvoir; elle ne doit pas être l'objet qui permet la « vente du temps de cerveau humain »; elle ne se vend pas aux médias, elle n'abandonne pas les débats pour se mettre au people, et elle n'appartient pas au monde des affaires, ni aux grands groupes ni aux grandes familles.
Face à une droite décomplexée, le 10 et 17 Juin, lors des élections législatives, réimposons la suprématie de la politique sur les médias !

12.07.2007

videosurveillance...

COMMENTAIRES

il y a 150 ans, Tocqueville voyait le danger que les citoyens voulant preserver leurs biens et leur confort abandonnent les libertés au nom de la sécurité, oubliant que c'est la liberté qui leur procure l'aisance qu'ils veulent defendre.

150 ans plus tard, nous y sommes. La mise en place d'une société de surveillance pour se protéger peut aller à l'encontre même des objectifs auxquelle elle est censée contribuée. C'est un des grands dangers du 21eme siècle
Le terrorisme est l'epouvantail qui fait perdre la clairvoyance aux citoyens et aux gouvernants qui les servent (ou s'en serve pour les gouverner).

restons vigilant et ne laissons pas une technologie pas du tout anodine se deployer sans réflechir.

La Cnil dénonce la mise en place d'une « société de surveillance »
A l'occasion de la publication de son rapport 2006, la Commission a souhaité sensibiliser l'opinion public sur l'informatisation omniprésente, de la vidéosurveillance aux nanotechnologies. Face à de tels enjeux, elle réclame davantage de moyens.

« Il y a 25 millions de caméras au Royaume-Uni, 1 million en France. Je suis très impressionné par l'efficacité de la police britannique grâce à ce réseau de caméras. » La déclaration est signée du président de la République, Nicolas Sarkozy, dans un long entretien accordé le 8 juillet au Journal du dimanche.

Le chef de l'Etat souhaite donc s'inspirer du modèle britannique en matière de vidéosurveillance. « J'ai demandé à Michèle Alliot-Marie, ministre de l'Intérieur, de réfléchir à un vaste plan d'installation de caméras dans nos réseaux de transports en commun », indique-t-il. Et d'ajouter que, selon lui, il n'existe « aucune contradiction entre le respect des libertés individuelles et l'installation de caméras pour protéger la sécurité de chacun dans les transports en commun » .

« Des autorités qui risquent d'être submergées »

C'est un avis que ne partage pas forcément la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil). A l'occasion de la publication de son rapport d'activité 2006, l'autorité indépendante a souhaité mettre en garde l'opinion publique sur l'avènement, selon elle, d'une « société de surveillance », qui menaçerait les libertés individuelles : caméras, traçage informatique, nanotechnologies... « La protection des libertés personnelles, qui est aussi celle des données personnelles, doit être repensée. A défaut, nos autorités risquent d'être contournées, submergées, par cette vague technologique », considère l'organisme.

Concernant la vidéosurveillance, « la loi est à la fois précise et floue, explique Alex Türk, président de la Cnil. Tout ce qui concerne la sphère privée entre dans le cadre de nos missions et ce qui touche l'espace public se gère au niveau préfectoral par la mise en place d'une commission. Mais pour tout enregistrement de données privées ou publiques, cela relève de la Cnil. »

Selon la Commission, le phénomène va croissant. En 2005, elle avait enregistré 300 demandes d'autorisation de mise en place de système de vidéosurveillance. Un chiffre qui est passé à 880 en 2006.

Dernière en Europe

Interrogé sur la position de la Commission, son président explique qu'elle n'en n'a pas a priori. « Nous attendons que l'on nous soumette un projet précis. Mais il faut bien comprendre qu'un développement de la vidéosurveillance n'aurait pas de légitimité à long terme sans un renforcement des moyens donnés à l'organisme de contrôle, c'est-à-dire la Cnil », avertit Alex Türk.

Et c'est là le coeur du problème. Car dans ce domaine, comme dans d'autres - la biométrie, la géolocalisation ou le fichage des citoyens - les demandes explosent, mais pas les moyens alloués à la Commission, rattachée au budget de la Justice. Sur les 27 organismes de contrôles européens, elle arrive bonne dernière, derrière ceux de pays comme la Roumanie ou la Pologne.

« Quand nos collègues allemands sont 400 et nos voisins britanniques 250, en France la Cnil ne dispose que de 95 collaborateurs. A l'occasion de la mise en oeuvre du budget 2008, nous allons demander un doublement de nos moyens sur les cinq ans à venir, indique Alex Türk. Pendant la campagne électorale, le candidat Nicolas Sarkozy s'était prononcé en faveur d'une augmentation de notre budget. Nous avons donc bon espoir. »

A la veille de son trentième anniversaire (en 2008), la Cnil ne dispose en effet que d'un budget limité (9 millions d'euros en 2006) et « a aujourd'hui moins de marge de manoeuvre financière qu'une autre autorité indépendante, la Halde », la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité, confie Alex Türk. Née en 2004, cette dernière dispose déjà d'un budget de 10 millions. « Je rêve d'avoir les mêmes moyens. » En attendant, bien que confrontée à une informatisation généralisée, la Cnil fait avec les moyens du bord.

 

envoye par un camarade 

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